Le Sénat explore l’avenir du télétravail

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La Délégation sénatoriale à la prospective s’interroge sur le devenir du télétravail en rythme de croisière.

En France, avant la crise liée au Covid-19, le télétravail concernait environ 7 % des actifs, essentiellement des cadres. Avec la crise sanitaire, ce mode de travail est devenu familier pour un grand nombre d’entre eux. Ainsi, en mars 2021, environ un quart des salariés étaient en télétravail complet. Aujourd’hui, le télétravail s’est consolidé, organisé, et s’installe dans le paysage. La Délégation sénatoriale à la prospective se pose désormais la question du devenir du télétravail en rythme de croisière. En son nom, Céline Boulay-Espéronnier (Paris, LR), Cécile Cukierman (Loire, CRCE) et Stéphane Sautarel (Cantal, LR) ont rendu, le 22 octobre 2021, un rapport d’information intitulé : « 8 questions sur l’avenir du télétravail, vers une révolution du travail à distance ? ».

« Pourrons-nous être tous télétravailleurs en 2050 ? », interrogent les trois sénateurs. Leur réponse est clairement négative. Au mieux, la moitié des actifs pourraient être concernés par le télétravail en France, estiment-ils. « En outre, nous ne télétravaillerons pas tout le temps et alternerons probablement présentiel et distanciel », précisent les parlementaires. Céline Boulay-Espéronnier, Cécile Cukierman et Stéphane Sautarel suggèrent de réaliser des enquêtes régulières permettant de connaître les effectifs, les modalités précises du déploiement du télétravail dans les entreprises et les administrations et de mesurer ses effets sur les différentes catégories de travailleurs. Un rapport annuel sur le télétravail serait ainsi présenté au Parlement, « qui pourrait, le cas échéant, légiférer sur ce nouveau droit et les devoirs afférents ».

À la question « La croissance économique sera-t-elle stimulée par le télétravail ? », la réponse des trois sénateurs est plutôt positive. Selon eux, les perspectives de gains de productivité ne sont pas garanties, mais elles sont probables dès lors que le télétravail sera bien organisé au sein des entreprises et des administrations. Ils préconisent la création d’un observatoire du télétravail pour analyser les bonnes pratiques, mais aussi les cas d’échecs, et « construire pas à pas un référentiel qui serait utile à tous ». Par ailleurs, les rapporteurs ne pensent pas que le télétravail puisse conduire à de nouvelles délocalisations. Ils recommandent néanmoins de veiller à préserver l’attractivité résidentielle de la France « pour faire de notre pays une terre d’accueil plutôt que d’exil des télétravailleurs ».

S’il fait apparaître des risques nouveaux qu’il convient de gérer, préviennent les parlementaires, le télétravail, choisi et négocié, élargit l’éventail des possibilités offertes aux salariés. Il pourrait même devenir un des critères d’appréciation de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), « afin d’inciter à la recherche du bien-être social des télétravailleurs », avancent-ils. Enfin, s’il est encore trop tôt pour proclamer la revanche des campagnes et la fin des embouteillages, un mouvement de relocalisation peut s’enclencher et prospérer dans les années à venir, notamment au profit d’une ruralité gagnante, prédit le rapport. Pour préparer cette mutation, ses auteurs jugent utile d’anticiper l’arrivée de nouveaux télétravailleurs dans les territoires à travers divers investissements : tiers-lieux, installation de la fibre, maintien de services publics locaux, infrastructures de loisirs et lieux de sociabilité, aide à la construction de logements adaptés. Dans les grandes agglomérations, il conviendrait d’encourager la requalification des surfaces de bureaux en logements ou de les rendre plus modulaires. Parallèlement, il est essentiel d’anticiper les nouvelles manières de se déplacer, en réorganisant l’offre de transports collectifs et en accélérant le passage de la propriété des véhicules à l’usage partagé, prône le rapport d’information.

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