Covid-19 : « La crise oblige à un mode de management plus directif »

Management

À Strasbourg, Florence Pellegrini, directrice de l’enfance et de l’éducation, veille sur les écoles restées ouvertes pour accueillir les enfants des soignants.

Comment s’organise votre quotidien depuis une semaine ?

Florence Pellegrini

Florence Pellegrini

Je partage mon temps entre la gestion du service et des affaires courantes de la direction et les visites de terrain. Nous avons conservé huit écoles ouvertes sur cent treize pour accueillir les enfants du personnel soignant. Il s’agit d’enfants de 3 à 11 ans accueillis entre 8h30 et 18 heures par des volontaires de l’Éducation nationale mais aussi des agents du périscolaire, des Atsem et quelques vacataires. Tous ces agents travaillent sur la base du volontariat dans un esprit de sérieux et de solidarité. Avec mon adjoint, nous nous partageons les visites dans chacune des écoles. Maintenir le lien est très important. Les questions des agents sont toujours un peu les mêmes ; elles concernent les gestes barrières, la façon d’encadrer les enfants qui est particulièrement bousculée. Ceux-ci sont partagés en petits groupes d’âge. Chacun occupe un espace bien déterminé dans l’école afin d’éviter les interactions. En revanche, nous ne séparons pas les fratries. Les enfants des soignants sont en effet assez inquiets, ils comprennent bien la situation mais il nous faut organiser autour d’eux un environnement rassurant. Ce qui est une gageure compte tenu des règles sanitaires à respecter.

En effet, dans chaque groupe, les animateurs veillent à faire jouer les enfants à distance les uns des autres, ils encadrent, conseillent, guident les petits à l’oral en essayant autant que possible d’éviter la proximité physique et tactile. Les jeux de cartes et de société sont mis de côté. Le matériel pédagogique est désinfecté après chaque utilisation. En ce début de deuxième semaine, les enfants nouvellement arrivés viennent composer un groupe qui ne se mélangera pas avec ceux déjà présents depuis la semaine dernière dans l’établissement. C’est toute une organisation qui s’adapte au jour le jour à de nouvelles contraintes.

Vous êtes dans une gestion de crise permanente, arrivez-vous à prendre du recul ?

C’est difficile en effet car tout mon temps est pris par les échanges avec mes chefs d’équipe et la direction générale. Je suis constamment en ligne, au téléphone ou sur l’application what’s App sur laquelle j’ai créé des groupes par domaines de compétences : fonctions ressources, équipe de direction et un groupe « direction générale ». Chaque jour, je discute avec les chefs de service les plus impactés : la petite enfance et le périscolaire évidemment mais aussi des agents dont je sais qu’ils présentaient des symptômes la veille. Je prends de leur nouvelle et j’anticipe les remplacements. Jusqu’ici j’ai assez d’agents volontaires pour pouvoir y faire face. Certaines questions qui me remontent prennent aussi du temps comme celles relayées entre autres par les syndicats sur les mesures de protection des agents ou bien celles transmises par la direction des Ressources humaines sur le comptage des agents. Je dois répertorier ceux qui sont mobilisés par le plan de continuité d’activité et ceux malades ou en télétravail. Je suis donc sans cesse en réaction et difficilement dans l’anticipation. J’arrive à prendre du recul en m’imposant quelques rituels : un footing tous les jours en respectant les règles du confinement, des échanges informels de blagues avec les chefs de service. Je redécouvre également le bénéfice du papier pour noter mes réflexions, les choses à faire, cela me permet de déconnecter.

Cette crise a-t-elle fait évoluer votre management ?

Cette crise révèle d’abord une très grande réactivité et solidarité entre les différents services de la direction qui compte quand même 1 350 agents. Nous manquons en revanche d’outils de contrôle de gestion surtout au niveau RH qui nous oblige à un bricolage de tableaux Excel dès lors que l’on veut produire des chiffres précis. Au niveau du management, nous sommes là dans un premier temps pour faire remonter les questions et les réponses qui peuvent éclairer la décision de la collectivité. Dès que cette décision est prise par le niveau central, il ne convient plus de la réinterroger systématiquement mais de faire en sorte de la faire appliquer. C’est un mode de management forcément plus directif que d’habitude et qui fait moins appel aux prises d’initiatives de type expérimentation.

Julie Krassovsky

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