Protéger l’eau à la source plutôt que payer pour la rendre potable : le pari d’associations

Développement durable

Protéger l’eau à la source, plutôt que payer pour la rendre potable : un choix « économiquement rentable », porté par des associations qui lancent un appel aux élus et aux pouvoirs publics pour mener une expérimentation à taille réelle sur l’agglomération de Rennes.

« Tout le monde a besoin de cette expérimentation, même les agriculteurs », assure Jean-Yves Morel, de l’association l’Arbre Indispensable.

L’idée serait de mener une expérimentation sur le captage de Chèze-Canut, aux portes de la forêt de Brocéliande, le plus petit des douze captages d’eau potable gérés par la Collectivité Eau du bassin Rennais (CEBR) qui alimente les 500 000 habitants de l’agglomération de Rennes.

« Ce serait une expérience reproductible ensuite sur les autres bassins-versants », assure Jean-Yves Morel.

Selon les associations qui soutiennent ce projet, la qualité de l’eau en Ille-et-Vilaine est « catastrophique » : « à peine 2 % des masses d’eau sont conformes aux normes européennes », affirment-elles.

En cause notamment, « la multiplication des substances chimiques présentes en doses infinitésimales », en particulier les métabolites qui sont issus de leur dégradation. Ces substances « ne sont pas recherchées dans les analyses de l’eau » bien qu’elles soient susceptibles de produire le fameux « effet cocktail » sur la santé, affirme Étienne Dervieux, du Criigen (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le génie Génétique).

Le bassin versant de la Chèze-Canut, qui représente 20 % de la ressource en eau de l’agglomération rennaise, présente l’avantage d’être de petite taille : un espace rural de 6 300 ha, où sont installés une centaine d’agriculteurs. 

Le projet d’expérimentation comprend plusieurs axes : l’arrêt de l’utilisation des pesticides, une « transition agricole forte » pour passer des cultures de maïs et céréales majoritaires à une agriculture et de l’élevage biologiques, la restauration des milieux aquatiques et du paysage, notamment en reconstruisant les talus et les haies bocagères disparus afin de réduire l’érosion des sols et de filtrer l’eau.

Le tout par une « conversion obligatoire et financièrement aidée de l’agriculture ».

Selon les chiffres officiels (2017), plus de la moitié des agriculteurs de ce bassin versant ont plus de 50 ans et ces prochains départs en retraite sont une opportunité pour faire évoluer les pratiques.

Comme New York et Munich

Les collectivités, comme la CEBR, partagent le même constat que les associations. Elles ont lancé en 2012 le dispositif « Terres de sources » dont le but est d’aider les agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques par diverses incitations (un label, achat pour les cantines scolaires, etc.).

Mais « Terres de sources » ne concerne que « 15 % du bassin versant et les pratiques n’ont pas changé sur les 85 % restants », cingle Étienne Dervieux qui décrit « un océan de maïs ».

À ce qu’elles qualifient de « transition faible », dont les effets peineraient à se concrétiser, les associations, qui ont en tête aussi le réchauffement climatique et une baisse des débits dans les rivières entraînant une concentration des pesticides, réclament une « transition agricole forte », sur une base obligatoire et non plus volontaire.

« Le volontariat n’a pas fonctionné. Donc, il faut des mesures règlementaires », considère Jean-Yves Morel, tout en insistant sur l’idée que « ce projet ne se fera pas contre les agriculteurs ».

« Il faut obtenir que ce territoire devienne officiellement zone d’expérimentation », insiste Jocelyne Théaudin, d’Eau et Rivières de Bretagne (ERB). « Le départ à la retraite d’un certain nombre d’agriculteurs donne à l’État la possibilité de mettre en place de nouvelles règles », fait valoir Gwenola Kervingant, de Bretagne Vivante. 

Le groupe s’appuie sur l’exemple de villes comme New York ou Munich. Dans cette dernière ville d’1,5 million d’habitants, la municipalité a lancé en 1991 un programme de protection de la ressource en eau en amont, via un soutien, y compris financier, à l’agriculture non polluante. Pour un prix inférieur à celui du traitement, ce programme permet à la capitale de la Bavière d’offrir à ses habitants une eau du robinet de qualité.

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