Congrès des pompiers : continuer à intervenir partout malgré les agressions en hausse

Santé et sécurité au travail

Comment mieux secourir des personnes toujours plus nombreuses à appeler à l’aide, tout en se protégeant des risques croissants d’agressions ? La question sera au cœur du congrès annuel des sapeurs-pompiers qui s’ouvre mercredi 26 septembre à Bourg-en-Bresse (Ain).

Le 4 septembre, pour la première fois depuis près de dix ans en France, un pompier est mort tué par la personne qu’il était venu secourir : Geoffroy Henry, 27 ans, première classe à la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) a été poignardé à Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne).

Ce drame a choqué une profession déjà échaudée par l’augmentation des agressions contre ses représentants ces dernières années, même si elles restent relativement rares : 2 280 en 2016, soit 17,6 % de plus qu’en 2015, sur un total de 4,5 millions d’interventions, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur.

Il a également montré la nécessité de plus en plus pressante d’une meilleure coopération entre services de secours (police, Samu, pompiers…) pour répondre aux demandes de plus en plus nombreuses de secours à la personne, qui mobilisent aujourd’hui 84 % des interventions des pompiers, contre 54 % vingt ans plus tôt.

De moins en moins « soldat du feu », de plus en plus ultime recours face à la détresse humaine et sociale, parfois violente, dans tous types de milieux, « le métier de pompier change, et nous devons changer avec lui », souligne le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), Éric Faure.

Ce thème sera, avec la formation aux premiers secours et la consolidation du volontariat comme pilier du système de secours français, le principal sujet de ces quatre jours de congrès, où sont attendus quelque 50 000 professionnels, élus et visiteurs divers.

Éric Faure, 57 ans, à la tête de la FNSPF depuis 2011 et qui devrait passer la main lors de ce congrès à l’un de ses vice-présidents, Grégory Allione, 47 ans, souhaite y « inscrire définitivement le secours à personne au cœur du métier de pompier ».

Preuve cruelle

Les pompiers espèrent pour cela recevoir des réponses concrètes du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, qui doit clôturer le congrès par un discours samedi, sur plusieurs demandes formulées de longue date.

À commencer par l’instauration d’un seul et unique numéro (le 112) pour centraliser l’ensemble des appels d’urgence, aujourd’hui éclatés notamment entre Samu, police, pompiers (15, 17, 18, 112, 114…).

M. Faure plaide également pour une plus grande préparation commune des opérations pour que les pompiers puissent être systématiquement informés, notamment par le Samu, et accompagnés par les forces de l’ordre en cas de risques sur le terrain.

Le drame de Villeneuve-Saint-Georges apparaît sur ce point comme une preuve cruelle des carences actuelles.

Après la mort du première classe Henry, le patron de la BSPP, le général Jean-Claude Gallet, a regretté dans un email à ses troupes que le Samu, qui avait signalé ce cas aux pompiers, ne leur ait pas précisé la possible « dangerosité immédiate » de l’individu concerné, ce qui les aurait conduit à se méfier davantage. Le général y a également espéré de prochaines mesures des pouvoirs publics « pour que cela ne se reproduise pas ».

La FNSPF attend également des outils pour consolider l’indispensable réservoir de volontaires (environ 194 000 des 247 000 pompiers) qui stagne en raison notamment des difficultés de concilier ce statut avec les impératifs familiaux et professionnels. En avril, la profession a remis au gouvernement un rapport détaillant 43 propositions en ce sens (simplification du recrutement, mesures fiscales, bonification de retraite, utilisation du futur service national universel…).

Les pompiers réclament enfin une plus grande mobilisation en faveur de l’une de leurs spécialités, la formation du grand public aux premiers secours. Il y a un an, Emmanuel Macron a approuvé l’objectif affiché par les pompiers et urgentistes de voir « 80 % de la population française formée », contre 30 % actuellement, loin derrière les pays scandinaves, l’Allemagne ou le Canada.

Lundi 24 septembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a réaffirmé l’objectif de former tous les élèves de troisième aux gestes de premiers secours d’ici 2022.

Chaque année en France, 40 000 personnes meurent d’un malaise cardiaque et 20 000 d’un accident de la vie courante, bien plus par exemple que les quelque 3 500 morts recensés sur les routes.

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