Favoriser la mobilité propre dans les zones de moyenne densité

Urbanisme

Le think tank Shift, qui a étudié cinq politiques de déplacement locales*, publie un « guide pour une mobilité quotidienne bas carbone ». Objectif : aider les collectivités à déployer un système cohérent d’alternatives à la voiture en solo.

Avec la loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 (loi LOM), les collectivités jouent un rôle central dans la « décarbonatation ». « Cependant, les acteurs locaux ne sont pas aujourd’hui armés pour jouer le rôle qu’on leur demande, avec une efficacité à la hauteur de l’enjeu et des échéances », constate le Shift, un think tank consacré à la transition énergétique en Europe. Le Shift a publié un guide sur lequel les collectivités peuvent s’appuyer pour établir leur politique de mobilité bas carbone, en proposant un système cohérent de modes de déplacement alternatifs à la voiture en solo, en particulier dans les zones de moyenne densité. En effet, ce faible peuplement et la dispersion des destinations sont peu propices au fonctionnement des transport en commun, généralement sous-utilisés dans ces territoires. Le guide cible les mesures qui peuvent y être mises adoptées dans les cinq à dix ans.

Selon le Shift, le seul moyen de parvenir à limiter l’usage de la voiture consiste à déconstruire le système qui l’entoure pour construire un système alternatif complet : véhicules, infrastructures, fiscalité, « imaginaire »… L’idée : agir sur l’urbanisme afin de réduire les distances, et sur les règles fiscales pour inciter les usager à utiliser des modes de transports décarbonés, tout en rendant la voiture moins attractive. À côté, il convient de développer un système de modes actifs et partagés : marche, cycles, transports en commun, covoiturage.

Les actions envisagées sont multiples. Selon le Shift, l’urbanisme doit notamment réduire les distances de déplacement : densifier et diversifier les tissus, limiter l’étalement urbain, réduire les vitesses (généralisation des 30 km/h en ville, restriction de la vitesse et de la circulation près des écoles…), limiter la circulation (zones piétonnes, remplacement d’une voie de circulation par un couloir de bus ou une piste cyclable…), limiter l’offre de stationnement… Dans les zones de moyenne densité, « où la voiture est devenue la colonne vertébrale de la ville, et de la vie », limiter son usage rencontre des résistances importantes. Il faut donc accompagner ces contraintes d’une meilleure qualité de vie et d’offres de services renforcées : aires de jeux, terrasses de restaurants, services de proximité, desserte de transports en commun…

Le Shift suggère de remplacer les aménagements dédiés à la voiture par un système de « modes actifs et partagés » : adopter une politique cyclable cohérente, fondée sur les usages, susceptible d’attirer de nouveaux usagers potentiels ; parallèlement, densifier autour des lignes de transports en commun existantes et agir sur l’urbanisme en limitant l’étalement afin de rendre la desserte du territoire plus efficace. Le réseau de TC doit être conçu de porte à porte, avec un accès facile et sécurisé aux stations et aux arrêts et la création de couloirs de bus. Le guide préconise également de développer la pratique de la marche comme moyen de transport à part entière et d’inciter les habitants au covoiturage.

Utiliser différents modes de transports complémentaires (multimodalité) doit s’organiser facilement sur le territoire, en particulier à l’aide d’applications « Maas » (Mobility as a service). Afin de compléter son action et de susciter le changement de comportement, la collectivité doit miser sur la pédagogie et l’information des usagers, et sensibiliser les employeurs à l’adoption de plans de mobilité.

Marie Gasnier

* Communauté d’agglomération de la région nazairienne et de l’estuaire (Carene), communauté urbaine d’Arras, communauté urbaine de Poitiers, Grenoble-Alpes Métropole, Eurométropole de Strasbourg

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