Les villes cherchent des solutions pour garer leurs voitures

Urbanisme

Suppression de places en surface pour rendre les rues plus agréables, sous-location de parkings, applications pour payer ou ouvrir les barrières… Le stationnement vit sa révolution.

La maire de Paris Anne Hidalgo a jeté un pavé dans la mare en promettant la construction de pistes cyclables dans toutes les rues de la capitale, avec à la clef la suppression de 60 000 places de stationnement.

Elle promet des « États généraux du stationnement et de la mobilité » pour aborder la question dès avril si elle est réélue, mais la messe semble déjà dite pour les automobilistes, priés de rallier des parkings souterrains.

« L’offre est pléthorique à Paris », relativise Sébastien Fraisse, directeur général pour la France du groupe de parking Indigo : il existe intra-muros 160 000 places dans les parkings publics, entre 130 000 et 140 000 en voirie – contre 200 000 quand Bertrand Delanoë est devenu maire en 2001 – et environ 500 000 dans des structures privées.

L’idée est donc de mieux remplir des parkings publics – qui sont actuellement loin de faire le plein, et souvent chers – et d’ouvrir les espaces privés : entreprises, résidences ou hôtels ne manquent pas de places disponibles qu’ils peuvent monétiser.

Contrairement à Paris, « on continue de construire des parkings souterrains dans un certain nombre de villes, en banlieue ou en province », relève M. Fraisse. Surtout pour dégager les rues et compenser la suppression de places en surface.

La profession ouvre aussi de nouvelles structures aux abords des hôpitaux ou des gares, ajoute Frédéric Baverez, le PDG du groupe de parkings Effia, filiale de Keolis (groupe SNCF).

Cette réorganisation de l’espace va de pair avec la montée en puissance d’une flopée d’applications censées aider l’automobiliste à se garer.

« Le stationnement, c’est ni plus ni moins que de l’hôtellerie pour voiture, et à partir du moment où vous avez de l’hôtellerie pour voiture, vous vous trouvez attaqués à la fois par Booking et par Airbnb », observe M. Baverez. Booking pour trouver et réserver sa place, et Airbnb pour louer son parking.

Chasse aux voitures « ventouses »

Parmi les principales applications, on peut citer OPnGO (partenaire d’Indigo), Onepark (partenaire d’Effia), Park Now (qui appartient à BMW), Yespark et Zenpark qui permettent de réserver une place, PayByPhone (qui appartient à Volkswagen) et Flowbird (issu de Schlumberger, spécialiste des horodateurs) pour payer…

« Les villes de demain verront vraisemblablement les horodateurs disparaître pour voir se multiplier les possibilités de paiement de stationnement faciles et flexibles », estime Olivier Koch, le patron de Park Now en France : « paiement mobile par applications spécialisées, ponctuellement, ou de manière automatique via la reconnaissance des plaques minéralogiques, et même, à terme, le paiement instantané grâce à la voiture intelligente ! »

Sur le terrain, les collectivités locales ont la main sur le stationnement depuis le 1er janvier 2018. Elles disposent du produit du « forfait de post-stationnement » – nouveau nom de l’amende, qui était peu dissuasive – pour financer leurs politiques de mobilité.

Résultat : de nombreuses municipalités ont renforcé les contrôles, ce qui a fait disparaître nombre de « voitures ventouses » (celles qui restent à la même place très longtemps), dont les propriétaires ont pris des abonnements dans des parkings publics selon M. Baverez. Par ailleurs, le taux de fraude a nettement baissé, la moitié des automobilistes payant avec une application là où c’est possible.

L’idée est aussi de faciliter la rotation des voitures en surface. D’après des chiffres évoqués dans la profession, de 10 à 30 % des automobilistes qui circulent en ville ne cherchent qu’à se garer.

Pour les aider à trouver une place, les élus – et les applications qui exploitent les données – ont toute une série de gadgets technologiques à leur disposition. On peut installer des capteurs sous les places de parkings pour savoir en temps réel si elles sont occupées, ou – ce qui est bien moins cher – balayer la rue avec des caméras. Le cas échéant, des algorithmes permettent de prévoir si une place va se libérer à un moment donné.

« Ce qui a de la valeur, ce n’est pas le fait qu’une place est libre, c’est le fait qu’une place va être libre », observe Frédéric Baverez. « Ce qui a de l’intérêt, c’est ce qui vous guide vers une place qui sera libre quand vous l’atteindrez ! »

La solution miracle n’a pas encore été trouvée.

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