Un constat s’impose. Si les programmes municipaux évoquent volontiers la sécurité, l’attractivité ou la transition écologique, la qualité du lien social demeure rarement formulée comme un axe stratégique à part entière. Pourtant, près d’un tiers des Français (32 %) se trouve aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et près d’un quart (24 %) se sent seul1.
Ces réalités influencent directement le vivre ensemble, la participation citoyenne, la cohésion dans l’espace public et la capacité d’un territoire à faire face aux crises sociales ou sanitaires.
Pour les communes, la question n’est plus de savoir si le sujet existe. Elle est de savoir comment l’intégrer de manière structurée et efficace dans un projet de mandat.
Une démarche transversale, fondée sur les compétences communales
S’engager dans une démarche « ville du lien » ne signifie ni créer un service supplémentaire ni revendiquer une compétence nouvelle. Il s’agit de relire les politiques existantes à travers un prisme relationnel et de s’appuyer sur les pratiques aujourd’hui recommandées.
L’aménagement de l’espace public conditionne les possibilités de rencontre. Les modalités d’accès aux équipements influencent la mixité des publics. Les politiques jeunesse structurent les apprentissages de la coopération. Le soutien à la vie associative façonne la capacité d’engagement local. L’action du CCAS et les partenariats avec les professionnels de santé déterminent les conditions de repérage et d’accompagnement des personnes en situation d’isolement.
Autrement dit, les communes agissent déjà sur les conditions du lien social. La différence réside dans le fait d’en faire un axe stratégique explicite, piloté et évalué.
Dix engagements pour structurer l’action
Le cahier de plaidoyer de la Fédération française pour les liens sociaux propose dix engagements municipaux conçus comme un outil d’aide à la décision2. Ils couvrent l’ensemble des leviers à disposition des communes :
- Concevoir l’espace public comme une infrastructure relationnelle.
- Développer des lieux de proximité qui font le lien.
- Mettre l’enfance et la jeunesse au cœur du lien.
- Renforcer les liens intergénérationnels comme politique du quotidien.
- Prévenir l’isolement des séniors et soutenir le maintien des liens.
- Déployer une politique locale de prescription sociale.
- Faire du numérique un pont vers le lien humain.
- Soutenir la vie associative comme infrastructure du lien.
- Faire du dialogue et de l’écoute une compétence collective locale.
- Évaluer et rendre visible la politique municipale du lien.
Ces engagements, issus d’un travail de concertation et d’analyse des données de la littérature, sont à la fois stratégiques et aussi pleinement opérationnels. Ils offrent une architecture adaptable à la diversité des territoires, juridiquement fondée et alignée sur les compétences effectives des communes.
Clarifier une ambition territoriale
Inscrire une démarche « ville du lien » dans un programme ne relève pas de l’affichage. Cela suppose d’assumer une ambition claire : considérer la qualité des relations entre habitants comme un facteur structurant du développement territorial.
Cela implique de nommer le lien social dans les orientations stratégiques, de prévoir un pilotage transversal et d’intégrer cette dimension dans les outils de diagnostic et d’évaluation existants. Ce n’est pas une politique supplémentaire, mais une manière d’orienter différemment des politiques déjà mises en œuvre.
Une fédération aux côtés des collectivités
La Fédération française pour les liens sociaux, qui regroupe plus de 150 acteurs engagés sur ces enjeux partout en France, se tient aux côtés des collectivités qui souhaitent structurer une telle démarche : partage d’expériences, appui méthodologique, articulation entre services, formation et valorisation des initiatives locales.
L’ambition est d’accompagner des dynamiques concrètes et évaluables. Une « ville du lien », c’est une commune qui assume de faire de la qualité des relations un paramètre explicite de son projet et de son organisation.
À l’heure où les équipes élaborent leurs programmes pour 2026, inscrire cette orientation peut constituer un choix stratégique fort pour renforcer la cohésion et la résilience des territoires.
Arnaud Goulliart, Délégué général de Fédération française pour les liens sociaux
1. Fondation de France – Observatoire de la philanthropie, Les liens de proximité : pivots de la sociabilité, 2025
2. Cahier de plaidoyer municipal intitulé « Faire la ville du lien – 10 engagements municipaux pour faire du lien social un levier de développement territorial et de résilience »
