Bruno Gerentes, DGS de la CA3B : « Le service public territorial est là et sera toujours là pour l’accomplissement de missions nécessaires à la vie quotidienne de tous »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Bruno Gerentes, Directeur général des services, communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse (CA3B), répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du Covid-19 ?

Bruno Gerentes, Directeur général des services, communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse (CA3B)

Bruno Gerentes

La montée en puissance de la crise sanitaire ayant été graduelle, nous avons commencé à constituer une cellule de veille dès la première quinzaine de mars, après que la commune de Bourg-en-Bresse a organisé la sienne. Je dois avouer que l’installation de cette cellule comprenant l’équipe de direction générale, la DRH (et notamment le conseiller en prévention), la direction des systèmes d’information (DSI), s’est effectuée dans un climat d’incrédulité lié à une situation encore mal connue. La CA3B est un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) récent – créée par fusion de sept autres EPCI et deux syndicats mixtes en janvier 2017 -, nous nous sommes attachés à essayer de définir le plan de continuation de l’activité (PCA) qui n’existait pas à l’échelle du nouvel établissement. Honnêtement, nous ne pensions pas devoir activer ce PCA à aussi court terme. La CA3B ayant compétence pour une partie de son territoire sur les équipements d’accueil de jeunes enfants (EAJE) c’est probablement la première urgence qu’il a fallu traiter en vue d’accueillir, dès le lundi 16 mars, les enfants des personnels soignants et prioritaires. Mais très vite, une urgence plus logistique s’est faite jour, c’était la question du télétravail généralisé (environ 300 collaborateurs). Dès le 17 mars, la DSI a été mobilisée de façon massive pour permettre son développement auquel la plupart des agents n’étaient absolument pas préparés. La difficulté principale rencontrée résidait dans la jeunesse de notre EPCI qui n’avait pas pris le temps depuis sa création de se pencher sur ces procédures de gestion de crise.

Eu égard à votre type de collectivité et au territoire, quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Dès le vendredi 13 mars, quelques jours après que le travail de l’ébauche d’un PCA a été initié, une liste de services vitaux, ou stratégiques a été élaborée :

  • collecte des déchets,
  • grand cycle de l’eau,
  • service d’autorisations du droit des sols,
  • accueil des gens du voyage,
  • transports publics en délégation,
  • accueil de la petite enfance et de loisirs,
  • toutes les Directions ressources (RH, Finances, DSI, Administration générale).

Les autres services n’ont naturellement pas été écartés mais la présence sur le terrain n’était pas requise, et dès le 16 mars, le Président informait à la fois l’ensemble des agents, le bureau communautaire, et l’ensemble des maires des communes du territoire sur lesdits services prioritaires.

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux, et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Sur les services les plus sensibles, qui sont notamment les services à l’usager et à la population, nous étions complètement prêts à réagir et l’encadrement supérieur a parfaitement réagi, malgré l’absence de PCA formalisé et le caractère inédit de la crise à gérer. L’autre facteur de satisfaction, c’est la réactivité des services pour s’organiser et notamment la mise en place par la DSI des nouveaux outils de communication (audio, visio, outils collaboratifs…) en un temps record.

Pour les voies de progrès, il est évident que la partie logistique (équipements de protection individuels, accès au serveur pour l’organisation du télétravail, nombre de postes informatiques à disposition des télétravailleurs de la situation) a été la plus difficile à piloter car c’est la partie que nous n’étions pas en mesure d’anticiper.

Une crise est souvent révélatrice à ce stade. Qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

La disponibilité et la détermination des élus de notre EPCI nous ont permis d’aborder la crise avec un socle fort, malgré un contexte institutionnel inédit compte tenu de l’épisode électoral inachevé. La force énorme de la collectivité a été la rapidité de sa mobilisation et la grande solidarité dont les agents, chacun à leur place, ont su faire preuve, entre eux, avec les personnels de terrain, les personnels soignants (nous avons pu mettre à disposition des agents volontaires pour accompagner les établissements de santé dans la crise sur des tâches logistiques notamment). J’ajouterai également l’agilité et l’adaptabilité, dont nous avons collectivement su faire preuve, à l’image de la création par quelques agents d’un groupe fermé sur le réseau social Facebook regroupant pratiquement 200 agents.

Les faiblesses ont été des faiblesses de circonstance : une impréparation notamment liée à l’absence d’informations stables en début de crise, la gestion du plan de charge des télétravailleurs, la gestion de la « charge mentale » liée au télétravail et la question de « l’utilité sociale » très discutée dans pareil contexte, les tâtonnements sur la gestion des autorisations spéciales d’absence, phénomène nouveau pour les collectivités. Sur tous ces aspects, c’est la question de l’accompagnement managérial que j’ai trouvée très compliquée à gérer. La jeunesse de la CA3B a pu constituer un risque plus qu’une faiblesse car de nombreux mécanismes n’étaient pas encore en place, mais cela a incontestablement constitué une opportunité pour être plus réactifs, et son anagramme, créatifs, et plus à l’écoute.

Beaucoup de citoyens prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité. Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Le service public territorial est là et sera toujours là pour l’accomplissement de missions nécessaires à la vie quotidienne de tous. J’ajouterai que malgré les critiques dont il fait parfois l’objet, il a toujours été là. La récente visibilité de nos métiers, en deuxième ligne après les soignants, est un bonheur simple et une immense fierté pour l’ensemble de nos métiers et ceux qui les exercent.

Et pour conclure, un coup de gueule : sans méconnaître les difficultés rencontrées par les autorités nationales, je déplore que nos collectivités aient été trop souvent reléguées au deuxième plan dans le processus décisionnel sur cette crise, alors qu’elles sont en première ligne pour la mise en application des mesures concrètes.

Et un vrai motif d’espoir : la solidarité et le dévouement sans faille des agents, l’agilité dont nos collectivités et établissements ont su faire preuve pour faire face, la créativité et l’inventivité de tous nos agents, la prise en compte de l’échelon local comme socle de déploiement des politiques publiques.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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