Sonia Hasni, sous-préfète de l’arrondissement de Vervins : « Le service public dans cette crise tient bon et s’organise pour pouvoir assurer les activités indispensables à la continuité de la Nation »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Sonia Hasni, sous-préfète de l’arrondissement de Vervins dans le nord du département de l’Aisne, situé en région Hauts-de-France, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus ?

Sonia Hasni

Sonia Hasni

Très vite, il a fallu créer les conditions du maintien de l’activité des services publics, que ce soient ceux de l’État ou des collectivités car tout cela devait se faire en bonne coordination. Avec la fermeture des écoles, la priorité a été d’identifier avec l’Éducation nationale, les enseignants volontaires pour pouvoir accueillir les enfants des personnels soignants au risque de se priver d’une partie importante de ces personnels sans solution de garde. Aussi, les sous-préfets ont été amenés à faire l’interface entre les collectivités, les établissements de santé pour connaître les besoins des personnels et l’Éducation nationale pour ouvrir des écoles pour les enfants concernés. La même démarche a été menée en ce qui concerne les crèches.

Assez vite également, la question des stocks de masques a été très prégnante. Aussi, afin d’organiser le mouvement, nous avons sollicité les collectivités et l’ensemble des entreprises du territoire pour qu’elles nous remettent leurs surplus de masques, blouses et autres matériels, même périmés, dans le cadre de la réquisition nationale afin d’assurer la redistribution à l’attention expresse des personnels soignants en première ligne.

Le respect du confinement a également été une des principales priorités. Les forces de sécurité intérieure ont revu leur plan d’action de manière à démultiplier les patrouilles afin de procéder à des contrôles des déplacements des personnes munies de leurs attestations. Pour ce faire, j’ai accompagné les gendarmes lors de contrôles de police route afin de sensibiliser largement la population aux règles du confinement et aux sanctions liées en cas de non respect.

Enfin, il a également fallu mettre en place notre plan de continuité d’activité et réorganiser les missions de l’ensemble des agents de la sous-préfecture afin que la nouvelle organisation soit opérationnelle pour gérer une crise au long cours.

Dans tous les cas, le rôle du sous-préfet a été d’assurer une nécessaire coordination entre le niveau local, départemental et central, dans un contexte où la prise de décision avait lieu dans des délais très courts et nécessitaient une réaction rapide et contextualisée à la décision du jour.

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

La sous-préfecture, par son rôle de facilitation et de captation d’informations au plus près du terrain, était prête pour remonter rapidement les principales problématiques et apporter des réponses dans les interstices. En effet, en situation de crise, la gestion connaît rapidement une recentralisation très forte. Le rôle des sous-préfectures est justement de pouvoir répondre aux problèmes, qui ne peuvent être traités à un échelon central ou départemental et de faire jouer le principe de subsidiarité afin d’apporter des réponses adaptées et de proximité. Notre rôle était aussi faire remonter les difficultés que génèrent des décisions prises à un échelon moins opérationnel.

De plus, le lien habituellement entretenu avec les élus locaux a permis de s’appuyer sur leurs moyens et leur capacité à faire dans des délais courts. Des relations de qualité et de confiance entre l’État et les collectivités sont en toute occasion le gage d’une action publique plus efficace et cohérente et encore plus précieuses en situation de crise.

Là où la sous-préfecture a été plus à la peine a concerné essentiellement nos moyens de travail à distance. Les systèmes du ministère de l’Intérieur étant très sécurisés, peu d’agents peuvent réellement télé-travailler, du fait de l’absence d’outils dédiés. En conséquence, l’organisation s’est adaptée avec des moyens plus « artisanaux » mais il s’agira à l’avenir de se doter des moyens adéquats.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

L’État, à l’échelon territorial, comme c’est le cas d’une sous-préfecture, est là pour être facilitateur et passeur d’informations ascendantes et descendantes. Nous sommes l’échelon de clarification de la décision régalienne mais également celui en capacité d’éclairer et de lancer des messages, voire des alertes sur les effets sur le terrain d’une décision. Cette crise démontre que les bonnes relations créées avec les élus, les chefs d’entreprise, les médecins, les agriculteurs, les responsables d’établissements hospitaliers et médico-sociaux en temps normal sont un atout indispensable pour pouvoir gérer une crise, qui bouscule les repères habituels, et laisse parfois certains décideurs locaux démunis dans leur capacité d’action.

Je note également la mobilisation spontanée de la plupart des agents des services de l’État, qui très rapidement ont fait connaître leur volonté de pouvoir faire leur part dans le cadre de la gestion de cette crise. Il a même été difficile de demander à certains d’entre eux, en 2e ligne, de devoir rester à la maison du fait du confinement alors qu’ils étaient volontaires pour agir.

En revanche, l’effort de transparence a parfois mené à une surabondance d’informations parfois contradictoires, car la crise a conduit à prendre des décisions qui n’étaient pas toujours conformes de la veille au lendemain. Cela entame parfois la clarté du message et la confiance qui va avec et nécessite également une gestion dédiée de l’afflux d’informations.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Je ne pense pas que ce soit la crise du coronavirus qui fasse prendre conscience de l’importance et de l’attachement des citoyens et des acteurs économiques au service public. Des événements récents, à l’instar du mouvement des gilets jaunes, ont rappelé tout l’attachement des citoyens à des services publics de qualité, à l’écoute et efficaces. La demande sociale de service public ne faiblit pas et se fait encore plus forte en période de crise. D’ailleurs, de manière générale, si les entreprises rencontrent des difficultés, pour de multiples raisons, à maintenir leur activité de production, ceux qui aujourd’hui tiennent la barre, ce sont les services publics. Ceux qui sont applaudis chaque soir, ce sont les personnels soignants du service public de la santé. Ceux dont on reconnaît la valeur sociale, enfin, ce sont les enseignants, les éboueurs, les policiers et les gendarmes, les personnels des Ehpad, les assistantes maternelles, etc, dont la plupart sont des fonctionnaires. Le service public dans cette crise tient bon et s’organise pour pouvoir assurer les activités indispensables à la continuité de la Nation. Sans oublier les agents des services territoriaux de l’État, qui accompagnent la continuité de la vie des entreprises, en mettant en œuvre dans des délais records les aides et report de charge pour les acteurs économiques. Et demain, ce sont ces mêmes services publics, qui seront là pour assurer la reprise de l’activité, gérer l’ensemble des problématiques qui se poseront et tireront les conséquences de cet épisode, qui aura notamment fait bouger la Fonction publique en profondeur en démontrant sa formidable capacité à s’adapter aux situations les plus extrêmes.

Mais, les services publics ne peuvent tout faire seuls, et c’est par la convergence des efforts avec l’ensemble des acteurs que l’impact de l’action publique se trouve démultipliée. Les services publics sont dans ce cadre à la fois un lieu de ressource mais aussi de soutien aux initiatives locales et facilitateur des projets.

Cette crise sanitaire met en évidence, certes, les inégalités, qui sont exacerbées dans ce contexte, mais aussi un formidable potentiel de solidarités de proximité sur lequel il s’agira de s’appuyer demain. Car, en effet, il importe de préparer dès aujourd’hui l’après crise, et l’ensemble du service public sera particulièrement mobilisé pour accompagner, relever, soutenir, innover avec tous ceux qui pendant ce temps du confinement mènent d’ores et déjà des réflexions. Dans l’arrondissement de Vervins, des initiatives se font déjà jour pour penser l’après autour de deux grandes orientations : la transition écologique et toutes les questions autour du lien. Ces sujets étaient certes déjà présents mais cette crise met en évidence avec une force inégalée l’absolue nécessité d’aborder ces sujets avec l’ensemble des acteurs et des citoyens du territoire pour pouvoir apporter des réponses concrètes. Les citoyens nous attendent, nous sommes et nous serons au rendez-vous.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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