Le territoire intelligent, une démarche progressive

Développement durable

Un rapport sur les territoires connectés présenté le 26 octobre 2021 par la DGE émet plus de cinquante recommandations pour construire un territoire intelligent. Un processus à élaborer pas à pas et non pas globalement, selon une idée reçue.

Non, il n’existe pas de modèle français unique de territoire intelligent… Telle est la réponse de l’alliance Data publica et KPMG secteur public, qui ont étudié les projets smart city dans près de deux cents territoires, à la demande de la Direction générale des entreprises (DGE). Au-delà de quelques projets ambitieux qui occupent le devant de la scène, comme Dijon et Angers, les concepts de territoires intelligents recoupent aujourd’hui des réalités très différentes, simples ou complexes, expliquent-ils dans le rapport « De la smart city à la réalité des territoires connectés », présenté le 26 octobre 2021 par la DGE et le Comité stratégique de filière Infrastructures numériques. En outre, il ne faut pas prendre pour exemple le modèle de smart city ville intelligente « qui nous met sous surveillance » ou celui « qui considère les citoyens comme des consommateurs et qui nous fait les poches », a constaté Jacques Priol, directeur du cabinet Civiteo, coordinateur de l’étude. Des processus profonds de transformation des politiques publiques sont en cours, qui nécessitent une vision et un projet politiques. « Mais, en soi, le recours aux outils numériques ne constitue pas une politique », ni globale, ni à l’échelon local, a également précisé Jacques Priol.

Des enseignements tirés de cette vaste enquête qui a mobilisé plus de cent cinquante personnes pendant huit mois, les auteurs de l’étude émettent cinquante-trois recommandations qui aideront les collectivités, entreprises et institutions à mettre en œuvre les projets de ville intelligente. Impossible de transcrire la richesse de ces préconisations qui vont de la nécessité de viser la sobriété numérique à l’importance de prendre en compte la protection des données, y compris celles des habitants. La mutualisation et les alliances de territoires doivent concerner aussi bien la conception et la mise en œuvre des projets que le partage des infrastructures et des données, avec des enjeux compliqués entre collectivités ainsi qu’avec les entreprises. L’interopérabilité des systèmes, des réseaux et des standards de données doit être prise en compte, de même que l’importance de conserver une maîtrise publique de la gouvernance, des outils numériques et des données. L’étude fait aussi la part belle à l’expérimentation.

Toutefois, construire une vision globale du territoire intelligent dans la durée, en mobilisant des ressources à la fois juridiques, managériales, économiques et budgétaires, est trop lourd et décourageant pour les petites collectivités. En principe, la démarche de territoire intelligent devrait être pilotée de façon transversale, en cassant les silos. Mais c’est une idée reçue. « Beaucoup de territoires commencent dans une seule verticale métier et progressivement, pas à pas, se saisissent des outils du numérique pour construire de nouveaux services et accroître l’efficience des politiques publiques, constate ainsi Jacques Priol. Il n’est pas nécessaire d’envisager un projet dans sa globalité pour s’engager sur cette voie ». Attention aussi à ne pas vouloir à tout prix les dernières innovations testées dans certains territoires pionniers et dont on ne peut pas affirmer aujourd’hui qu’elles seront efficaces et utiles dans les territoires.

Les auteurs du rapport souhaitaient un appel à projets pour promouvoir « un modèle ouvert, transparent et durable de territoire intelligent ». Ils ont été entendus. À l’occasion de la présentation du rapport, le 26 octobre 2021, un appel à projets « Territoires intelligents et durables », doté de 30 millions d’euros, a été lancé, dans le cadre du 4e programme d’investissements d’avenir et du plan France relance. Objectif : construire les territoires de demain. Il s’agira notamment de structurer un écosystème national d’acteurs, favorisant le partage de retours d’expériences, la mise en place de méthodes et la diffusion de bonnes pratiques dans une optique de « réplicabilité ». Il est organisé en deux vagues de sélection : jusqu’au 17 janvier et jusqu’au 7 septembre 2022.

Martine Courgnaud – Del Ry

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