Comment jugez-vous les annonces du ministre de l’Intérieur faites le 25 juin dernier ?
La plus importante est l’achat de deux Canadair neufs pour 200 millions d’euros. Ils s’ajouteront aux Canadairs commandés en 2024 et livrables sans doute autour de 2030 pour ces deux premiers et 2032 pour ceux annoncés par le ministre de l’Intérieur. Avec le réchauffement climatique et le fait que toutes les forêts sont désormais concernées sur le territoire national par le risque incendie, il nous fallait plus de bombardiers d’eau pour éviter des mégas feux. Nous en compterons 16 au mieux en 2032. Mais le Beauvau de la sécurité civile a mis en lumière le fait que nous devions faire plus, notamment à l’échelle européenne. Le changement climatique nous l’impose, d’une certaine manière. La CNSIS joue ce rôle de lieu de réflexion des acteurs de la sécurité civile, au-delà des avis que la conférence donne sur les textes législatifs.
Comment sentez-vous la saison estivale qui s’ouvre et qui démarre fort ? Êtes-vous inquiet ?
Oui, je le suis, inquiet mais confiant. La végétation a trois semaines d’avance. Dans mon département, les moissons sont quasiment toutes finies, ce qui est exceptionnel pour une fin de juin. Les sols sont secs. Les ingrédients d’une saison difficile sont réunis. Si le vent se lève, avec cet air sec, le risque sera très élevé.
Est-on bien armés et outillés pour répondre à ce défi ?
Trois éléments doivent être réunis. Il faut d’abord des femmes et des hommes parce que le combat contre le feu relève avant tout de la qualité de la riposte humaine. Nous avons les ressources humaines qu’il faut. On compte toujours 200 000 sapeurs-pompiers volontaires et 40 000 pompiers professionnels. On peut aussi compter sur des renforts à l’échelle européenne, dans la mesure où ça ne déséquilibre pas les pays concernés. Il faut ensuite du matériel roulant, des camions qui amènent de l’eau. Les efforts produits depuis des années en lien avec les pactes capacitaires portent leurs fruits. Pour rappel, il s’agit d’une initiative lancée par l’État en 2023 pour acheter près de 1 000 camions de pompier, l’État prenant en charge le financement de 50 % du coût global de l’opération et les SDIS le reste. Deux tiers des camions ont été livrés. Le troisième élément nécessaire, et c’est sans doute là que l’inquiétude est la plus forte, ce sont les moyens aériens. La technique française, qui a fait sa renommée, repose sur l’attaque massive du début du feu. Ce qui suppose la présence de guetteurs. Dans ce domaine, l’intelligence artificielle va nous permettre, à travers des caméras disposées dans les endroits les plus sensibles, de repérer plus rapidement les débuts d’incendies. Il faut donc ensuite lancer des hélicoptères et des avions, mais on sait que l’arme ultime reste le canadair. Sur les 12 canadairs que nous avons, 11 sont opérationnels, ce qui est satisfaisant. Mais les canadairs ont été sollicités très tôt dans la saison et ils doivent tenir toute la saison ; un matériel volant plus souvent a besoin d’un surplus de maintenance. Nous serons mieux armés en 2032 avec notre flotte de 16 canadairs.
D’autres moyens aériens existent…
Nous disposons aussi d’autres avions, comme les Dash, qui sont chargés d’envoyer du produit retardant sur le feu naissant. Sans oublier les hélicoptères bombardiers d’eau, dont certains peuvent être loués par les SDIS si la situation se tend au cours de l’été. Le dispositif Rescue Europe permet de faire appel à des collègues européens qui viennent avec leur propre matériel. La France l’a fait récemment auprès du Portugal et de la Grèce. Cette flotte aérienne n’a jamais été prise à défaut mais nous avons parfois frôlé des situations critiques. Ce qui m’inquiète est la présence d’une chaleur excessive assez tôt dans l’année. Il n’y a pas encore eu de méga-feux mais de nombreux départs de petits feux qui usent le matériel et les hommes.
Stéphane Menu
