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Protection de l’enfance : le manque de moyens asphyxie les travailleurs sociaux

Publié le 10 juin 2022 à 15h13 - par

Manque de places dans les structures d’accueil des enfants, surcharge administrative, effectifs insuffisants : les conditions de travail dans le secteur de la protection de l’enfance ne cessent de se dégrader, aggravant la prise en charge des plus vulnérables.

Protection de l'enfance : le manque de moyens asphyxie les travailleurs sociaux

« S’il n’y a pas plus d’embauches et qu’on ne revalorise pas notre métier, tout va s’écrouler. On ne dénonce pas seulement nos bas salaires mais surtout le manque de moyens sur le terrain », se désole auprès de l’AFP Maxime qui n’a pas souhaité donner son nom, moniteur éducateur.

Le 2 juin 2022, les travailleurs sociaux ont organisé plusieurs rassemblements à travers la France pour dénoncer la situation « désastreuse » dans laquelle ils exercent leur métier. La France compte 1,3 million de travailleurs sociaux (éducateurs spécialisés, assistantes sociales, assistants maternels, etc.), selon les derniers chiffres du service statistique des ministères sociaux (Drees), qui datent de 2018. Un chiffre qui stagne depuis 2012. Plus de 300 000 mineurs étaient suivis en protection de l’enfance dont près de 194 000 sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), indique un rapport de l’Observatoire national de la protection de l’enfance de 2020. Ils étaient 284 000 il y a dix ans.

Florence Pik, syndiquée CGT et éducatrice spécialisée pour jeunes majeurs dans un service de l’ASE à Paris, raconte que dans son service, « chaque éducateur est chargé de 80 à 100 dossiers simultanément ». « Les cadres institutionnels actuels nous poussent à être maltraitants. On dédie des journées entières à la paperasse, on chronomètre presque nos rendez-vous et on se retrouve à envoyer des jeunes de 15 ans dans des hôtels par manque de place dans nos structures », abonde auprès de l’AFP Lyes Louffok, ancien enfant placé, militant des droits de l’enfant et membre du Conseil national de la protection de l’enfance.

On peut les oublier

Les dysfonctionnements se font notamment sentir dans le suivi des jeunes majeurs. La loi Taquet, promulguée le 7 février 2022, impose aux départements d’offrir un accompagnement pour les jeunes majeurs de 18 à 21 ans, afin d’éviter les « sorties sèches » des foyers ou des familles d’accueil.

« On est en mai 2022 et je vois encore tous les jours des jeunes de 18 ans qui sont mis dehors et des collectivités territoriales qui s’affranchissent de la loi », s’agace Lyes Louffok. « Les départements ne peuvent plus mettre les jeunes à la rue le jour de leur majorité mais il n’y a aucune garantie de temps d’accompagnement ». « On gère des situations lourdes et stressantes. Pour les jeunes qui sont placés dans des hébergements personnels ou à l’hôtel, on est les seuls à les suivre, sauf qu’on est déjà débordés. Si eux ne se manifestent pas, on peut les oublier », déclare Florence Pik, qui accompagne des jeunes adultes ayant obtenu un « contrat jeune majeur ».

Ces contrats, gérés par les départements et donc susceptibles de disparités selon les endroits, visent à accompagner les jeunes, vulnérables, de 18 à 21 ans. Mais force est de constater que cet accompagnement est largement insuffisant, ou inadapté : selon l’Insee, près d’un SDF sur quatre (23 %) est un ancien enfant placé.

« L’heure n’est plus au constat. Là, on demande des solutions concrètes et ça donne de l’espoir de voir qu’on peut se battre collectivement avec l’ensemble des travailleurs sociaux », avance l’éducatrice spécialisée syndiquée à la CGT.

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