Un sentiment d’absurdité de leur mission domine chez les agents publics

Fonction publique

Le cumul des difficultés du travail au quotidien crée une perte de sens de leur mission d’intérêt général des agents, selon une enquête menée par le « collectif » Nos services publics.

Manque de moyens, défaut de vision, impression de servir un intérêt particulier plutôt que l’intérêt général, poids de la structure et manque de reconnaissance : les motifs de déception ne manquent pas pour les agents du service public. Alors que la plupart se sont engagés pour mener à bien une mission de service public, ils se sentent confrontés à un sentiment d’absurdité, selon une enquête à grande échelle menée par le « collectif » Nos services publics du 30 avril au 31 août derniers. Plus de 4 500 agents de tous âges, statuts et secteurs d’activité ont accepté de répondre et pour certains, de témoigner d’un contexte professionnel plus que décevant, qui les empêche de mener leur mission à bien.

Presque tous les répondants (97 %) se sont trouvés au moins une fois dans une situation professionnelle qu’ils ont considérée absurde ; 80 % ont ressenti ce sentiment « régulièrement » ou « très fréquemment ». Ils se sentent du coup incapables de mener à bien les missions de service public pour lesquelles ils se sont engagés (68 %). Et un tiers des agents qui ont déclaré avoir rejoint le service public pour servir l’intérêt général ne restent plus en poste pour ce motif. Pourtant, malgré cette crise de sens, les agents qui restent au sein du service public le font principalement pour servir l’intérêt général (50 %). Pour plus du tiers (en particulier chez la moitié des agents de catégorie C), c’est la difficulté de changer ou la stabilité de l’emploi qui motivent le choix de rester. Quant aux agents de l’Éducation nationale, un sur deux reste à son poste parce qu’il est difficile de changer.

Ce sentiment d’absurdité ou de sens qui diffère de celui pour lequel l’agent s’est engagé se retrouve dans tous les secteurs et touche tous les statuts, mais il prédomine chez les agents de catégorie A (34 %).

Les problèmes les plus cités sont ceux qui limitent pour l’agent l’exercice de son activité de service public, comme le manque de moyens (64 %) surtout dans la Justice, la Santé ou l’Éducation nationale, ou un désaccord avec les orientations stratégiques (61 %).

Plus marqué chez les jeunes (l’attrait pour l’intérêt général est cité par 80 % des moins de 30 ans et 70 % des 30-39 ans), ce facteur dans le choix du secteur public décroît avec l’âge – tout comme le ressenti de perte de sens et d’absurdité. Être au service de l’intérêt général est encore plus décisif au sein des catégories les plus élevées (72 % chez les agents de catégorie A encadrants). Tandis qu’il n’est que le deuxième motif de choix du service public pour la catégorie C, qui privilégie plutôt la stabilité de l’emploi et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le manque de moyens est cité par 70 % des agents de catégorie A encadrants et par 49 % des catégories C. Quant à l’absence d’opportunité de carrière, elle est citée par 41 % des catégories C mais par seulement 24 % des agents de catégorie A encadrants.

Ce sondage, volontaire, n’est toutefois pas représentatif et ses résultats ne peuvent pas être extrapolés à l’ensemble des agents de la fonction publique.

Marie Gasnier

Perte de sens : les facteurs s’additionnent et se croisent

Consignes contradictoires, manque de stratégie d’ensemble, tâches inutiles, sentiment d’urgence inutilement permanente. Sentiment de servir un intérêt particulier (du manager, du politique, de l’affichage). Lourdeur des procédures et de la hiérarchie, importance des indicateurs qui conduit à remplir des tableaux plutôt qu’à travailler, d’autant que les indicateurs peuvent avoir été construits pour donner une certaine image de l’état plutôt que pour refléter la réalité. Absence de valorisation du travail, immobilité de carrière…

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