Cinq processus de développement pour les agglomérations

Finances locales

Le développement socio-économique disparate des agglomérations doit être pris en compte pour orienter les politiques publiques, aux échelons national et local, selon une étude de l’AdCF.

Les études se penchent souvent sur la compétitivité et la croissance économique des agglomérations, mais pas sur leurs ressorts de développement, leurs inégalités sociales ou leurs disparités fiscales. L’Assemblée des communautés de France (AdCF), qui a analysé ces différents facteurs, révèle que les agglomérations françaises se développent selon cinq grands processus socio-économiques, différents de la vision macro-économique habituelle.

Tout d’abord, un territoire en croissance économique ne bénéficie pas forcément des retombées de la production sur le plan social. C’est le cas, par exemple, de certaines agglomérations spécialisées dans la production concurrentielle (comme Vitré-Communauté ou le pays de Montbéliard), qui ont pourtant un faible revenu par habitant, une pauvreté importante et un haut niveau d’inégalités. Pour autant, d’autres agglomérations, tout aussi spécialisées dans la production concurrentielle, présentent des configurations sociales intermédiaires (Grand Toulouse…) ou satisfaisantes (Rennes-Métropole…).

En second lieu, l’économie résidentielle, qui est un moteur majeur de développement des territoires, devrait s’accompagner d’une économie productive. En effet, l’économie résidentielle – celle dont la part de revenus d’origine résidentielle est supérieure à 56,7 %, qui est la part moyenne dans les agglomérations – n’est qu’une économie de transfert, non productive. Certains territoires touristiques très résidentiels, comme le littoral méditerranéen, connaissent ainsi de forts niveaux d’inégalité de revenu par habitant.

Le troisième processus de développement identifié montre que créer des emplois localement ne conduit pas nécessairement à une baisse du chômage sur le territoire. Soit, parce que le volume des nouveaux emplois est insuffisant par rapport aux besoins locaux – facteur aggravé par le nombre de non-résidents employés localement. Soit, parce que les emplois créés ne correspondent pas au profil des chômeurs locaux.

Quatrième processus identifié : la richesse produite par une agglomération irrigue les territoires voisins. Il est de plus en plus fréquent que les gens ne travaillent pas dans leur commune de résidence, ce qui produit un décalage de redistribution de richesse, et un manque à gagner important. Ce mécanisme est, non seulement, préjudiciable en matière de consommation mais il l’est aussi pour la dynamique de l’emploi local.

Enfin, la richesse fiscale d’une agglomération (c’est-à-dire celle de ses institutions publiques) ne va pas toujours de pair avec sa richesse sociale. Certains territoires riches fiscalement sont pauvres socialement – et inversement. Du reste, les agglomérations pauvres socialement nécessitent la plus forte intervention publique, donc des moyens financiers importants…

L’étude de l’AdCF pointe aussi les conséquences de la suppression de la taxe professionnelle (TP), qui risque de pénaliser les territoires les plus en difficulté. Selon un effet pervers, elle pourrait même encourager les territoires à se recentrer sur leur attractivité résidentielle, qui présente moins de risques en termes sociaux et peut accroître les ressources fiscales à long terme…

Marie Gasnier

 

Pour aller plus loin :

« Le processus de développement des agglomérations françaises », mars 2012, synthèse de l’étude « Les agglomérations et leurs territoires : 10 ans de dynamiques socio-économiques », menée avec les cabinets OPQ, EQR et Grant Thomson.

L’analyse se fonde sur plusieurs indicateurs : dynamisme des entreprises, part de secteurs « vulnérables » dans l’emploi local, évolution de l’emploi salarié privé, origine des revenus « captés » par les territoires, disparité des revenus (entre ménages, entre communes) et inégalités de bases fiscales

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