Infirmier : un métier « porteur » ?

Santé

Des thèses contradictoires s’affrontent sur l’avenir du métier d’infirmier. Aura-t-on demain un important besoin d’infirmiers ? Le chômage dans la profession est-il possible ? Quelle est la situation des IFSI ? Faisons le point.

Une étude de mars 2012 sur les métiers en 2020 place les infirmiers en 3e position des métiers les plus porteurs, après les aides à domicile et les aides-soignants.

Au 1er janvier 2010, forte de ses 520 000 infirmiers, la profession a atteint « un maximum historique » en termes d’effectifs et de densité par habitant. 110 000 postes seraient néanmoins à pourvoir sur dix ans (2010-2020) pour remplacer les départs à la retraite, et 95 000 créations d’emploi seront nécessaires. Une étude de 2011, spécifique aux infirmiers, confirme une croissance forte nécessaire jusqu’en 2030.

D’après une autre étude du ministère de la Santé, au 1er janvier 2010, 63 % des infirmiers travaillent dans le secteur hospitalier : 49 % dans le secteur public et 14 % dans le secteur privé. 21 % sont salariés d’une autre structure : centre de santé, établissement pour handicapés, entreprise d’intérim, établissement scolaire, etc. 12 % exercent en libéral et 4 % sont salariés d’un établissement accueillant des personnes âgées.

Les établissements de santé et les structures médico-sociales rencontrent des difficultés de recrutement depuis 2010. Les besoins grandissent avec le vieillissement de la population, mais la pyramide des âges montre qu’en 2015, un agent de la fonction publique hospitalière sur deux sera parti à la retraite, soit environ 94 000 infirmiers dans les services de soins.

Suite à la réforme de la formation universitaire en LMD, un protocole en date du 2 février 2010, signé entre le gouvernement et certaines organisations syndicales de la FPH, place les infirmiers en catégorie A et en catégorie sédentaire avec un allongement de la durée du travail possible de cinq ans en contrepartie. Une réforme identique sera réalisée en 2012 pour la FPE et la FPT. Dans le public, trois systèmes coexistent donc :

  • 57 ans pour les infirmiers qui sont restés en catégorie B,
  • 60 ans pour ceux qui ont opté pour la catégorie A et ont été recrutés avant 2010
  • et 62 ans pour ceux recrutés après 2010.

Une petite moitié de l’effectif des 220 000 infirmiers de la FPH a choisi de passer en catégorie A : les infirmières plutôt jeunes ont choisi majoritairement de passer en catégorie A et celles plus âgées ont choisi de rester en B.

Changement de paradigme en 2014

Une enquête menée par la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) début 2014 amène à reconsidérer les vues optimistes avancées : 10 % des infirmiers n’ont pas d’emploi un an après leur sortie de formation, 20 % d’entre-eux sont obligés de travailler en tant qu’aide-soignant, 45 % ont débuté par un CDD. Les jeunes diplômés multiplient les contrats : 3,48 contrats en moyenne pour les diplômés 2013, 41 % ont travaillé en intérim et se sont vu proposer des missions d’aide-soignant. Par ailleurs, des postes en gériatrie et en secteur médico-social où il y a peu de présence médicale sont peu prisés par les jeunes diplômés et des infirmiers étrangers sont embauchés dans ces secteurs.

Les régions les plus touchées par un recul d’offres infirmiers sont la Bretagne, l’Aquitaine, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, la Corse.

Les restrictions budgétaires, les plans de retour à l’équilibre, la révision des horaires de travail amènent à une diminution des offres d’emplois dans la profession, y compris maintenant sur Paris et la région parisienne. Ainsi l’APHP a décidé sur 2013 un plan d’économies de 150 millions d’euros, ce qui a des répercussions sur l’embauche des infirmiers. Le recrutement d’aides-soignants est désormais privilégié à celui d’infirmiers, le recrutement d’infirmiers avec un DU spécialisé est de même privilégié au à celui de sages-femmes…

Les besoins en formation

Par arrêté, le ministère de la Santé fixe le nombre d’étudiants à admettre en première année d’études préparatoires au diplôme d’État d’infirmier chaque année, soit environ 30 000 étudiants. Les quotas sont régionalement répartis entre les 337 instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) : 277 sont publics et 60 sont privés (notamment la Croix-Rouge française). Les régions ont, depuis la réforme LMD, la liberté sur l’organisation des formations sanitaires et sociales mais ne sont pas forcément corrélées sur les besoins réels de la démographie paramédicale.

La mobilité est aussi réelle : 19 % des étudiants n’étudient pas dans leur région d’origine et 66 % des nouveaux IDE ne travaillent pas dans leur région d’études. Une enquête de l’ARS Haute-Normandie indique que la Seine-Maritime dispose de 750 places réparties entre 6 IFSI contre 150 places pour 1 seul IFSI dans l’Eure. Pourtant, « la Seine-Maritime présente une sur-dotation démographique d’infirmiers en activité (885 pour 100 000 habitants alors que la moyenne nationale est de 830 infirmiers pour 100 000 habitants) ». L’Eure est, quant à elle, « sous-dotée avec 429 infirmiers pour 100 000 habitants ».

La Fédération des cliniques et hôpitaux privés (FHP) réclame l’ouverture d’IFSI privées afin d’accroître le nombre d’étudiants et de répondre à la « vague » de départs « massifs » à la retraite qui devrait déferler ces prochaines années, aggraver la « pénurie de main d’œuvre » et entraîner « une concurrence acharnée entre établissements pour recruter et conserver leurs personnels infirmiers ». Est-ce que la FHP souhaite former son propre personnel ? Est-ce que les terrains de stage dans les hôpitaux privés lucratifs seront réservés aux IFSI privés ? C’est une question posée par plusieurs associations qui rappellent que les étudiants formés en IFSI le sont pour pouvoir travailler en structure publique, en structure privée, en ambulatoire…

Les infirmières libérales sont soumises à régulation démographique

Un accord de régulation a été signé par les fédérations infirmières libérales en 2008 dans lequel les professionnels acceptaient de contracter avec l’assurance maladie le principe d’une entrave régulée à la liberté d’installation (à l’identique des officines pharmaceutiques). La situation démographique des infirmiers était très contrastée entre le nord et le sud, et pouvait varier de 1 à 9 (contre 1 à 2 pour les médecins généralistes).

L’accord indique qu’aucune installation n’est possible dans une zone sur-dotée avant le départ d’une infirmière en activité. À l’inverse, les installations sont financièrement encouragées dans les zones manquant de professionnelles libérales. Toute nouvelle installation reçoit une dotation à l’équipement de 3 000 euros par an pendant trois ans et bénéficie durant la même période de la prise en charge de ses cotisations sociales, soit 2 760 euros en moyenne annuelle. Les infirmières déjà installées dans ces zones bénéficient, elles aussi de ces facilités, pour les inciter à rester en poste.

L’opposition à cet accord était menée par les infirmiers en formation mais, depuis cet accord, les installations dans les zones très sous-dotées ont progressé de 33,5 %, alors qu’elles ont baissé de 3 % dans les zones sur-dotées.

DT

1) Dans l’article, le terme « infirmier » est employé au sens de l’emploi infirmier, indépendamment du genre masculin ou féminin. La profession étant féminisée à 88 %, le genre masculin employé ne fait que souligner l’importance stratégique de cet emploi dans la chaîne de soins.

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