Quelles obligations de reprise des personnels s’appliquent en cas de marchés conclus avec une entreprise adaptée ?

Commande publique

Le Code du travail impose, pour certains marchés de service, la continuité des contrats de travail en cas de changement de titulaire du contrat.

Ce principe trouve à s’appliquer notamment dans le secteur du nettoyage ou de la restauration collective. Mais au cas où le marché réservé a été attribué à une structure spécialisée employant des personnes en situation de handicap, la question de la reprise de personnel peut poser des difficultés si le prestataire sortant est une entreprise relevant du milieu ordinaire de travail.

Une réponse à une question parlementaire fait le point sur la conciliation entre le changement de prestataire et la reprise des personnels à statut particulier dans le cadre des marchés de nettoyage.

Le nouveau prestataire doit s’engager à garantir l’emploi de la totalité du personnel affecté au marché

Même si le prestataire nouveau n’est pas une entreprise adaptée, la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés du 26 juillet 2011 prévoit les conditions de garantie de l’emploi et de continuité du contrat de travail du personnel en cas de changement de prestataire. Ces dispositions offrent la garantie de la continuité de leur contrat de travail aux salariés affectés à un marché faisant l’objet d’un changement de prestataire, pour des travaux effectués dans les mêmes locaux, à la suite de la cessation du marché public.

En conséquence, le nouveau prestataire doit s’engager à garantir l’emploi de la totalité du personnel affecté au marché qui remplit certaines conditions de classification dans la grille nationale des emplois et d’ancienneté sur le site concerné par la reprise. Le transfert des contrats de travail s’effectue de plein droit et s’impose donc au salarié. Le nouveau prestataire est tenu d’établir un avenant au contrat de travail qui mentionne le changement d’employeur et reprend l’ensemble des clauses du contrat de travail initial.

À l’inverse, les entreprises adaptées sont, en principe, exemptées de l’obligation de reprise des personnels

S’agissant des entreprises adaptées reprenant un marché dans un secteur d’activité couvert par accord négocié comportant une garantie d’emploi, la Cour de cassation a reconnu dans des cas d’espèces la possibilité que ces entreprises puissent être exemptées de l’application de l’accord collectif. Dans ces espèces, le juge tend à fonder son raisonnement sur l’existence d’une mission spécifique fixée par la loi plaçant l’entreprise adaptée dans une situation incompatible avec l’obligation d’appliquer une garantie d’emploi instaurée par une convention collective ou un accord de branche.

Il fait primer cette mission comme fondement de l’activité principale de l’entreprise adaptée, sur la classification économique de l’activité réelle exercée. En d’autres termes, le juge indique qu’une entreprise adaptée qui exerce une activité de nettoyage ou de transport urbain peut être exonérée de l’application des clauses de garantie d’emploi, car ces activités sont l’accessoire d’une activité principale consistant dans l’emploi de travailleurs majoritairement reconnus handicapés et dans leur accompagnement socio-professionnel. Ce raisonnement n’est toutefois pas une garantie absolue d’exemption, et n’exonère pas d’une analyse au cas par cas selon la situation de chaque entreprise concernée.

Dominique Niay

Texte de référence : Question écrite n° 1115, de Mr. Michel Larive (La France insoumise – Ariège) du 24 juillet 2018,  Réponse publiée au JOAN le 1er janvier 2019

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