Les nouveaux modes de travail annoncent-ils la fin du bureau ?

Management

Télétravail, tiers-lieux, bureau nomade, open space… : le travail est aujourd’hui déconnecté de l’espace où il est pratiqué, avec des conséquences sur la santé et l’engagement des agents. Les directeurs de ressources humaines doivent, eux aussi, s’adapter à ces changements.

Assiste-t-on à la fin du bureau ? Cette question, l’Association des DRH de grandes collectivités territoriales l’a posée lors de son septième colloque, organisé le 5 octobre dernier, à Paris. « Les espaces sont désormais partagés et ouverts, le lieu de travail est plus que jamais hybride : télétravail, tiers-lieux, corpo-working ou encore bureau classique, a constaté son président, Johan Theuret. L’unité de temps et de lieu vole en éclats. Cette nouvelle approche de l’espace repose les questions du management et de l’organisation du travail ». Car, en effet, l’espace de travail a des impacts sur l’engagement et le turn-over mais aussi sur la santé. Les outils, toujours plus performants, créent une important une surcharge d’informations ; les temps de concentration se réduisent à 5 ou 6 mn et les interruptions sont très fréquentes. Sans compter que l’intelligence artificielle devrait à l’avenir rendre le travail encore plus complexe.

Désormais, des situations très différentes se côtoient au sein des espaces de travail : nomadisme, équipes virtuelles, à distance, co-working, télétravail. De plus, « poser la question du bureau revient à poser celle de la proximité », a expliqué Emmanuelle Léon, professeur à l’ESCP Europe, car le numérique n’abolit pas la distance : « plus on est près plus on se parle et plus on s’écrit, plus on est loin et moins on communique ». Au-delà de vingt mètres, la perte d’informations augmente… Lors de la mise en place d’espaces ouverts, seuls les mètres carrés sont généralement pris en compte, mais pas la concentration et la possibilité de s’isoler. « Le casque est devenu la porte visible du bureau », estime Emmanuelle Léon. Allant à l’encontre des tendances actuelles, certaines entreprises comme Apple et Google préfèrent rassembler les salariés, partant du principe que la créativité se développe en équipe. En tout cas, les DRH doivent considérer que les salariés se rendent au bureau pour récupérer des informations dont ils ne peuvent pas disposer à distance et pour développer des savoirs et des interactions sociales. Ce qui remet en question les unités de temps et d’action, pour tous les métiers et toutes les activités, et pose des questions d’engagement, de management et de gestion des savoirs. Les compétences évoluent et certains métiers disparaissent ou se transforment très rapidement, rendant la formation des collaborateurs plus difficile. De plus, l’économie du partage se développe avec les plateformes numériques.

Pour Élisabeth Pélegrin-Genel, architecte et psychologue, auteur de « Comment se sauver de l’open-space » (Éditions Parenthèses), l’open-space a conduit à banaliser des espaces, « dont l’aspect positif est de mettre les ens sur un pied d’égalité tout en rendant paradoxalement encore plus visible la hiérarchie ». Il favorise la communication physique et est adapté aussi bien au travail sur écran qu’à des tâches qui demandent de la concentration individuelle. Si les jeunes managers, qui n’ont connu que des espaces collectifs, y sont à l’aise, les plus anciens vivent souvent la suppression de leur bureau comme une perte de spontanéité et de fluidité dans les relations, surtout quand elles nécessitent de la confidentialité.

Marie Gasnier

 

Région Île-de-France : le cocktail télétravail et open-space, une réussite

Lors du déménagement de son siège à Saint-Ouen, le conseil régional Île-de-France a souhaité créer des espaces partagés « de qualité », avec des zones de convivialité et de détente, et développer le télétravail. Sur les 1 800 agents concernés, 1 000 avaient indiqué dans un sondage organisé par les syndicats qu’ils refusaient les open-spaces, et certains ont quitté la collectivité.

Finalement, mille agents ont choisi le télétravail, dont la moitié sur deux jours (choisis par les équipes elles-mêmes). Les agents ne badgent pas et leurs horaires sont susceptibles d’être décalés. Les directeurs organisent l’espace avec les équipes : chacun s’installe où il veut, sans bureau attitré. Les agents, très satisfaits, sont d’autant plus motivés qu’ils planifient leurs activités en fonction du lieu de travail et gagnent en autonomie. Au bureau, ils échangent et passent du temps avec leurs collègues. Compte tenu des réunions et du télétravail, certains espaces semblent aujourd’hui sous-équipés.

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