Dans le secteur hospitalier, des conditions de travail plus dures qu’ailleurs

Fonction publique hospitalière

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) compare les nombreuses contraintes liées aux conditions de travail dans le secteur hospitalier avec celles de l’ensemble des salariés.

Intensité temporelle, contraintes horaires et physiques, demandes émotionnelles, conflits de valeur… En 2019, avant même le début de la crise sanitaire, l’exposition à de nombreuses contraintes liées aux conditions de travail était « nettement plus marquée » dans le secteur hospitalier que pour l’ensemble des salariés, selon une récente étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère des Solidarités et de la Santé (Études & Résultats n° 1215, novembre 2021). Les expositions sont contrastées entre les familles professionnelles : la situation des agents d’entretien, des aides-soignants et des infirmiers et sages-femmes apparaît plus fréquemment défavorable que celle des autres professions. Les disparités de conditions de travail s’avèrent plus fortes entre familles professionnelles qu’entre statuts des établissements, même si la situation des salariés des hôpitaux publics est globalement un peu moins favorable que celle des salariés des établissements privés. En contrepartie, l’entraide entre collègues et le sentiment d’utilité sont plus favorables dans le secteur hospitalier, par comparaison à l’ensemble des salariés. Cependant, l’insatisfaction vis-à-vis des moyens disponibles et de la rémunération, les craintes sur la perte de son emploi et sur sa capacité à l’exercer jusqu’à sa retraite se renforcent, observe la Drees.

Trop de travail

Si les contraintes horaires sont très spécifiques dans le secteur hospitalier, l’intensité du travail est également davantage rapportée que pour l’ensemble des salariés. C’est notamment le cas du sentiment de devoir effectuer une quantité de travail excessive, qui progresse à l’hôpital : en 2019, 57 % des salariés du secteur estiment leur quantité de travail excessive, contre 53 % en 2013. Pour l’ensemble des salariés, cette proportion est stable à 40 % sur la période. La progression s’observe dans le secteur public (+ 3 points de pourcentage entre 2013 et 2019), mais elle est plus marquée dans le secteur privé (+ 9 points), qui atteint ainsi un niveau de déclaration proche de celui du secteur public.

Pour d’autres dimensions de l’intensité du travail, les niveaux de déclaration ne progressent pas entre 2013 et 2019 dans le secteur hospitalier, mais ils se situent toujours à des niveaux supérieurs à ceux de l’ensemble des salariés. Ainsi, le fait de devoir toujours ou souvent se dépêcher reste rapporté par plus de 60 % des salariés du secteur hospitalier, contre environ 45 % de l’ensemble des salariés sur la période. Le travail à l’hôpital est également marqué par son morcellement : les interruptions fréquentes pour une tâche non prévue concernent plus des trois quarts (78 %) des salariés du secteur en 2019, tandis qu’elles sont rapportées par un peu moins des deux tiers (65 %) de l’ensemble des salariés à cette même date. L’exposition à la pression temporelle varie également selon la famille professionnelle. Le fait de devoir toujours ou souvent se dépêcher est ainsi plus fréquemment déclaré par les infirmiers et sages-femmes (72 %) que par l’ensemble des salariés du secteur hospitalier (62 %) en 2019. Avec celle des aides-soignants, cette famille professionnelle est également celle qui déclare le plus fréquemment une quantité de travail excessive (63 % et 65 % respectivement, contre 57 % pour l’ensemble du secteur).

Des demandes émotionnelles très fortes

Au-delà des exigences que représentent la charge et les rythmes de travail dans le secteur hospitalier, les conditions de travail sont marquées par de fortes demandes émotionnelles. En particulier, le fait de devoir toujours ou parfois cacher ses émotions est fréquemment mentionné par les salariés du secteur. Ce sentiment est exprimé par 39 % des médecins en 2019, mais ceux-ci restent moins concernés que les infirmiers et sages-femmes (45 %), les agents d’entretien (44 %) et les aides-soignants (42 %). Les situations de tension avec le public sont plus minoritaires. Elles concernent entre 11 % et 12 % des salariés du secteur sur la période, soit légèrement plus que pour l’ensemble des salariés (entre 8 % et 9 %). Elles sont plus fréquentes pour les infirmiers et sages-femmes (20 %) et les médecins (17 %) que pour les autres salariés des établissements, mais s’établissent à des niveaux comparables aux déclarations des infirmiers, sages-femmes et médecins qui ne sont pas salariés des établissements hospitaliers. Cette charge émotionnelle ne se limite pas au lieu de travail. En 2019, 46 % des salariés du secteur continuent toujours ou souvent de penser à leur travail même en dehors, un niveau proche du niveau moyen pour l’ensemble des salariés (44 %). Les plus concernés sont les médecins (74 %), suivis par les infirmiers et sages-femmes (54 %).

Des contraintes physiques fortes

La spécificité des prises en charge hospitalières et de certaines fonctions associées, notamment pour l’entretien des locaux, conduit à des expositions aux contraintes physiques particulièrement répandues dans le secteur. Ainsi, la station debout prolongée est plus fréquemment rapportée dans le secteur hospitalier (66 % des salariés en 2019) que pour l’ensemble des salariés (48 %). Sa fréquence a légèrement décru depuis 2013. Elle concernait alors 70 % des salariés du secteur hospitalier. À l’inverse, la déclaration d’autres contraintes posturales fatigantes a progressé sur la période (de 42 % en 2013 à 47 % en 2019) et celles-ci sont plus fréquentes à l’hôpital que pour l’ensemble des secteurs d’activité (36 % de l’ensemble des salariés en rapportent en 2019). D’autres contraintes, stables sur la période, restent néanmoins très présentes : les déplacements à pied, longs ou fréquents, concernent 60 % des salariés du secteur hospitalier en 2019, contre 37 % de l’ensemble des salariés ; le portage ou le déplacement d’objets lourds 61 % contre 41 % ; les mouvements douloureux ou fatigants 56 % contre 37 %. Ces différents types de contraintes physiques sont plus fréquemment rapportés par les aides-soignants, puis par les agents d’entretien et les infirmiers et sages-femmes. Les différences selon le statut des établissements sont moins marquées qu’entre professions.

Des conflits de valeur exacerbés

Le travail dans un environnement aussi contraint que le secteur hospitalier est source de conflits de valeur, davantage que pour l’ensemble des salariés. Ainsi, en 2019, la moitié (49 %) des salariés du secteur déclarent recevoir des injonctions contradictoires. C’est davantage que pour l’ensemble des salariés (41 %). Ce sont les infirmiers et sages-femmes qui sont les plus exposés (59 %). Ces conflits de valeur peuvent prendre une dimension plus personnelle, mesurée à partir du sentiment de devoir faire des choses que l’on désapprouve. C’est le cas de 13 % des salariés du secteur en 2019, contre 9 % pour l’ensemble des salariés. Ce sont les aides-soignants (18 %), les agents d’entretien (17 %) et les professions paramédicales (16 %) qui sont les plus concernés.

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