Martin Dizière : « Aujourd’hui, nous voyons bien que le niveau local est essentiel dans ce genre de catastrophe »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Martin Dizière, Directeur du Pôle Aménagement et Développement du Territoire, Ville de Mions (69), répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du Coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Martin Dizière, Directeur du Pôle Aménagement et Développement du Territoire, Ville de Mions (69)

Martin Dizière

La première urgence a été d’opérer une réorganisation complète des services, avec une répartition des agents entre ceux qui restent chez eux pour garde d’enfants ou en tant que personne fragile, ceux qui restent mobilisables sur demande, ceux qui télétravaillent et enfin ceux qui ont des missions sur le terrain.

La deuxième urgence a été en parallèle la mise en place du télétravail et la définition des missions de terrain essentielles, ainsi que leur modus operandi, afin d’assurer la protection des agents. En un mot, l’actualisation de notre plan de continuité des activités.

La troisième urgence a été (et reste encore d’actualité) la recherche d’EPI, masques, blouses et de produits d’entretien (solution hydroalcoolique, désinfectant…). La « bataille du masque » comme je l’appelle n’a pas encore été gagnée. Nous avons pu passer commande via la Métropole de Lyon et l’AMF du Rhône, mais les prix s’envolent et les délais fluctuent au jour le jour.

Les missions essentielles ont été pour le pôle technique :

  • propreté de la ville, avec le nettoiement recentré sur les lieux publics les plus fréquentés ;
  • réparation et exploitation (chauffage et nettoyage essentiellement) des bâtiments publics ;
  • comptabilité pour le paiement des factures aux entreprises ;
  • les chantiers dont la ville est maître d’ouvrage ont été suspendus à partir de la 2e semaine, mais devraient reprendre dès que nous verrons une amélioration ;
  • le marché alimentaire a été réouvert sur dérogation ;
  • création d’un centre médical municipal pour les professionnels de santé.

Pour l’ensemble de la collectivité, les missions se sont concentrées sur l’accueil des enfants des personnels soignants, le portage des repas et le service d’aide à domicile, la mise en place d’un système de solidarité entre habitants, le contrôle du confinement par la police municipale.

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Grâce aux entraînements du PCS, ma collectivité avait acquis cette culture de la réaction d’urgence, de la gestion de crise. De plus, nous étions dans une démarche de déploiement du travail en mode transversal depuis plus d’un an et cela nous a permis d’avoir une meilleure résistance au choc et surtout plus de souplesse dans la réorganisation. C’est ce qu’on appelle une collectivité résiliente, je crois.

Par contre, nous n’étions pas prêts pour ce niveau de risque et cette métamorphose du quotidien. Nous avions confiance dans l’État et lui avions laissé toute initiative, conformément à la loi. Aujourd’hui, nous voyons bien que le niveau local est essentiel dans ce genre de catastrophe, qui est à la fois diffuse sur l’ensemble du territoire et qui dure dans le temps.

Après la crise, il nous faudra consolider ce que nous sommes en train de vivre par un retour d’expérience approfondi, et envisager aussi le pire en testant notre PCA avec le risque d’un accident nucléaire, car cela signifiera évacuation des populations et plus aucune possibilité d’intervention sans une protection lourde.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Un sens du service public prégnant au sein des agents et des élus de la collectivité, avec la mission d’être au service des habitants, en pensant aux plus faibles… mais des manques de moyens de communication bidirectionnelle avec les habitants, les entreprises et les commerçants.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Nous aurons après cette catastrophe la possibilité de reconstruire un autre modèle de société. Nous avons vu que les sacrosaintes règles de l’ultralibéralisme n’étaient pas intouchables. Il y a une réelle opportunité pour que les citoyens se réapproprient leur existence, en imposant un nouveau paradigme. J’appelle de mes vœux une société de coopération basée sur les territoires, à l’image des régions conviviales, avec les valeurs de solidarité, d’écologie et de santé.

Enfin, j’observe que le gouvernement n’a pas vu venir cette catastrophe : il n’avait aucune stratégie claire pour organiser les actions, sa communication a été confuse, en rideau de fumée. Il faut qu’à présent il assume tout de suite ses erreurs pour pouvoir les corriger. Les Français comprendront mieux des politiques qui jouent la transparence et cela permettra d’agir ensemble. L’exemple de la pénurie de masque est flagrant : les messages faussement rassurant ont été pris comme une insulte pour nombreux d’entre nous.

Il faut que l’État partage son pouvoir, et relise les « Lignes directrices internationales sur la planification urbaine et territoriale » de l’ONU qui pour atteindre les objectifs du millénaire s’appuie sur 4 acteurs : les États, les collectivités locales, les experts et la société civile.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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