La voiture autonome redessinera les territoires urbains

Urbanisme

Dans moins de dix ans, des véhicules sans conducteur circuleront dans les villes. Les collectivités devront repenser leur politique de déplacement : robots-taxis, navettes autonomes…

D’ici cinq à dix ans, les voitures autonomes, régies par l’intelligence artificielle, devraient sillonner les rues. Elles permettront d’offrir de nouveaux services de mobilité : robots-taxis, navettes collectives autonomes en complément ou en remplacement des systèmes de transport classiques, véhicules adaptés à la demande… En contribuant à l’aménagement de la ville et à la qualité de l’espace collectif, le véhicule autonome serait ainsi un facteur d’attractivité et de compétitivité des territoires urbains, comme le sont les tramways, explique le CVT Athena, dans une étude effectuée à la demande du Commissariat général à l’investissement.

Les politiques locales de déplacement devront intégrer ce nouveau mode de transport aux répercussions potentiellement importantes : modification des formes urbaines (lieux de résidence), possible augmentation des distances domicile-travail, localisation des activités économiques, organisation des activités quotidiennes des ménages déterminant les besoins de mobilité… Les collectivités devront donc développer des infrastructures 
et organiser les espaces, en adaptant la gestion des voies à la circulation et au stationnement des véhicules autonomes : redistribution des véhicules à vide entre les lieux de chargement, les lieux d’attente de courte durée et les lieux de garage et de maintenance ; espaces de stationnement dédiés ; contrôle des règles de circulation et de stationnement…

En substituant un automatisme à une tâche humaine, le véhicule autonome apporte sécurité routière, fluidité des circulations, flexibilité liée à l’absence de conduite et d’accès au stationnement… Mais, selon le CVT Athena, les usagers pourraient en profiter pour utiliser leur temps différemment, et allonger leurs trajets : domicile plus éloigné contribuant à l’étalement urbain, sur-occupation de l’espace encombré par des véhicules utilisés pour d’autres activités que le transport et notamment par les circulations à vide.

L’étude analyse les conséquences de ces nouveaux véhicules sur l’ensemble du Grand Paris. En cœur d’agglomération, les principaux déplacements se feront toujours à pied et en métro, et les véhicules individuels, autonomes ou non, prendront la place qui leur sera laissée compte tenu du peu d’espace. Des robots-taxis moins chers que les VTC actuels, accompagnés de mesures contraignantes (tarification du stationnement résidentiel), pourraient inciter les habitants à limiter l’usage de leur voiture et libérer de l’espace de stationnement.

Entre territoires périphériques et cœur d’agglomération, les déplacements pourraient se transférer de la voiture personnelle vers le transport collectif, avec des robots-taxis ou des navettes autonomes pour rejoindre les gares d’échange. Pour les déplacements de proximité internes à ces territoires, c’est encore la voiture personnelle qui dominera, accompagnée de solutions de transport collectif améliorées par des réseaux de rabattement vers les gares. Pour les plus longues distances périphériques, l’automatisme permettra à l’automobiliste d’abandonner le volant sur un trajet encombré, et les facilités de rabattement inciteront davantage de personnes à se rendre dans les pôles d’échange en métro et RER.

Marie Gasnier

 

Source : Les impacts potentiels de la voiture autonome sur le design du Grand Paris, 13 juin 2017, CVT Athena

 

  • Les véhicules autonomes ont très peu de chance de s’imposer par les seules lois du marché, précise le CVT Athena. Dans les espaces de faible densité, « faire mieux que la voiture individuelle relève de la gageure ». Dans les autres, l’idée que les véhicules autonomes prendront de la clientèle aux transports publics, à la marche à pied et au vélo ne résiste pas à l’analyse économique, compte tenu notamment du fort taux de subventions des transports en commun. En revanche, le rabattement sur les liaisons de transport en commun qui permettent de rejoindre rapidement le cœur des grandes métropoles peut être incitatif financièrement.
  • Les petits véhicules autonomes collectifs vont révolutionner le transport public, en remplaçant les lignes coûteuses et peu fréquentées des territoires à faible densité par une offre souple, adaptable selon le moment de la journée et le profil des usagers.

 

Posté le par Marie Gasnier

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