Développement durable : la direction hospitalière source d’impulsion

Publiée le 16 juillet 2026 à 14h00 - par

L'engagement des établissements hospitaliers dans le développement durable est plus que jamais d'actualité. Mais qu'en est-il vraiment de leur implication dans cette démarche ? Si des avancées sont saluées, elles restent perfectibles. Le point avec Véronique Molières, Directrice du Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS), qui vient en appui des établissements sanitaires et médico-sociaux.
Développement durable : la direction hospitalière source d'impulsion

© DR

Comment a évolué l’engagement des établissements de santé en faveur de la transition écologique au cours des dernières années ?

Nous avons pu observer une accélération de leur engagement à partir de 2014, date à laquelle le développement durable est devenu un critère de certification des établissements de santé par la Haute Autorité de santé (HAS). Cependant, nous avons plus largement observé un avant et un après Covid, qui s’explique, d’après nous, par le fait que cette épidémie, vécue en première ligne par les soignants, a accéléré leur prise de conscience concernant la fragilité et les limites du système de santé. Dès lors qu’elles sont franchies, l’établissement doit fonctionner en mode dégradé. Nous l’avons constaté dernièrement avec la canicule.

Par ailleurs, la publication de la première Planification écologique du système de santé (PESS) en décembre 2023 par Agnès Firmin le Bodo alors ministre de la Santé, et son portage politique en 2024 ont également été un coup de pouce à cette prise de conscience. Mais nous n’avons pas retrouvé ce soutien en 2025, ni en 2026. Pour autant, ce PESS a été porté à la connaissance des Agences régionales de santé (ARS) qui, dans leur Projet régional de santé (PRS), intègrent des paragraphes sur la transition écologique, ce à géométrie variable. Par exemple, en Île-de-France, l’accent est principalement mis sur les maternités avec des appels d’offres et des financements dédiés.

Pour le moment, une grande partie des établissements publics n’ont pas encore engagé de démarche de transition écologique. Certains mènent des actions sans pour autant instaurer de structuration interne ou de feuille de route ou encore sans avoir nommé un référent Responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Qu’est-ce qu’une telle démarche implique pour les établissements ?

Les établissements qui s’inscrivent dans une dynamique de transition écologique entendent mettre en œuvre des initiatives afin de décarboner les offres de santé à moyen et long termes. La transition écologique repose donc sur l’atténuation de l’impact de l’activité de la structure. Cependant, se pose également la question de l’adaptation. C’est ce que nous vivons lors de conditions climatiques extrêmes telles que la canicule. L’objectif pour les établissements hospitaliers est de savoir s’ils sont adaptés pour que sous 48 heures environ, ils puissent basculer dans une organisation avec des mesures permettant une adaptation aux conditions extrêmes. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas avec les plans Blanc ou Bleu. Les hôpitaux n’ont pas intégré les risques climatiques extrêmes dans leur cartographie. Il est aujourd’hui urgent de le faire, donc de s’interroger sur la personne chargée de la veille des pronostics météorologiques par exemple.

Qu’en est-il des soins écoresponsables ?

Un établissement peut engendrer une transition écologique à l’échelle bâtimentaire, ce qui implique de réduire l’empreinte carbone de son organisation. Il est également possible, en parallèle, d’agir sur les soins en tant que tels. Certaines équipes soignantes travaillent par exemple sur des prises en charge en les décortiquant du début à la fin, en analysant l’ensemble des dispositifs médicaux utilisés, des médicaments prescrits, leur cycle de vie, afin de savoir, à chaque séquence, ce qui peut être mis en place pour réduire l’impact environnemental du soin. En France, encore peu d’équipes travaillent sur les éco-soins. Celles qui le font sont pionnières, car cela repose sur des mois de travail.

Comment de telles initiatives débutent-elles ?

Par une prise de conscience ! L’établissement hospitalier n’est pas hors-sol mais ancré dans un territoire, avec tout ce que ce dernier peut lui apporter d’un point de vue social, sociétal, écologique et économique. Il doit donc être en lien. Dès lors que cette prise de conscience a lieu, il est possible de développer des leviers permettant d’agir à différents niveaux. Par exemple, lorsqu’un établissement décide de travailler sur l’atténuation et prend des mesures pour déployer le covoiturage de ses agents avec la mise en place d’outils et de plateformes, cela peut aussi avoir un impact en cas de nécessité d’adaptation. Car si à cause d’une canicule, des agents ne peuvent plus se rendre au travail en transports en commun, l’accession aux postes sera malgré tout moins problématique car l’option du covoiturage sera déjà en place. La réflexion est identique pour l’alimentation. Si l’établissement a travaillé sur le circuit court avec des producteurs locaux, en cas de situation extrême, il pourra accéder à des légumes de saison, proches de son territoire sans être dépendant des importations. La réflexion se décline dans de nombreux domaines.

Plus globalement, pour qu’un hôpital s’engage, il doit déjà composer une équipe de réflexion, qui généralement vient du terrain. Il s’agit souvent d’une personne qui a déjà mis en place des actions à une plus petite échelle, notamment dans son service. La direction doit ensuite structurer un comité RSE, puis identifier un chargé RSE, qui le pilote avec, en son sein, des représentants des différents services afin de faire remonter et redescendre les informations. Ce comité structure une réflexion et une feuille de route, ce qui conduit, en amont, à mesurer l’activité de l’établissement pour définir des objectifs atteignables dans le temps. Il est possible de s’appuyer sur des outils, notamment ceux de l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (ANAP). Dans tous les cas, la direction doit être source d’impulsion, d’acculturation et de formation sinon, l’engagement ne tient pas.

Propos recueillis par Laure Martin

On vous accompagne

Retrouvez les dernières fiches sur la thématique « Santé »

Voir toutes les ressources numériques Santé