Baudouin Ruyssen : « Le monde territorial est pragmatique et résilient, c’est sa grande qualité, avec sa proximité »

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Baudouin Ruyssen : "Le monde territorial est pragmatique et résilient, c’est sa grande qualité"
© Ville de Besançon, Communauté Urbaine Grand Besançon, Jean-Charles Sexe Photographie

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Baudouin Ruyssen, Directeur Général des Services de la ville de Besançon et de la Communauté urbaine Grand Besançon Métropole, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Baudouin Ruyssen, Directeur Général des Services de la Ville de Besançon et de la Communauté Urbaine Grand Besançon Métropole

Baudouin Ruyssen
© E.Chatelain

La crise que nous connaissons actuellement est totalement inédite par son ampleur et sa brutalité. Elle a nécessité et elle nécessite encore une forte réactivité, avec l’adaptation très régulière de nos PCA (Plans de continuité d’activité). La première priorité, après la santé de nos personnels, a été de pouvoir continuer à assurer les services essentiels à la population et les services du CCAS en direction des personnes les plus fragiles.

Les services maintenus : l’eau, l’assainissement, les déchets, la voirie-propreté, la police municipale, des ouvertures limitées d’écoles et de crèches, un service minimum au titre de l’État civil et des délivrances d’actes, les services assurés par le CCAS. La plupart des autres services sont en télétravail pour assurer la continuité du service public (astreintes pour les équipements, RH et finances, ADS, accueil téléphonique, etc.).

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

La ville dispose d’un plan communal de sauvegarde et d’une Direction de prévention des risques urbains, donc de documents de références et d’outils méthodologiques qui ont été très utiles. Mais ne nous le cachons pas : ce type de crise, sa soudaineté et sa durée, nous ont amenés à innover constamment. Le point d’amélioration, comme partout en France, concerne les EPI et notamment les masques (stocks insuffisants au début de la crise).

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

La crise a révélé une forte mobilisation des équipes de terrain et de vrais mouvements de solidarité, avec un sens du service public affirmé (y compris au travers de la reconnaissance par le grand public de métiers cachés ou ignorés). Sa brutalité a montré en revanche la vulnérabilité de nos organisations modernes dans un contexte de crise brutale. En revanche, la multiplication des outils modernes de communication est un atout, parfois sous-estimé jusqu’à présent, avec la forte augmentation (contrainte) du télétravail.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité. Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Le service public est indispensable. Ça n’est ni un sujet dépassé, ni une mécanique rouillée incapable de s’adapter aux contraintes du monde moderne. Il peut aussi être économiquement compétitif même s’il subit, c’est vrai, les conséquences de choix budgétaires passés. Le monde territorial est pragmatique et résilient, c’est sa grande qualité, avec sa proximité.

Un souhait enfin, n’oublions pas le service public, ni l’engagement des agents et des élus, au lendemain de la crise. Le coût pour le monde local va être lourd à absorber. Si demain, l’État serre à nouveau la ceinture aux collectivités pour financer d’autres déficits, ce sera une double peine à subir. N’ayons pas la mémoire courte, dans la reconnaissance de nos métiers et les perspectives de carrière des agents au bas de l’échelle salariale.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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