Jean-René Lecerf : « Les collectivités territoriales doivent s’intéresser aux prisons »

Administration

Installée le 24 janvier 2017, la commission du livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire, présidée par Jean-René Lecerf, Président du conseil départemental du Nord, a remis son rapport au ministre de la Justice le 31 mars.

Jean-René Lecerf
Jean-René Lecerf

Parmi les nombreuses propositions sur la mise en œuvre et les conditions de la réussite de ce programme immobilier, qui concerne 33 maisons d’arrêt et 28 quartiers de préparation à la sortie, figure l’implication des collectivités territoriales. Jean-René Lecerf en détaille les enjeux.

WEKA : Lors de la restitution du livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire, vous avez beaucoup insisté sur le rôle des collectivités et des établissements publics territoriaux, les appelant même à « exercer leurs responsabilités ». Pour quelles raisons ?

Jean-René Lecerf : Lors des auditions menées dans le cadre du livre blanc, nous avons entendu des témoignages que je qualifierais de « surréalistes » : refus d’un maire de déneiger la route menant à une prison se trouvant sur le territoire de sa commune, classement sans suite de demandes élémentaires de transport en commun, absence de réponse d’élus sollicités pour faciliter la réinsertion de sortants de prison, etc. Or la prison n’est pas le problème exclusif de la pénitentiaire. Elle est d’intérêt national. Les personnes qui s’y trouvent ont été condamnées par le peuple français, puisque c’est en son nom que la Justice est rendue. Mais si nous continuons de détourner le regard, les prisons deviendront de plus en plus des zones de non–droit et d’incitation à la récidive. Nous devons donc travailler collectivement en faveur de la réinsertion, voire souvent de l’insertion des personnes condamnées.

WEKA : Comment les collectivités territoriales peuvent-elles s’engager en faveur de la réinsertion des détenus ?

Jean-René Lecerf : Toutes doivent s’intéresser aux prisons. La région doit s’impliquer davantage au titre de ses compétences en matière de formation professionnelle et de transport, ce dernier sujet concernant également les intercommunalités. Les départements ont un rôle majeur à jouer en matière sociale, qu’il s’agisse de préparer la mise en place du revenu de solidarité active à la sortie de prison ou de favoriser le retour à l’emploi de personnes en situation d’exclusion.

Une autre problématique concerne les détenus âgés : ceux qui sont en fin de peine ont souvent beaucoup de difficultés à entrer en Ehpad et ceux qui sont en détention doivent pouvoir accéder plus facilement aux services d’aide à la personne. Pourquoi, par ailleurs, ne pas encourager la formation de codétenus dans ce champ pour ensuite leur permettre de travailler au sein de l’établissement ? Enfin, la commune, qui est la première concernée par l’implantation d’un établissement pénitentiaire, peut et doit jouer un rôle majeur en matière d’insertion.

J’aimerais citer un exemple : suite à la signature d’une convention entre l’administration pénitentiaire et la communauté urbaine de Lille, une plateforme de formation au tri sélectif des déchets a été mise en place à la prison de Loos. Les sortants de prisons qui avaient été formés se voyaient proposer un emploi pour une durée minimale de six mois. Parmi tous ceux qui ont bénéficié de ce dispositif, le risque de récidive apparaissait dérisoire. Pourquoi ce type d’initiatives ne serait-il pas généralisé ? Pour cela, les différents acteurs doivent apprendre à mieux se connaître et à se parler davantage. C’est la raison pour laquelle nous proposons l’organisation partout en France de réunions menées sous l’égide des présidents de conseils départementaux, présidées par les préfets et réunissant les maires des communes d’implantation, les présidents des intercommunalités concernées, le(s) président(s) de tribunaux de grande instance, les représentants des juges d’application des peines et des présidents de région afin que la société civile s’intéresse davantage au monde carcéral.

WEKA : Comment sensibiliser les élus aux propositions contenues dans le livre blanc ?

Jean-René Lecerf : Les propositions que nous faisons n’ont de sens que si le futur gouvernement accepte de s’en saisir. Il en est de même pour les associations d’élus. Président de la commission des Finances de l’Assemblée des départements de France (ADF), je présenterai les conclusions de ce livre blanc lors de notre prochain bureau, à la demande de Dominique Bussereau, le Président de l’ADF. Nous ne pouvons que souhaiter que l’Association des Maires de France et l’Association des régions de France prennent des initiatives similaires afin de « faire vivre » ce rapport et aussi de permettre à la loi pénitentiaire d’être enfin mise en application. Aujourd’hui, les dispositions les plus intéressantes de ce texte ne sont pas appliquées, parfois faute d’implication suffisante des acteurs locaux.

Propos recueillis par Hélène Delmotte

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