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Territorialisation de la sécurité, bénévolat… Les cadres territoriaux de la sécurité lancent le débat

Publié le 7 février 2022 à 10h00 - par

L’Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité (Ancts) organisait, le 1er février 2022,son congrès annuel à la mairie de Paris. Au cœur des débats, le rôle des différents acteurs dans le cadre de la différenciation territoriale et l’intégration des bénévoles face aux catastrophes naturelles.

Territorialisation de la sécurité, bénévolat... Les cadres territoriaux de la sécurité lancent le débat

Coulé dans le marbre constitutionnel, le principe de la libre administration des collectivités permet aux maires de créer ou pas une police municipale. Il revient ensuite à l’État de fixer le cadre de cette relation. Comment cette différenciation territoriale se déploie-t-elle sur le terrain ? Tel était le thème de la première table ronde organisée par l’Ancts à l’occasion de ce congrès. Il est de la responsabilité de l’État de garantir un cadre d’exercice. Préfet délégué ministériel aux partenariats, aux stratégies et aux innovations de sécurité, Olivier de Mazières rappelle que « les conventions de coordination ont pour objet d’organiser cette répartition des tâches ». Une feuille de route censée réduire le risque de se marcher sur les pieds. « Le principe d’une bonne articulation entre les deux polices est de bien faire remonter les informations pour ajuster quand il le faut ces conventions de coordination », ajoute le préfet. Installée en octobre dernier, la nouvelle police municipale de Paris repose sur ce « partenariat », assure l’adjoint au maire de Paris chargé de la police municipale, Nicolas Nordman. Et des’appuyer sur l’exemple de la régulation du marché aux puces de la porte de Clignancourt, où les ventes à la sauvette sont fréquentes : « Les saisies sont effectuées par les policiers nationaux pendant que les policiers municipaux assurent leur destruction », précise l’élu.

« Présence » ou « interventionnisme » ?

Le directeur de la police municipale, Michel Felkay, regrette de son côté que le législateur se soit arrêté au milieu du gué concernant la loi Sécurité globale : « On compte désormais sur le terrain plusieurs acteurs de la sécurité et les périmètres d’intervention ne sont pas encore claires entre les polices nationale et municipale ainsi que les sociétés privées de surveillance », assure-t-il. Clarification d’autant plus indispensable que la police municipale parisienne n’entend pas se rapprocher du modèle « niçois », très interventionniste, pour en rester à une mission de « présence ». « Nous ne sommes pas là pour pallier les carences de la police nationale. Nous ne sommes ni formés ni armés pour faire face à la délinquance la plus violente ». Cédric Renaud, président de l’Ancts, estime lui aussi que la clarification s’impose. « Il y a une trop grande liberté dans l’interprétation des textes. Ils ne correspondent pas toujours à ce que nous rencontrons sur le terrain ». D’un territoire à l’autre, la doctrine, l’organisation et les équipements diffèrent, « il est donc bienvenu que la territorialisation soit prise en compte ». Même si le risque d’une sécurité nationale à double vitesse existe, pointé par un récent rapport de la Cour des comptes. « Les communes pauvres doivent-elles être mieux accompagnées par l’État ? », s’interroge Cédric Renaud. Le sujet, en tout cas, trotte dans l’esprit du président de la République puisqu’il a annoncé, lors de sa dernière visite à Nice, la création d’une grande direction des partenariats, pour mettre de l’huile dans les rouages.

La sécurité civile face à la multiplication des risques

La multiplication des crises, aux origines diverses, entraîne un phénomène nouveau et salutaire : le désir d’implication bénévole des citoyens. Or, ce bel élan généreux peut aussi être source de difficultés lorsque la crise survient et que les dispositifs ne sont ni suffisamment encadrés et encore moins canalisés. Comment s’appuyer sur les bénévoles au moment des crises ? Comment structurer en amont ces mouvements ? C’était l’objet du deuxième débat de ce congrès. Nicolas Micaleff, responsable de la réserve de sécurité civile de Nice, a expliqué comment les bénévoles étaient intégrés dans cette réserve. « Nous sommes toujours en périphérie. Nous formons certains bénévoles. L’idée est de bénéficier d’un contingent de bénévoles impliqués », assure-t-il. La réserve compte 80 membres et espère atteindre le chiffre de 120 dans les prochains mois. « Nous bénéficions du fait que la ville de Nice et la métropole font de ce sujet une priorité. Et nous avons su montrer notre utilité, notamment lors de la crise sanitaire ». Hugues Deregnaucourt, contrôleur général, conseiller du Comité exécutif de la FNSPF (Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France) et directeur départemental des services d’incendie et de secours de l’Ain, porte un regard sur le long terme. « Le nombre de pompiers volontaires stagne. Or, nous allons faire face à des évènements liés au réchauffement climatique de plus en plus nombreux. Il est grand temps de faire de la sécurité civile une grande cause nationale, avant qu’il ne soit trop tard ».

La fin du bénévolat spontané ?

Pour Yannick Prost, responsable national de la réserve civique, intrapreneur de la start-up d’État réserve civique, la plateforme « JeVeuxAider.gouv.fr par la réserve civique », « le bénévolat traverse une période de crise, après le Covid-19, avec des gens désireux de se retirer dans la sphère privée, de renouer des liens de proximité. Dans un monde où les responsabilités se précisent et les tâches se technicisent, le bénévole « spontané », armé de sa bonne volonté née sous le coup de l’émotion, est en phase de disparition ». Un constat aride qui appelle sans doute une réaction. Avant qu’il ne soit trop tard…

Stéphane Menu