Loi d’urgence agricole : et si la souveraineté alimentaire commençait à la cantine ?

Publiée aujourd'hui à 10h00 - par

Face aux défis de la souveraineté alimentaire, la restauration collective publique reste un levier largement sous-exploité. La coalition « Ma Cantine Locale » appelle à faire des cantines un moteur de la transition agricole en reconnaissant pleinement la place des approvisionnements de proximité. Une évolution qui permettrait de soutenir durablement les agriculteurs, de renforcer les territoires et d'offrir une alimentation de meilleure qualité aux enfants.
Loi d'urgence agricole : et si la souveraineté alimentaire commençait à la cantine ?

Sept millions de repas sont servis chaque jour dans la restauration collective publique1. Sept millions d’occasions de  soutenir concrètement notre agriculture. Et pourtant, aucune politique publique structurée ne vient activer efficacement ce levier décisif.

Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, adopté au Parlement [NDLR : texte prochainement publié au Journal officiel après son contrôle par le Conseil constitutionnel], propose bien de répondre à la crise que traverse le monde rural. Mais il y manque pourtant le virage de la proximité et la restauration collective risque de rester le théâtre de nos dépendances.
L’article 4, qui a trait à la restauration collective publique, a été profondément transformé à l’Assemblée nationale : origine des approvisionnements, orientation vers les circuits courts… La question du local monte véritablement dans les débats, et nous nous en réjouissons. Mais ces dispositions, juridiquement fragiles et adoptées dans la confrontation, risquent d’être contestées à Bruxelles. Nous croyons à une voie plus solide, dans le respect du cadre européen et par-delà les clivages partisans.

L’introuvable « local » de la loi française

Définir le local n’a rien d’évident. Les obstacles à sa définition sont nombreux, à commencer par le cadre européen. Mais bien le caractériser est l’un des leviers importants dont nous disposons, pour structurer des filières locales, dynamiser les territoires et par la transition qu’il rend possible.
La restauration collective représente vingt milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel2 et 300 000 emplois3. Réorienter une part significative de ces achats vers des circuits de proximité n’aurait rien de symbolique. Ce serait offrir au monde agricole des débouchés stables permettant à un exploitant de planifier ses investissements et de s’inscrire dans la durée. Autrement dit, de vivre de son travail.
Pourtant cette voie pour une agriculture plus résiliente et durable, pour améliorer aussi la qualité des repas, reste peu mobilisée. Depuis 2018, la loi EGAlim indique un objectif minimal de 50 % de produits de qualité et durables en restauration collective, dont 20 % de bio. Depuis le 1er janvier 2024, ce taux est de 60 % pour les viandes et poissons durables et de qualité (100 % pour les services de l’État, ses établissements publics et les entreprises publiques nationales). Mais le local, lui, n’existe pas dans ces grilles. Ni défini, ni mesuré, il reste de l’ordre de la « débrouille locale ». Un agriculteur qui fournit la cantine de son village sans détenir de label officiel est ainsi invisible aux yeux de la réglementation, alors qu’il contribue concrètement à la résilience de nos territoires.

Ce qui se joue dans l’assiette de nos enfants

Nourrir nos enfants avec des produits frais, de saison, issus de nos territoires, c’est investir dans leur éducation. C’est aussi garantir le revenu d’un agriculteur, faire travailler un transformateur local, raccourcir des chaînes de dépendance dont chaque crise révèle la fragilité.
Surtout, soutenir des productions de proximité, c’est sécuriser les revenus des agriculteurs et leur donner les moyens d’engager une transition vers des systèmes qui peuvent prendre soin des sols, de l’eau et de la biodiversité.

Valoriser la commande publique

À l’heure où 85 % des Français4 déclarent que consommer local est important pour eux, la demande est bien réelle. Et elle dépasse largement les clivages partisans. Dans le respect du cadre européen, le levier le plus efficace est donc de faire entrer le local dans EGAlim, en le définissant, en le mesurant et en le valorisant.
La restauration collective publique est le plus grand restaurant de France. Dans nos écoles maternelles et primaires, le local a été estimé à environ 33 % des approvisionnements5, d’après une étude inédite menée par Vertigo Lab pour Nuances d’Avenir. Tant que la loi ne le reconnaîtra pas, elle passera à côté de son levier le plus important pour réconcilier souveraineté alimentaire et vitalité des territoires.
Derrière cette demande, c’est un vrai changement de mentalité que porte le  projet Ma Cantine Locale : agir concrètement pour l’éducation de nos enfants, pour le  revenu de nos agriculteurs, pour la transition environnementale et pour notre souveraineté alimentaire.

Par «  Ma Cantine Locale », coalition multi-acteurs*

* « Ma Cantine Locale », coalition multi-acteurs (agriculteurs, interprofessions, syndicats, agents de restauration collective, grossistes, élus, parents…) pour coconstruire des solutions réalistes à l’échelle locale

Pour aller plus loin : Loi d’urgence agricole : « Et si la souveraineté alimentaire commençait à la cantine ? », Tribune, Les Échos, juillet 2026

Signataires :

  • Louis Dumoulin, directeur, Nuances d’Avenir
  • Jordy Bouancheau, vice-président, Jeunes Agriculteurs
  • Louis Sibille, co-fondateur, NONA
  • Maxime Cordier, président, Agores
  • Timothé Cuilleret, fondateur, Transfarm
  • Yoann Dumontet, directeur, Les Insatiables
  • Arnold Puech d’Alissac, président de la Commission Chaîne Alimentaire, FNSEA
  • Jean-Paul Terrusse, fondateur, Référentiel Restauration Collective
  • Freddy Thiburce, co-fondateur et CEO, Manger du sens

1. Restauration collective : manger mieux tout en respectant l’environnement, Agence de la transition écologique (ADEME), 2021.

2. Les mutations profondes d’un secteur essentiel (Revue des restaurations collectives), Food Service Vision, 2025

3. Évaluation menée par Restau’Co (2011).

4. L’opinion des Françaises et des Français à l’égard de la restauration collective (étude réalisée pour le Syndicat national de la restauration collective – SNRC), Ipsos, 2026

5. Étude d’impact socio-économique de l’approvisionnement local dans les cantines scolaires, Vertigo Lab, 2026

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