Virginie Paquien, DGS du département du Gard : « Des agents départementaux impliqués, solidaires, attachés à leur institution »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Virginie Paquien, Directrice générale des services du département du Gard, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Virginie Paquien, DG des services du département du Gard

Virginie Paquien

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer face à la crise du Coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ?

Nous avons eu à gérer la mise en place d’un plan de continuité des services ou quasiment du jour au lendemain on est passé de 100 %, voire 120 %, de nos activités à 20 % en moyenne. Nous avons dû informer les usagers et renseigner nos agents qui sont près de 3 200 et 500 assistants familiaux. Mais, on avait déjà enclenché la mise à jour de notre plan de continuité de l’activité des services aux alentours du 24 / 25 février 2020.
 

Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Nous avons créé dès le premier jour du confinement un numéro unique pour renseigner les gardois et les gardoises qui n’ont plus eu accès à une grande partie de leur service public. Très rapidement, nous avons organisé des visites à domicile très sécurisées en matière d’hygiène et de santé pour nos agents. Nous avons maintenu tous les dispositifs d’accueil et de suivi de l’ASE, tous les suivis médicaux urgents à domicile et très rapidement nous avons renforcé le dispositif de traitement des demandes d’APA et de PCH. En effet, la Direction de l’autonomie des personnes a reçu de très nombreuses nouvelles demandes dès le début de la seconde semaine de confinement.
 

Votre collectivité a mis en place une réserve d’agents volontaires pour intervenir sur de nouvelles missions. Pouvez-vous expliquer cette démarche ?

Dès le 30 mars 2020, nous avons créé une réserve départementale. Depuis plusieurs jours, de très nombreux agents avaient fait savoir qu’ils souhaitaient être volontaires pour aider ; pour aider soit d’autres services et d’autres agents, qui sont mobilisés en raison de leurs missions essentielles de service public départemental, soit d’autres institutions comme les hôpitaux, les Ehpad, etc.

Aussi le Président Denis Bouad m’a demandé de créer officiellement et très rapidement une réserve départementale d’agents volontaires qui pourrait œuvrer dans différents secteurs. Nous avions fléché les domaines suivants :

  • La logistique : en aidant à constituer des lots de matériels sanitaires (masques, gel, etc.) qui seraient distribués dans nos services ou auprès de nos partenaires.
  • Le domaine sanitaire : en pouvant aider ou renforcer le personnel soignant dans les structures comme les hôpitaux, etc., en complément de la réserve sanitaire nationale.
  • Le secteur associatif. En effet, nos partenaires avec qui nous avons l’habitude de travailler dans le secteur social commencent aussi à être en forte tension et nous font remonter des demandes de renfort. À ce jour, ce sont 170 agents volontaires et près d’une trentaine de missions effectuées principalement dans le secteur de la logistique (livraison de masques et autres matériels) mais aussi dans la mise à disposition de personnes pour des structures partenaires comme le foyer départemental de l’enfance, des MECS, etc.
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À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Nous étions prêts dans le déploiement du télétravail. Environ 500 agents ont télétravaillé dès le 18 mars 2020 et environ 650 agents dès la deuxième semaine. Actuellement, nous sommes à plus de 700. Nous avons aussi été très agiles dans la mise en place de dispositifs à la demande du président Denis Bouad comme la possibilité pour les allocataires de RSA de cumuler l’allocation avec un emploi agricole saisonnier puisque le secteur agricole cherche de la main d’œuvre à cette époque.

Nous avons aussi mis en place une troisième pouponnière en à peine une semaine suite à un nombre important d’ordonnances de placement d’enfants en bas âges. Tout cela n’a pu se faire que grâce à une implication très forte des équipes et des partenariats solides qui ne dataient pas de cette crise. Là où cela a été peut-être un peu plus compliqué c’est que chaque administration a mis en place son plan de continuité de son côté ; or de nombreuses politiques sont partenariales, d’où l’importance d’échanger avec les partenaires en amont comme la CAF, Pôle emploi, les trésoreries. Mais nous en tirons les leçons et gardons à l’esprit de les informer de nos plans de reprise d’activité avant le 11 mai 2020.
 

Qu’a révélé cette crise sur vos forces et vos faiblesses ?

Nos forces : des agents départementaux impliqués, solidaires, attachés à leur institution mais aussi et avant tout à leur mission de service public.

Nos faiblesses : les secteurs de l’autonomie et de l’aide sociale à l’enfance étaient déjà en surchauffe et cette crise nous le rappelle encore plus. Elle montre aussi que les finances des départements sont les plus exposées à cette crise et que nous serons les plus concernés par l’effet ciseau. En l’occurrence ici, une chute très importante de nos recettes de fonctionnement et une augmentation très nette de nos dépenses notamment au niveau des AIS (RSA, PCH).

Julie Krassovsky

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