Une polyexposition des travailleurs dans la prise en charge des ordures ménagères
Troubles musculosquelettiques (TMS), bronchites chroniques, asthme, maladies infectieuses, symptômes intestinaux et cutanés, accidents, chutes… Les travailleurs des centres de tri peuvent avoir de nombreux problèmes de santé, liés aux risques auxquels ils sont exposés (cf. encadré). Près de 10 000 personnes, dans 5 000 implantations, sont ainsi concernées. Dans un avis publié le 30 mars 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande d’identifier ces risques et de prendre des dispositions pour la sécurité et la protection de leur santé à long terme.
L’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) propose un outil d’évaluation des risques biologiques. Sur son site, il est également possible d’accéder à un outil spécifique aux activités de tri et collecte des déchets (OIRA). Les employeurs peuvent aussi se faire accompagner par un service de prévention et de santé au travail. Les risques repérés doivent être intégrés au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), en vue d’adopter un plan d’action. L’INRS préconise de recueillir la parole des salariés lors de la phase d’élaboration du DUERP. Lors de la conception ou de la réhabilitation des centres de tri, il faut intégrer des mesures de prévention, en se référant aux pistes d’actions proposées par l’INRS. Selon l’Anses, les agents des centres de tri doivent également être inclus dans la construction des processus de prévention.
Pour limiter la prolifération de micro-organismes, dont certains sont pathogènes, l’Agence recommande de stocker moins longtemps les déchets. Ce, aussi bien dans les poubelles sélectives des emballages ménagers avant collecte, que dans les centres de tri, où il faut traiter en priorité ceux qui sont arrivés les premiers. Un risque qui pourrait augmenter avec le dérèglement climatique, la hausse des températures favorisant le développement des micro-organismes. L’Anses alerte les collectivités sur le fait que la diminution de la fréquence des collectes entraînera, particulièrement l’été, un développement des micro-organismes présents dans les déchets collectés et donc aura un impact sur les expositions des trieurs (et sur celle des ripeurs en amont).
Il faut aussi améliorer la traçabilité des expositions, sachant que la mesure réglementaire de l’exposition des travailleurs est sous la responsabilité des employeurs.
Rappeler l’importance de la qualité du tri à la source et de vider les emballages
Quant aux salariés qui manipulent les déchets (trieurs et agents de maintenance et de nettoyage des machines et équipements), susceptibles de subir des accidents d’exposition au sang (AES), ils devraient bénéficier d’un suivi individuel renforcé par les employeurs et par les médecins du travail, et pouvoir être vaccinés, notamment contre l’hépatite B et la leptospirose transmise par les rats. D’autant que les travailleurs en contrats de travail précaires (CDD, saisonniers, intérimaires), souvent analphabètes et parfois sans-papiers, n’ont que rarement accès à la médecine du travail.
L’Anses recommande au ministère de la Transition écologique, à l’Ademe, aux syndicats de traitement des déchets et aux collectivités territoriales d’organiser régulièrement des campagnes de communication et de sensibilisation. Objectifs : rappeler l’importance de la qualité du tri à la source et de vider les emballages (sans les rincer) pour limiter la présence de matière biodégradable, préciser que les poubelles de tri sélectif ne sont pas destinées à recevoir n’importe quelle catégorie de déchets et expliquer les types de déchets acceptés dans les différentes poubelles. Il s’agirait aussi de pointer les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs (coupures, piqûres, incendie et explosion notamment).
Enfin, l’Agence souligne la nécessité d’accompagner la polyvalence des métiers par la formation, de sensibiliser les travailleurs aux risques associés et de reconnaître cette polyvalence dans la description des postes de travail.
Marie Gasnier
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Une multi-exposition Dans les centres de tri, des substances chimiques dangereuses peuvent pénétrer l’organisme par voie respiratoire, cutanée et orale. Les résidus alimentaires présents sur les déchets d’emballages ménagers (pots, barquettes, films alimentaires) favorisent le développement de bactéries, d’endotoxines, de moisissures, et de microbes. À cause d’erreurs de tri en amont, divers déchets qui ne devraient pas se retrouvent dans les centres de tri : seringues usagées ou déchets d’activités de soins à risque (Dasri), batteries au lithium, bonbonnes d’aérosols ou cartouches de protoxyde d’azote jetées avec les emballages plastique et papier, provoquant des explosions et des départs de feu. Des carcasses d’animaux mélangées aux déchets sont à l’origine de zoonoses et des rats attirés par les centres de tri apportent la leptospirose. Les agents subissent du bruit et des vibrations, des gestes répétitifs, avec des postures pénibles et selon une cadence imposée. Des accidents (chutes, chutes d’objets…) sont liés à la circulation d’engins. De plus, avec la mécanisation du tri, les travailleurs assurent souvent la maintenance et le nettoyage des machines, qui s’accompagnent de risques spécifiques.. |
