« Petites villes de demain », pour les aider à retrouver leur attractivité

Urbanisme

D’ici la fin de l’année, la liste des 1 000 communes et intercommunalités retenues dans le cadre du programme « Petites villes de demain » sera dévoilée. Avec ce dispositif doté de 3 millions d’euros sur la durée du mandat municipal, les élus espèrent accélérer la transformation de leurs villes pour qu’elles redeviennent des endroits où il fait bon vivre.

Ce programme destiné à soutenir les dynamiques de transition déjà engagées dans certains territoires, les petites villes l’attendaient depuis longtemps. « C’est une bonne nouvelle qu’enfin notre strate de collectivités soit reconnue dans ses difficultés propres et dans ses problématiques propres, estime Nicolas Soret, le maire de Joigny (89). Notre ville de 10 000 habitants compte 4 000 contribuables, mais porte des services pour un bassin de 30 000 habitants. Une situation paradoxale car on nous demande de déployer des services pour des bassins très larges sans que nous en ayons les moyens ». Selon Bruno Marty, maire de La Réole (33) « d’anciens chefs-lieux de canton se retrouvent à être des acteurs clés dans un territoire. Si ces communes dépérissent, tout le territoire dépérit ». Lui aussi se réjouit de voir arriver ce programme pour lequel sa commune a déposé sa candidature. « Petites villes de demain » est à la fois le premier programme territorial élaboré par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), en ordre de marche depuis le 1er janvier 2020, et l’un des instruments au service du plan de relance.

Un programme aussi qui tire les leçons de l’AMI centres-bourgs, cette démarche expérimentale lancée en 2014 pour accompagner la revitalisation des centres-bourgs dans 54 communes et intercommunalités qui avait suscité beaucoup d’incompréhension chez les élus. Beaucoup de dossiers avaient été déposés… et très peu de villes retenues. « Notre commune avait expérimenté l’AMI centres-bourgs en 2014, nous avions fait remonter un certain nombre de problèmes rencontrés. Ils ont été corrigés dans "Petites villes de demain" », affirme le maire de La Réole qui approuve notamment dans ce  nouveau programme la présence d’un référent unique, en la personne du sous-préfet, sa durée de six ans soit la totalité du mandat ou encore son volet aménagement, plus complet. Ce qu’il attend de ce programme, des financements qui permettront à sa commune de poursuivre ses actions dans l’accompagnement des commerces, la végétalisation de la rue principale et surtout le financement des opérations d’habitat anciens. « La Réole est une ville médiévale, il est indispensable d’entretenir et rénover notre patrimoine ancien non seulement pour l’attractivité touristique de la ville, mais aussi pour nos habitants. Or, le coût des rénovations est majoré de 20 % en raison des contraintes architecturales que nous devons respecter », explique Bruno Marty.

Le maire de Joigny mettra lui aussi l’accent sur la rénovation de sa ville médiévale si sa candidature est retenue. « Depuis 2014, nous avons bien avancé sur la transformation urbaine de notre quartier prioritaire. L’urgence aujourd’hui c’est le vieux bâti médiéval. Joigny est une ville d’art et d’histoire dotée d’un plan de sauvegarde et de mise en valeur qui confère à l’architecte des bâtiments de France un pouvoir au moins aussi important que celui du maire. Nous avons, dans la ville, du bâti ancien privé qui n’est plus entretenu. L’idée est de faire entrer la puissance publique dans le jeu y compris en rachetant des bâtiments, en les transformant afin de les remettre sur le marché. »

Des opérations qui redonneront de l’attractivité à cette ville située à 1h10 de Paris en train, et devenue depuis le premier confinement une terre d’accueil pour les Parisiens en télétravail.

Des aides à l’ingénierie

L’un des points forts du programme, 250 millions d’euros dédiés au soutien à l’ingénierie pour lancer et consolider au plus vite les projets de territoire dans ces villes qui rencontrent un problème d’accès à des chefs de projets ou bureaux d’études. « Dans les petites villes comme les nôtres, c’est le cœur de la difficulté, confirme le maire de Joigny. On peine à avoir des agents qui se consacrent à ces projets de transformation urbaine car ces postes sont le plus souvent hors de notre portée financière. »

Le programme prévoit de financer des postes de chefs de projets à hauteur de 75 % ainsi que des managers de centre-ville grâce à une subvention de 40 000 euros pour deux ans. Des financements sur des mesures thématiques ciblées sont également prévus. Parmi lesquels la prise en charge d’une partie du déficit d’opération pour les projets de reconversion de friches urbaines, commerciales et industrielles, le financement d’îlots de fraîcheur, des réductions fiscales pour les travaux dans l’immobilier ancien, la création de 800 France services, 200 tiers-lieux ou encore le déploiement de 500 Micro-Folies. 

Le choix des communes retenues pour le programme incombe aux préfets sur des critères de population, 20 000 habitants maximum, de fragilité et de centralité affirme Éric Lebreton, le directeur général de l’ANCT. « L’idée c’est bien de repérer celles qui ont un rôle de centralité dans leur territoire, avec une offre d’équipements et de services publics et privés, et qui ont besoin d’un appui pour assumer cette centralité. Ça peut être aussi bien une ville de 15 000 habitants qu’une commune de 2 000 habitants. C’est très différent d’une région à l’autre et surtout d’un département à l’autre. »

Comme Action cœur de ville qui cible les villes moyennes, « Petites villes de demain » est un véritable programme de relance des projets dans les petites villes. Dès 2021, les villes sélectionnées dans le cadre du programme pourront partager leur expérience dans le club des « Petites villes de demain » autour d’événements, journées et outils dédiés. 

Blandine Klaas

Source : RCL, La Revue des Collectivités Locales

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