Directeurs d’école : l’Assemblée pose « une première pierre » pour améliorer leur quotidien

Éducation

L’Assemblée nationale a adopté dans la nuit de mercredi 24 à jeudi 25 juin 2020 une proposition de loi LREM destinée à faciliter la tâche des directeurs d’école, mis à rude épreuve par la crise du coronavirus, mais les oppositions ont déploré un texte « totalement vidé de sa substance ».

Le texte « créant la fonction de directeur d’école », a été adopté en première lecture par 55 voix contre 6 et 11 abstentions. Il a reçu l’appui des LREM, MoDem, Agir et EDS, les autres groupes s’abstenant à l’instar des LR, UDI ou du PS, ou votant contre comme LFI.

La proposition a été examinée trois jours après la reprise des cours obligatoire, où ces enseignants aux nombreuses responsabilités et au quotidien déjà compliqué ont été en première ligne, soumis à « beaucoup de stress ».

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a d’ailleurs salué dans l’hémicycle leur « engagement remarquable » ayant permis à « 80 % des élèves » de rejoindre les écoles. 

« Nous leur devons dans la loi la reconnaissance des spécificités de leurs missions et dans la pratique l’amélioration de leurs conditions d’exercice », a-t-il ajouté, en voyant dans la proposition de loi « une première pierre ».

Il a mis en avant la nécessité de « recentrer » leurs missions sur « leur cœur de métier », via un réexamen du « régime des décharges » des heures d’enseignement, d’accroître leur autonomie et encore de « renforcer l’accompagnement humain » via ce texte, « mais aussi au travers de mesures administratives » pour la rentrée prochaine.

Rappelé par des élus de tous bords, le suicide à l’automne dernier d’une directrice, Christine Renon, en Seine-Saint-Denis, avait mis en lumière leurs difficultés. Cette dernière avait expliqué son geste en raison de son « épuisement », sa « solitude » dans la fonction.

Après ce drame, le ministère avait notamment lancé des concertations avec les syndicats, mais les mesures se sont fait attendre.

Jugeant le « statu quo plus possible », la rapporteure Cécile Rilhac (LREM) a avancé quatre objectifs avec ce texte : « reconnaissance, simplification, soutien et revalorisation des directeurs ».

La proposition a toutefois été modifiée sur plusieurs points en séance pour « redonner la main » au ministère et aux syndicats pour négocier, a expliqué la rapporteure, le ministre plaidant pour éviter des « rigidités ».

« Hara-kiri »

Le texte prévoit notamment que les directeurs disposent d’un « emploi de direction » et bénéficient « d’une délégation de compétences de l’autorité académique pour le bon fonctionnement de l’école ».

Il s’agit de reconnaître qu’un directeur n’est « pas un enseignant comme les autres », selon Mme Rilhac. Mais pas de créer de statut dédié, dont ne veut pas la profession, attachée au collectif de l’école, a-t-elle assuré, ni d’instaurer « un lien hiérarchique » avec ses collègues enseignants.

Alors que la version initiale prévoyait un seuil au-delà de huit classes où la « décharge » des heures d’enseignement devait être totale, ce seuil a été retiré dans l’hémicycle au motif qu’il risquait d’être « inconstitutionnel », le sujet étant renvoyé à un décret.

« La loi est un moteur pour des améliorations qui ne sont pas toutes explicitées », a plaidé le ministre.  

M. Blanquer s’est aussi engagé à un « allègement » des charges administratives. Via un amendement, il a prévu qu’État et collectivités puissent fournir une « assistance administrative et matérielle », un « signal », selon le ministre, mais dénoncé comme « flou » dans l’opposition.

Les socialistes ont prévu, contre l’avis du gouvernement, que le directeur « dispose des outils numériques nécessaires à sa fonction ».

Au final, si l’idée d’apporter un meilleur soutien aux directeurs a fait consensus chez les députés, les oppositions ont mis en doute « l’efficacité » du texte. 

Il « ne sert pas à grand chose » a tranché Valérie Bazin-Malgras (LR) car « tout relève du réglementaire ». « Tout ça pour ça ! » a abondé Frédéric Reiss.

Sylvie Tolmont (PS) a fait part d’un sentiment « vertigineux » à voir un texte de la majorité subir le même sort que ceux de l’opposition en étant « vidé de sa substance ».

« Il ne reste rien » a aussi déploré Elsa Faucillon (PCF) tandis que Michel Larive a raillé « un hara-kiri de la majorité sur son propre texte » qui porte la volonté, selon lui, de créer « des managers d’école ».

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