Rénovation énergétique des bâtiments : une étude pointe la faiblesse des politiques locales

Développement durable

Démunies pour accompagner efficacement la rénovation énergétique, les collectivités concentrent leurs efforts sur les populations précaires. Le programme Faire de l’Ademe pourrait les inciter à viser tous les types de foyers en travaillant avec les entreprises privées.

L’incitation à la rénovation énergétique des bâtiments des collectivités serait insuffisante en comparaison des enjeux de la transition énergétique, selon une étude Teksial-Coda Stratégies présentée le 20 novembre dernier au salon des maires. En effet, la moyenne des objectifs de rénovation des collectivités interviewées (cf. encadré) représente 0,3 % de leur parc de logements. Soit, ramené à l’échelle nationale, l’équivalent de 90 000 logements par an, alors que l’objectif national s’élève à 500 000. Les collectivités se trouveraient trop souvent « démunies » pour accompagner efficacement la rénovation énergétique, à la fois face aux objectifs à atteindre, aux moyens à mettre en œuvre et aux attentes de leurs administrés. C’est pourquoi deux collectivités sur cinq sous-traitent l’accueil et l’information du public, et trois sur quatre sous-traitent la réalisation des diagnostics énergétiques. En outre, elles ignorent l’effet de levier que peuvent produire les nouveaux instruments financiers comme les certificats d’économie d’énergie (cf. encadré).

L’étude montre aussi que les collectivités orientent principalement leurs actions vers les ménages en situation de précarité. Les autres foyers étant peu concernés par leurs politiques énergétiques, les travaux de rénovation ne sont pas suffisamment « massifiés » à l’échelle du territoire. En effet, les interventions directes des collectivités « visent une partie significative mais minoritaire des besoins, dans une logique sociale en considérant que, pour les ménages moyens et aisés, les investissements vont de soi, ce qui n’est pas le cas », précisent les auteurs de l’enquête. Les collectivités ont plutôt tendance à distribuer des aides ou à relayer des informations. « Mais informer ne suffit pas, il faut aussi miser sur l’accompagnement ». L’étude conclut qu’en l’absence de changements majeurs de stratégie et de positionnement, la politique des collectivités aura un impact, certes croissant, mais limité. Ainsi, elles devraient davantage se poser en animatrices de la transition énergétique sur leur territoire.

Société d’accompagnement dans la maîtrise de la consommation énergétique, Teksial précise que les collectivités manquent précisément d’accompagnement pour réaliser leur politique énergétique et qu’elles devraient se tourner vers des partenariats avec le privé, dont elles connaissent rarement les offres. Elles ne savent pas vers quelle entreprise se tourner ; certaines craignent même de tomber sur des sociétés « malhonnêtes » et s’inquiètent de la « différence de logique » entre les secteurs public et privé.

La campagne Faire (faciliter, accompagner et informer pour la rénovation énergétique), lancée par l’Ademe à l’automne 2018 pour trois ans, devrait faciliter les relations entre collectivités et entreprises. Son but : rassembler les acteurs de la rénovation énergétique sous une signature commune, de façon à rendre lisible un service public d’information et de conseil sur la rénovation énergétique de l’habitat pour les citoyens et à entraîner l’ensemble des acteurs publics et privés dans la rénovation. Faire doit toucher les particuliers, les professionnels du secteur de la rénovation et les collectivités. De nombreuses entreprises seront amenées à s’engager dans le programme, ce qui devrait démultiplier l’impact de la communication des pouvoirs publics et entraîner davantage de ménages à rénover leur logement.

Marie Gasnier

 

Étude menée par Coda Stratégies par entretiens semi-directifs auprès de 36 collectivités territoriales, selon un échantillon représentatif de collectivités moyennes pour éviter de privilégier celles qui sont les plus avancées ou ont adopté des programmes pilotes de rénovation énergétique des bâtiments. Les entretiens ont été analysés selon trois grands thèmes : état de lieux de la politique des collectivités, projet de développement à moyen terme, articulation avec les acteurs du territoire.

 

CEE

Les certificats d’économie d’énergie (CEE) imposent aux vendeurs d’énergie (électricité, gaz, GPL, chaleur et froid, fioul domestique et carburants pour automobiles), appelés les « obligés », de réaliser des économies d’énergie. Ils sont incités à promouvoir l’efficacité énergétique auprès de leurs clients : ménages, collectivités ou professionnels.

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