L’Anses recommande d’améliorer la prévention des risques sanitaires pour les sapeurs-pompiers

Santé et sécurité au travail

Base de données nationale, suivi des risques chroniques, port des protections… : après avoir étudié les rapports français et internationaux et procédé à des auditions, l’Anses évoque plusieurs mesures propices à une meilleure prise en compte des risques encourus par les pompiers.

Substances chimiques issues des produits de combustion, virus, bactéries, moisissures, travail en horaires décalés, bruit et températures extrêmes, exposition aux violences urbaines et aux incivilités… Les sapeurs-pompiers sont exposés à des risques multiples, non seulement à l’occasion de leurs interventions mais également de façon chronique. C’est le cas pour ceux qu’ils encourent après les opérations de lutte contre l’incendie, qui combinent notamment un mélange de contaminants chimiques et la durée d’exposition aux feux. La nature de tous ces risques est insuffisamment connue, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), qui a étudié la littérature internationale et procédé à de nombreuses auditions pour dresser un état des lieux de la prévention. L’Anses préconise d’améliorer cette connaissance des risques sanitaires pour renforcer le suivi des expositions des sapeurs-pompiers et identifier les activités le plus à risque.

Aujourd’hui, les mesures destinées à prévenir le risque chimique sont essentiellement centrées sur la phase active de la lutte contre l’incendie. Or l’exposition à des émanations toxiques persiste après son extinction, pendant les phases de surveillance, d’enquête, de déblai et au retour en caserne, en raison de la contamination (suies et eaux d’extinction) des équipements, du matériel ou des véhicules. Ce que perçoivent mal les sapeurs-pompiers. Ainsi, s’ils portent bien les équipements de protection individuelle, l’appareil respiratoire isolant (ARI) en particulier, pendant la lutte contre le feu, c’est moins le cas lors des phases de surveillance, d’enquête et de déblai qui suivent. Or, une protection respiratoire adaptée est encore recommandée, le risque d’exposition à des émanations toxiques étant toujours présent. Adopter des mesures visant à limiter ces expositions secondaires serait donc nécessaire, explique l’Anses. En outre, l’ARI, encombrant, lourd et doté d’une faible autonomie, est incompatible avec les feux de végétation ; des masques pourraient alors être utilisés.

Les données de surveillance de santé sont aujourd’hui disponibles dans les SDIS (services d’incendie et de secours). Il conviendrait de les centraliser dans une base de données nationale unique, répertoriant les informations relatives aux sapeurs-pompiers professionnels, civils et militaires, mais aussi aux volontaires qui sont majoritaires. Cette base devrait aussi intégrer le suivi médical et le cumul d’exposition lié aux activités de sapeurs-pompiers volontaires qu’exercent certains pompiers professionnels, y compris si elles sont exercées dans des SDIS différents. L’Anses estime du reste qu’un dossier médical unique devrait suivre le sapeur-pompier pendant toute sa carrière, même s’il change de SDIS ou de statut, passant de militaire à professionnel.

Des études, menées avec des ergonomes, pourraient viser à réduire les accidents et troubles musculo-squelettiques (TMS) – première cause de sinistralité chez les sapeurs-pompiers. Il s’agirait non seulement d’améliorer le matériel, mais aussi d’apprendre aux hommes à mieux l’utiliser et à corriger leurs postures pour réduire les contraintes physiques lors des interventions.

Enfin, l’Agence souhaite encourager un suivi médical post-professionnel des sapeurs-pompiers qui permettrait d’identifier, le cas échéant, les risques à long terme.

Marie Gasnier

Source : Risques sanitaires liés aux expositions professionnelles des sapeurs-pompiers, Rapport d’appui scientifique et technique, Anses, 2019

Décalage

Certains pompiers s’engagent principalement pour lutter contre l’incendie et vivent mal la réalité : la majorité des interventions correspond à du secours d’urgence aux personnes. Ce décalage dans la perception du métier peut conduire à une certaine souffrance au travail. Pistes d’amélioration évoquées : une meilleure information lors du recrutement ou l’instauration d’une réflexion sur l’organisation des métiers au sein des SDIS.

Posté le par

Recommander cet article

Réagissez à cet article sur le forum