Rémi Delekta, DRH des Centres Hospitaliers de Saint-Lô et Coutances : « Les hospitaliers ont besoin de perspectives d’avenir auxquelles se raccrocher »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Rémi Delekta, DRH des Centres Hospitaliers de Saint-Lô et Coutances, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du Coronavirus ?

Interview de Rémi Delekta, DRH des Centres Hospitaliers de Saint-Lô et Coutances

Rémi Delekta

Ce furent la disponibilité des masques et solutions hydro-alcooliques. Pour qui, comment, combien et la question de la garde des enfants pour les professionnels de santé et quasiment dans les mêmes délais toutes les questions de position administrative liées aux plans de continuité d’activité : travail sur place ? Confinement à domicile (compté comme temps de travail ou pas) ? Télétravail ?

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Ce furent sans aucun doute la remarquable mobilisation des professionnels, notre capacité d’adaptation des plannings et la concertation des partenaires sociaux (lesquels se sont montrés facilitant, renonçant pour la plupart à leur décharge syndicale). Nous devons très clairement nous améliorer sur le niveau de mobilité des professionnels (augmenter leur périmètre d’intervention) et l’insuffisance de professionnels formés en réa.

Anecdote : la mesure qui a été le mieux accueillie fut la gratuité du restaurant du personnel pendant la crise ! À méditer dans le cadre de nos réflexions sur la QVT.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Nos forces : nous sommes capables de nous adapter à tout ! Nous avons repensé l’hôpital de A à Z, redéfini les circuits, même l’organisation du self ! Et nous avons prouvé que nous pouvions avoir une communication journalière, efficace, que nous pouvions mobiliser largement les professionnels, notamment les médecins, pour plancher sur les questions institutionnelles. Tout cela n’aurait pu se faire sans un bon niveau de solidarité professionnelle et de réactivité.

Nos faiblesses : la sensibilisation sur l’hygiène hospitalière, mais nous avons fortement progressé grâce à la crise.

La crise a également révélé un rapport renouvelé à la notion d’urgence et de priorité. Des dossiers, que nous estimions très urgents et non reportables, ont été très facilement reportés.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

À tous ceux qui sont amenés à avoir recours à l’hôpital : patients, fournisseurs, collaborateurs occasionnels etc. : soyez solidaires et respectueux des professionnels hospitaliers, les soignants bien entendu, mais aussi les métiers « invisibles », en support du soin et souvent oubliés.

Comment ne pas profiter de cette interview en insistant sur deux points :
Cela fait près de 15 ans que l’hospitalisation publique est en plan d’économie en permanence. À chaque nouvelle année, on attend avec circonspection les nouvelles restrictions, dans une démarche de resserrage de ceinture permanent, à petits coups. Et à cela s’ajoute un « hôpital-bashing » médiatique régulier depuis plusieurs années. Le niveau de résilience des professionnels de santé n’est pas infini. S’il y a une restructuration à faire, alors faisons-la, mais en coup et une bonne fois pour toute.

Je formule l’espoir que cette crise soit aussi une opportunité pour réinterroger les priorités budgétaires en faveur de l’hôpital public, qui a démontré son efficacité, et qui a besoin de davantage de moyens pour continuer de le faire durablement. Les hospitaliers ont besoin d’un horizon, de perspectives d’avenir auxquelles se raccrocher.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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