Entretien avec Yvonic Ramis, nouveau président de l’ADGCF

Administration

Yvonic Ramis, ex DGS de Vichy communauté et DGS mutualisé agglo-ville centre de Moulins dès janvier prochain, a été élu à la présidence de l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF) à l’issue de son assemblée générale le 30 novembre dernier.

Vous prenez la présidence de l’ADGCF avec un nouveau bureau exécutif national. Quels changements dans le modèle et la vie de l’association implique cette nouvelle gouvernance ?

Yvonic Ramis : Nous avons souhaité, sur la base de l’enquête quantitative et qualitative menée auprès de l’ensemble de nos adhérents au printemps 2020, profondément modifier notre gouvernance. À l’initiative de notre ancien président Pascal Fortoul, un travail de fond sur la modification de nos statuts a été mené afin de les mettre en adéquation avec ce qu’est devenue l’ADGCF, à savoir un réseau professionnel de plus de 1 000 collègues sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin. Concrètement, nous avons ajouté un étage dans notre gouvernance avec la création d’un conseil d’administration représentant toutes les régions, composé de 62 membres élus avec parité femmes-hommes pleine et entière. Ce CA devient l’instance de décisions structurantes de l’association. Le nombre de représentants par région est proportionnel au nombre d’adhérents. Ce nouveau CA comprend également nos partenaires associés (1 représentant désigné par l’organisme partenaire), lesquels sont au nombre de 8 à ce stade dont l’AdCF bien entendu mais aussi le SNDGCT ou encore les agences d’urbanisme et le club prospectivistes. Des membres d’honneur pourront compléter ce CA, la décision a été prise dès le 30 novembre 2020 de nommer Pascal Président d’honneur de l’ADGCF et membre du CA. En outre, le bureau composé des 10 vice-président.e.s et des 6 membres du comité exécutif, prépare les CA et devient l’instance de réflexion et de débats avec en son sein une équipe de 5 collègues autour du président formant le comité exécutif, lequel est chargé d’accompagner le président dans la vie courante de l’association.

Pouvez-vous nous présenter le projet de l’association pour votre mandat 2020-2023 ?

Yvonic Ramis : Si le modèle de vie interne de l’association évolue, c’est pour mieux déployer notre nouveau projet associatif 2021-2023, lequel est basé sur 2 axes stratégiques : le renforcement du réseau professionnel et le développement de la fonction think tank territorial. Sur le 1er axe, cela se traduit par la désignation d’un binôme femme-homme au sein de chaque région, chargé d’animer la vie en régions et de faire le lien entre l’échelon de proximité et les instances nationales puisque ces collègues délégués régionaux siègent toutes et tous au sein du nouveau CA national. En outre, des outils d’échanges dématérialisés continueront à être proposés pour assurer la vie du réseau au jour le jour. La création d’un dispositif d’accompagnement des parcours de femmes dirigeantes et jeunes collègues femmes et hommes constitue également une nouveauté au service du renforcement du réseau de proximité et d’appui permanent à nos adhérents. Sur le second axe, deux nouveautés phares sont à noter. D’une part il s’agit de la création d’un conseil scientifique, que Pascal Fortoul présidera avec l’appui de Marie-Claude Sivagnanam et Jean-Charles De Belly, lequel sera composé d’universitaires, chercheurs, experts et praticiens. David Lebras, notre délégué général, assurera le pilotage opérationnel du conseil scientifique, lequel a pour vocation de traiter de sujets prospectifs et structurants afin de porter un regard de haut niveau sur des thématiques ciblées, tout en prescrivant des orientations à portée opérationnelle pour nos adhérents et partenaires. D’autre part, nous avons décidé de mettre en œuvre 3 ateliers thématiques itinérants (anthropocène/biodiversité/résilience des territoires, transitions numérique et digitale, chaîne de production des services publics locaux). Ces 3 ateliers seront composés d’une dizaine de collègues volontaires et permettront des réflexions de fond sur ces thèmes essentiels. Ils généreront des temps d’échanges et de mises en perspective au sein de chaque région 1 fois par an et par région, soit 3 ateliers par an dans chaque région pour un total de près de 40 ateliers par an sur l’ensemble du territoire national. Nous souhaitons ainsi à la fois alimenter nos temps de séminaires et colloques régionaux tout en enrichissant les réflexions stratégiques menées au plan national au sein des ateliers. C’est ainsi que les deux axes stratégiques se font écho et se nourrissent mutuellement.

Pascal Fortoul, depuis 12 ans à la tête de l’association, vous passe le relai en pointant du doigt dans son dernier édito auprès des membres de l’association la tentation d’un « néo-municipalisme » à l’œuvre actuellement. Quel est votre sentiment et quelle est votre vision du rôle de l’intercommunalité dans l’action publique ?

Yvonic Ramis : La situation actuelle de notre pays, et plus généralement du monde, peut plaider pour un repli sur soi et une tendance de fond à l’isolement au regard des atermoiements tous azimuts que nous constatons toutes et tous. Au sein de l’ADGCF, nous pensons justement que c’est dans ces périodes de crise, que le partenariat et l’entraide doivent non seulement être pérennisés mais surtout renforcés. Nous avons pour matrice oratoire constante le fait que l’intercommunalité n’est rien sans ses communes, mais que les communes désormais ne sont rien sans leur intercommunalité. Nous sommes face à une obligation de résultat, à savoir réussir ensemble dans l’intérêt de nos territoires, de l’environnement naturel qui s’y rapporte et donc de nos habitants. Même si le moment présent est troublé, je crois résolument en la capacité de nos institutions publiques locales à faire preuve d’un volontarisme transpartisan et d’une pleine capacité à relever les défis immenses qui s’ouvrent à nous. L’intercommunalité doit prendre toute sa place sans velléité hégémonique mais en animateurs et catalyseur des initiatives et dynamiques locales publiques, citoyennes, associatives et entrepreneuriales.

Votre mandat débute en pleine crise sanitaire. Quels sont les impacts mesurés au niveau intercommunal et quel sera le rôle des communautés dans la relance et la sortie de crise ?

Yvonic Ramis : Nous avons toutes et tous constaté le rôle crucial des intercommunalités durant le 1er confinement. Dans la plupart des territoires, les PCA (plans de continuité d’activité) n’étaient pas prêts ou que partiellement, et très rapidement il est apparu évident que des pans entiers des services dits « essentiels » relevaient de prérogatives intercommunales, j’en veux pour preuve par exemple les sujets des mobilités, de la continuité des services publics d’hygiène (déchets, assainissement, eaux pluviales…), de production et distribution d’eau potable. Du couple maire-préfet mis en exergue en mars-avril 2020 par les services de l’État, nous avons glissé dans les faits et sans tapage médiatique ce coup-ci à une relation État-régions-intercommunalités avec le partenariat des départements et des communes. C’est ainsi que le plan de relance est piloté par les préfectures de régions avec déclinaisons au sein des préfectures de départements et en lien direct avec les intercommunalités. Là encore, il ne s’agit aucunement pour l’intercommunalité d’agir seule avec la région et l’État en oubliant les communes ou les départements, il s’agit de déployer des politiques coordonnées et capables de mobiliser des moyens puissants dans des espaces temps courts. Le ressort intercommunal constitue à l’évidence la maille opportune et l’État l’a bien compris dès l’été 2020.

Les compétences intercommunales en matière économique mais aussi de réseaux permettent, par un travail partenarial étroit avec les communes sur le sujet des aides aux commerces par exemple, de déployer des actions fortes et cohérentes, dans un cadre coconstruit avec la région. La relance réelle ne sera être réussie que si les territoires disposent de réelles capacités à décider vite et puissamment avec un État accompagnant et non un État censeur. Mon inquiétude majeure tient à cette date plutôt dans les impacts budgétaires pour nos intercommunalités de cette crise économique et bientôt sociale. L’État et l’Union Européenne vont devoir faire preuve de souplesse et de pragmatisme pour déverrouiller des freins budgétaires et juridiques à titre transitoire afin de ne pas rajouter de la crise à la crise sur nos territoires.

Propos recueillis par Julien Prévotaux

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