Les propositions des élus, ignorées du « Beauvau de la sécurité »

Sécurité

Le Beauvau de la sécurité (1er février – 14 septembre 2021) s’est achevé sans prendre en compte les propositions des associations d’élus, qui souhaitaient un renforcement du rôle des maires et de la police municipale en matière de sécurité.

Déception pour les élus à l’issue du Beauvau de la sécurité qui a réuni l’État, les collectivités, les représentants des forces de l’ordre et les experts en sécurité pendant près de huit mois. Venu clôturer les travaux le 14 septembre 2021 à Roubaix, le président de la République n’a fait aucune allusion aux propositions formulées par les associations d’élus* le 9 septembre. Emmanuel Macron s’est contenté de préciser qu’il convient de « renforcer la coopération entre les polices municipales, la police nationale et la gendarmerie nationale » et de travailler « en lien avec les élus » sur l’organisation des forces de sécurité sur le territoire.

Les associations d’élus entendaient en particulier que soit réaffirmé le rôle pivot des maires et que l’efficacité des politiques de sécurité soit améliorée selon trois axes : mieux associer les élus à la stratégie nationale de sécurité, renforcer la décentralisation des politiques de sécurité, conforter et enrichir le lien forces de sécurité intérieure (FSI) – Nation. « Il appartient à l’État d’assurer la sécurité de la population, en tout temps et en tout lieu, avec les forces de police et de gendarmerie. Cette protection de nos compatriotes doit s’effectuer sur l’intégralité du territoire : urbain, périurbain, rural, quartiers sensibles, zones d’affluences touristiques, Outre-mer, etc. », rappelait leur communiqué.

Les attentes étaient pourtant nombreuses : participation à l’élaboration des stratégies nationales et locales de sécurité et de prévention de la délinquance, création d’une instance nationale de réflexion et d’évaluation commune des politiques de sécurité (associant élus locaux, universitaires, associations, etc.), définition d’une stratégie partagée police/gendarmerie – justice, établissement d’un diagnostic local partagé de l’état de la sécurité sur le territoire, en complément du diagnostic national : suivi statistique fiable, enquêtes de « victimation », phénomènes transversaux type cyberdélinquances, violences urbaines et phénomènes de bandes, etc. Les maires demandaient aussi des « réponses infra-pénales » pour agir contre la primo-délinquance (des mineurs, notamment), la récidive et les incivilités du quotidien, ainsi qu’une réflexion sur le secret partagé et le droit des maires à être informés sur les individus dangereux.

Les élus souhaitaient développer davantage les actions de prévention, dans un « contact de proximité bienveillant, positif et récurrent entre forces de sécurité et populations » : auprès des élèves (dangers d’internet, cyberharcèlement, impact des stupéfiants sur la santé), des commerçants (sûreté des locaux, prévention des vols, des escroqueries, etc.), des entreprises (sensibilisation à l’intelligence économique, etc.), des personnes âgées (cibles d’escroqueries), ou encore du monde agricole, etc.

Sans compter les questions en suspens sur la police municipale : statut, recrutement, formation, revalorisation des carrières, accès aux fichiers, etc. L’Association nationale des cadres territoriaux de la sécurité (ANCTS) estime que, « paradoxalement », en annonçant vouloir doubler les effectifs de la police et de la gendarmerie nationales sur la voie publique sous dix ans, le président de la République reconnaît implicitement un déficit laissant un vide, aujourd’hui comblé par les agents territoriaux ». Pour l’ANCTS, en ne prenant pas en considération les propositions des élus et des cadres territoriaux, « le président a quasiment nié la valeur du travail des plus de 30 000 agents territoriaux impliqués au quotidien ».

Marie Gasnier

*AMF, France urbaine, Villes de France, APVF, AMRF, FFSU, ADCF et Ville et Banlieue.

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