Dix ans après les réformes, où en sont les nouvelles Régions ?

Publié aujourd'hui à 16h00 - par

Début avril 2026, des élèves de l’Inet ont publié l’étude « Les nouvelles Régions, dix ans après les réformes de 2015 : une montée en puissance à conforter ». Leur constat : si les régions se sont installées dans leurs périmètres et leurs nouvelles compétences, elles se heurtent encore à des limites en matière de budget, de répartition des compétences et de décentralisation.

Dix ans après les réformes, où en sont les nouvelles Régions ?
© Par Анна Тощева - stock.adobe.com

« Dix ans après la réforme, que sont devenues les régions ? Les objectifs initiaux sont-ils atteints, voire dépassés ? » Voici quelques unes des questions qui introduisent l’étude « Les nouvelles Régions, dix ans après les réformes de 2015 : une montée en puissance à conforter ». Menée par cinq élèves administrateurs et administratrices de l’Institut national des études territoriales (Inet) sur proposition de Régions de France, elle a été présentée au Sénat le 2 avril 2026 lors d’un événement marquant le dixième anniversaire des nouvelles Régions.

En un peu moins de 100 pages, les auteurs reviennent sur la vision que portaient les grandes réformes de 2015 – qui ont fait fusionner certaines Régions et leur ont donné de nouvelles compétences – et analysent précisément leurs impacts à travers trois compétences clés : le développement économique et les mobilités, toutes deux obligatoires, et la culture, compétence partagée. Basée sur une bibliographie et 26 entretiens, l’étude a été accompagnée par Régions de France.

En 10 ans, les régions se sont approprié leurs périmètres et leurs nouvelles compétences

Alors que les lois de 2015 visaient à « doter les Régions d’une taille critique qui leur permette d’exercer à la bonne échelle les compétences stratégiques qui leur sont attribuées, de rivaliser avec les collectivités comparables en Europe et de réaliser des gains d’efficience », et « accroître la contribution des régions au PIB national », dix ans plus tard, les auteurs de l’étude considèrent qu’une partie des objectifs sont atteints. En matière d’économie, domaine auparavant « [caractérisé] par une dispersion des compétences entre différents niveaux de collectivités », ils démontrent que les Régions ont pris leur place de stratèges, structurant des filières et orientant le développement économique régional grâce à divers outils comme le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII). Côté mobilités, là encore, les auteurs constatent que les Régions, désormais bien identifiées par les opérateurs privés et l’État, ont globalement réussi à saisir de cette compétence, développer une vraie expertise, et déployer une vision à l’échelle de leur territoire. Même constat sur la culture : si un temps de latence a parfois été nécessaire, elles ont recomposé leurs politiques culturelles – chacune à leur manière, en fonction de leurs priorités et de leurs ressources.

Autrement dit : « Les Régions ont atteint un niveau de structuration et de capacité d’action importants dans les politiques publiques dont elles ont la charge. La fusion a joué un rôle important en leur conférant des capacités d’action accrues », résume l’étude. Frédéric Potier, délégué général de Région de France, abonde : « L’échelon régional s’est installé dans le paysage politique. Depuis 2015, il a su construire des politiques pertinentes, efficaces, qui ont eu des impacts majeurs. »

Un besoin de consolidation des nouvelles Régions

« Toutefois, l’action régionale se heurte encore à des contraintes, liées notamment à des modalités de coopération perfectibles et à des financements insuffisamment stabilisés », tempère l’étude. Elle démontre en effet que les Régions font face à des problématiques financières, mais aussi de compétences (parfois instables ou dont la répartition est peu claire), et une décentralisation parfois remise en cause. Elle cite notamment le champ du développement économique, que « l’État réinvesti par à coups […] reléguant les Régions à un rôle secondaire alors qu’elles avaient démontré leur capacité d’action ». Et quant à la comparaison des Régions françaises avec leurs homologues européennes, les auteurs sont clairs : tant par leurs compétences que par leur budget limités, « elles restent en décalage », soulignant qu’elles sont même « parfois qualifiées de « nains financiers » ».

Frédéric Potier confirme : « L’État reste très jacobin, avec un ministère des Finances qui cadenasse tout. […] Il y a un refus très net de confier aux territoires des responsabilités et ce que ça implique : des ressources, des dépenses ». Il estime ainsi que « la logique n’a pas été poussée jusqu’au bout. Nous ne sommes pas un État régional, nous ne sommes pas vraiment un État décentralisé, encore moins un État fédéral. »

Une réflexion sur la décentralisation qui se poursuit

L’étude se termine par des préconisations : « consolider les compétences des régions par des outils adaptés », « promouvoir une action claire et différenciée à travers une gouvernance rénovée », « renforcer la liberté des Régions ». Des conclusions largement partagées par Frédéric Potier : « Il y a un sujet budgétaire évident. […] Tant que nous n’avons pas des leviers fiscaux ou des leviers budgétaires suffisants, nous restons en dessous de ce que font nos voisins européens ». Il confirme aussi le besoin d’une clarification des compétences, le besoin de fluidifier la relation avec l’État, mais aussi la nécessité d’une liberté d’expérimentation « afin d’assumer une forme de différenciation ». Ainsi, à Régions de France, « tout le monde salue la qualité de ce travail. Et c’est une des contributions à une réflexion plus large que nous menons sur la décentralisation et le renforcement de la France des Régions », conclut le délégué général.

Julie Desbiolles


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