Les élections municipales mettent en évidence que l’accès aux soins est au cœur des priorités des Français. Quel rôle peuvent jouer les Conseils départementaux en réponse à cette problématique ?
En Saône-et-Loire, nous avons construit un partenariat avec les municipalités, qui mettent tout en œuvre pour répondre aux attentes des citoyens. Depuis dix ans, le Conseil départemental déploie des moyens conséquents dans le domaine de la santé, pour attirer des médecins sur le territoire. Naturellement, les communes nous sollicitent pour obtenir des aides. Nous soutenons de nombreux dispositifs afin de les appuyer dans la politique du développement médical. À titre d’exemple, nous cofinançons des constructions de maisons médicales ou encore le recours à des sociétés de recrutement de médecins.
À la rentrée de septembre 2026, 30 élèves vont être accueillis dans un bâtiment du Conseil départemental, à Chalon-sur-Saône, pour suivre la première année de formation en médecine, en lien avec la faculté de Dijon. Nous allons également financer du personnel encadrant dédié. Cette première année de médecine est un investissement important pour les familles, d’autant plus lorsque l’étudiant part effectuer ses études loin de son territoire. Notre solution vise à leur offrir une proximité et du confort pour accroître leurs chances de réussite. C’est aussi une façon d’œuvrer pour le retour des médecins sur notre territoire. Je suis d’ailleurs candidat pour accueillir l’intégralité du premier cycle de formation en médecine. Mais nous devons déjà réussir le pari de la première année avant d’envisager d’aller plus loin.
En 2017, vous avez été à l’initiative de l’ouverture du premier centre de santé départemental. Pourquoi vous êtes-vous orienté vers ce type de structure ?
Je me suis tourné vers cette option car en 2015, j’avais dressé le constat que nos dispositifs incitatifs pour attirer les professionnels libéraux, notamment les aides à l’installation, offraient des résultats peu probants. De plus, la moitié des médecins libéraux du territoire pouvaient, à court terme, prétendre à la retraite. J’ai voulu agir pour inverser la tendance. Je me suis renseigné sur la structuration des centres de santé et sur les aspirations des jeunes médecins, de plus en plus attirés par le salariat. J’ai alors décidé de déployer ce modèle des centres de santé à l’échelle du Département. En 2017, la clause générale de compétence ne s’appliquait pas aux départements. Mais rien ne m’empêchait non plus d’ouvrir ce type de structures. Depuis lors, la loi du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique, dite loi 3DS, a accordé aux Départements cette possibilité de salarier des professionnels de santé. D’autres Départements s’en sont d’ailleurs saisis.
Les communes sont-elles impliquées dans le déploiement des centres de santé départementaux ?
Cette stratégie implique nécessairement une adhésion des communes, car elles mettent à disposition le local qui accueille le centre de santé. Le bâtiment doit répondre à un cahier des charges avec une salle d’attente, une salle de consultation, le respect des normes d’accessibilité, etc. La commune finance les travaux, mais le Conseil départemental lui verse des subventions. Lorsque plusieurs communes se positionnent pour mettre à disposition un local, nous tenons compte de l’offre et de la demande en soins pour prendre notre décision.
Le premier centre de santé départemental a ouvert à Digoin en janvier 2018. La même année, 20 médecins ont été recrutés et 10 de plus en 2019. Aujourd’hui, 7 centres départementaux de santé et 31 antennes ou antennes renforcées, au sein desquelles se relaient les professionnels de santé, maillent le territoire. Entre les médecins généralistes, les autres spécialistes et les infirmiers en pratique avancée, nous salarions 104 personnes. 42 000 habitants du département ont retrouvé un médecin traitant grâce aux centres de santé départementaux. Mais cela reste insuffisant, car le territoire compte encore 60 000 personnes sans médecin traitant. Nous continuons donc notre politique de déploiement et de recrutement de médecins, d’autant plus qu’aujourd’hui, nous recevons des sollicitations de la part des communes. Nous effectuons du démarchage dans les facultés de médecine, en publiant des annonces. La montée en puissance demande du temps.
Qu’en est-il de votre accompagnement des autres secteurs, libéral et hospitalier ?
Nous jouons sur tous les tableaux. Nous avons par exemple un interlocuteur unique au Conseil départemental pour répondre à toutes les interrogations des médecins libéraux qui souhaitent s’installer sur notre territoire. Nous avons également investi dans la recherche, en finançant par exemple une association de jeunes médecins chercheurs, ou encore avancé des fonds – que l’Agence régionale de santé va nous rembourser – pour permettre au centre hospitalier de Chalon-sur-Saône de se doter d’un robot pour la chirurgie. Ces actions participent à l’attractivité du territoire.
Le Département représente la bonne échelle pour agir sur la santé, car il s’agit d’une collectivité de proximité. De nombreux départements se sont d’ailleurs emparés de la question, car nous pouvons veiller à proposer une répartition égale des professionnels de santé sur l’ensemble du territoire. Cette politique est devenue prioritaire.
Propos recueillis par Laure Martin
