Subie ou volontaire, la mobilité des DGS sous le regard des cabinets de recrutement

Publiée aujourd'hui à 14h00 - par

Les élections municipales sont passées et les exécutifs sont en place. L'occasion pour les nouveaux maires de mettre en place leur équipe et pour ceux qui ont été renouvelés de repenser leur organigramme pour relever de nouveaux défis. Au milieu de ce grand chambardement, DGS et DGA rejoignent certaines collectivités de leur plein gré… ou en sont remerciés dans un contexte plus ou moins douloureux. Les cabinets de recrutement connaissent bien ces moments de transition. Entretien.
Subie ou volontaire, la mobilité des DGS sous le regard des cabinets de recrutement

© DR / Méryl Offroy, consultante en recrutement à Citéa consultants & Julien Galivel, directeur fondateur du cabinet de recrutement Parcours public RH

« Nous avons une écoute très large du sujet puisque nous cherchons de nouveaux talents pour nos clients et nous sommes approchés par des directeurs qui sont eux-mêmes en recherche d’évolution professionnelle, de façon volontaire ou contrainte ». Julien Galivel, directeur fondateur du cabinet de recrutement Parcours public RH, a travaillé trois à quatre mois avant les élections municipales sur ce moment de bascule. « Nous avons eu récemment le cas d’une grosse communauté d’agglo dont le président n’avait pas changé mais qui souhaitait changer l’organisation de l’institution. Au final, deux DGA en ont fait les frais. Ces emplois fonctionnels sont par nature éjectables. Les personnes concernées le savent mais elles sont souvent besoin de s’appuyer sur nos services pour préparer leur évolution de carrière ». Dans un communiqué publié le 20 avril dernier, le Syndicat national des directions générales des collectivités territoriales (SNDGCT) assure accompagner la dynamique de mobilité des DGS de la fonction publique territoriale. La période est encore à la transition électorale après la mise en place des nouveaux exécutifs municipaux et intercommunaux.

Des « séparations » de plus en plus « brutales »

Outre le rappel des services proposés par le syndicat, notamment des séances de coaching et des partenariats avec plusieurs cabinets de conseil, ce dernier s’inquiète du durcissement de la mobilité subie, « face à des séparations de plus en plus brutales », lit-on dans le communiqué. « Le nombre de saisines du SNDGCT est d’ailleurs en hausse : 130 dossiers en 2024, contre 138 en 2025. À l’approche des prochaines échéances électorales, les fins de détachement sur emploi fonctionnel ont tendance à se multiplier. L’alignement stratégique entre une direction générale et l’exécutif nécessite du temps. Mettre fin aux fonctions du jour au lendemain fragilise à la fois les personnes concernées et le fonctionnement des collectivités. Pour autant, ces fonctions impliquent une part d’incertitude inhérente à leur nature, avec la possibilité de rebond lorsque les transitions sont accompagnées », poursuit le communiqué.

Aux avant-poste sensibles

« Les contraintes budgétaires auxquelles font face les collectivités obligent en effet à faire aussi des économies dans le choix de ces cadres. Mais pour prendre les bonnes décisions, il faut disposer des bonnes personnes », poursuit Julien Galivel. « Les DG se positionnent en fonction de l’attractivité du poste, des politiques initiées dans les territoires. Certains postes sont très recherchés, comme par exemple les directeurs des services numériques, face à la montée des risques de cyberattaques. En général, les collectivités de plus de 10 000 habitants passent par un cabinet dès qu’il s’agit de recruter sur un poste sensible et stratégique ».

« Une trentaine de CV reçus chaque semaine »

Dans les dernières semaines précédant les élections municipales, le cabinet de Méryl Offroy, consultante en recrutement à Citéa consultants, recevait « une trentaine de CV chaque semaine ». En général, « les mobilités se font dans un délai de 6 à 12 mois. C’est le temps qu’il faut à certains DG pour se retourner ». Certaines situations paraissent avoir été conçues par un esprit maléfique, l’anecdote nous est soufflée à l’oreille par Méryl Offroy : à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, trois DGS ont été contraints de cohabiter ensemble, le temps de réguler la situation : le premier était en situation de départ, le second était celui qui avait été choisi par le maire pour le remplacer et le troisième celui qui a été choisi par le candidat qui a gagné… mais qui n’était pas le maire sortant ! « La plupart du temps, nous sommes quand même sur des mobilités choisies. Les DGS choisissent de bouger, ce qui met en évidence la professionnalisation accrue de cette fonction », précise-t-elle. « On demande des qualités de plus en plus larges aux DG : savoir manager, être au fait des enjeux politiques, sécuriser juridiquement la décision, faire preuve de loyauté institutionnelle… ». Ce partenaire « stratégique » est essentiel à la réussite d’un mandat politique. Le métier de DGS n’est pas « sous tension », « la relève est assurée ». Certains postes de cadres sont plus difficiles à dénicher : les gestionnaires RH, les chargés d’opérations, les directeurs des finances… « De moins en moins de personnes ont envie d’aller dans cette direction », assure Méryl Offroy, « donc ceux qui sont sur le marché sont courtisés ». Les profils sont étudiés aussi en fonction des communes. Par exemple, « dans une commune de banlieue où des travaux de rénovation urbaine sont en cours, un DGS ayant un passé de DG des services techniques ou urbanisme cochera la bonne case », conclut la consultante.

Stéphane Menu