« Les EPL, un outil de précision au service des collectivités pour réussir leur transition énergétique »

Développement durable

Avec 59 % de croissance en cinq ans, les Entreprises publiques locales (EPL) dédiées à la transition énergétique s’affichent comme l’outil privilégié des territoires pour exprimer leur énergie en ce domaine. Explications avec Grégory Mascarau, responsable « Mobilité et environnement » à la Fédération nationale des EPL.

Grégory Mascarau, responsable « Mobilité et environnement » à la Fédération nationale des EPL
Grégory Mascarau Photo-portrait © Fédération EPL

WEKA : Fin janvier se tenaient à Bordeaux les Assises européennes sur la transition énergétique ? Quelle place y ont occupé les EPL ?

Gregory Mascarau : Une place prépondérante, à l’image du rôle que ces sociétés jouent depuis longtemps dans la mise en œuvre des politiques énergétiques territoriales. Les EPL sont en effet des acteurs historiques du mix énergétique français par le biais des Entreprises locales de distribution (ELD) qui ont permis à certains territoires de conserver la main sur la distribution du gaz et de l’électricité après les nationalisations de 1946. À la faveur des textes ayant ensuite ouvert la production et la fourniture énergétiques à la concurrence, d’autres sont venues se structurer autour de la commercialisation, puis, à compter des années quatre-vingt, investir le champ porteur des énergies renouvelables (ENR), boostées par les lois en faveur du développement durable.

WEKA : À ce jour, combien d’EPL exercent donc en ce domaine ?

G. Mascarau : Près d’une centaine d’EPL y opèrent, avec une croissance qui, en cinq ans, frôle les 60 % pour celles dont la production d’ENR fonde l’activité principale. Car se dénombrent aussi de plus en plus de Sociétés d’économie mixte (Sem) dont le cœur de métier, l’aménagement ou l’immobilier, s’est enrichi d’un pan dédié à l’efficacité énergétique, aussi utile que rentable.

WEKA : Pourquoi un tel essor ?

G. Mascarau : Parce que les EPL constituent un véritable outil de précision au service des collectivités pour réussir leur transition énergétique. Par les partenariats publics-publics ou publics-privés, ces sociétés permettent, en effet, aux collectivités de conserver le pouvoir décisionnel dans un domaine clé de l’action publique tout en maîtrisant leur investissement. Par ailleurs, l’éventail de leurs formes – Société d’économie mixte (Sem), Société publique locale (SPL), Société d’économie mixte à opération unique (Semop) – promet une excellente adaptation à chacun des volets opérationnels du domaine.

WEKA : Justement, sur quels créneaux ces EPL interviennent-elles ?

G. Mascarau : Les choix relèvent de deux ambitions : diversifier les modes de production et mieux maîtriser les consommations. Dans le cadre du premier axe, des projets éoliens, photovoltaïques, hydroélectriques ou de bornes de recharges des véhicules électriques se développent partout en France avec l’intervention de Sem comme Vendée Énergie, Seolis, Rovaler, Territoire de Charente, etc. Mais s’affichent aussi des dizaines d’EPL consacrées au développement de modes innovants. Entre autres peuvent ainsi être citées la biomasse issue de la filière agroalimentaire ou de déchets organiques comme à la Sem Liger à Locminé, la tri-génération au bois (Serm Montpellier) ou encore la production d’hydrogène, créneau sur lequel se sont lancées des EPL comme la Sodeger, située en Lorraine.

WEKA : Et comment s’investissent-elles dans une gestion plus raisonnée des réseaux ?

G. Mascarau : En impulsant de nouveaux usages, grâce aux technologies qui donnent accès en  temps réel aux données de consommation. C’est le principe des Smart grids et de la smart city, appliqué à l’occasion de rénovations ou de l’aménagement de nouveaux bâtiments ou quartiers. Gaz et électricité de Grenoble (GeG), par exemple, poursuit cet objectif en responsabilisant techniquement les consommateurs. Engager les habitants dans la rénovation de leur habitat est crucial pour relever le défi de la maîtrise énergétique. C’est donc aussi l’objet d’initiatives plus récentes comme celle de Énergies Posit’if, Arpe, Sem Pi, Orrel ou bien encore Artée qui sensibilisent les propriétaires avant de leur apporter des solutions de financement. Et c’est également tout l’intérêt du financement participatif désormais autorisé dans les ENR, lequel accorde ainsi aux projets une véritable dimension locale et citoyenne (Sem Tepos de la Haute-Lande, Sergies…). Car l’autosuffisance territoriale ne sera gagnée que devenue l’affaire de tous !

 

Propos recueillis par Laurence Denès

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