Florian Glay, DRH de la ville de Pontault-Combault : « Il est nécessaire de réinventer nos pratiques managériales et notre mode de fonctionnement »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Florian Glay, Directeur des Ressources humaines de la ville de Pontault-Combault, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Florian Glay, DRH de la ville de Pontault-Combault

Florian Glay

Il y a un avant et un après 17 mars 2020. Avant c’est le temps collectif de la préparation du PCA, du recensement des missions essentielles (état civil – salubrité publique – police municipale…) et de l’organisation du télétravail, notamment eu égard aux moyens de la collectivité. 

Puis, dès le 17 avril 2020, l’organisation de deux urgences. La première urgence était l’organisation de la paie à distance. Dans une structure où aucun agent n’avait télétravaillé avant, il était essentiel de réorganiser les tâches afin de permettre à chacun d’avoir un traitement au mois d’avril. Ne surtout pas ajouter une crise sociale à la crise sanitaire ! 

Il fallait mettre en place une nouvelle organisation, réguler notre communication interne, mais aussi adapter nos exigences et nos demandes envers des agents qui ont, eux aussi, des enfants à s’occuper. 

La deuxième urgence était de répondre aux interrogations, nombreuses, des agents et des managers. J’ai voulu l’exemplarité de la DRH sur cette question. Apporter une réponse rapide et fiable à chacun afin de rassurer tous les agents. Trouver des réponses statutaires à des problématiques inédites et mobiliser les équipes pour apporter une réponse mesurée. C’était important, dans un premier temps, parce que je sais que de nombreux agents étaient inquiets et que les managers avaient besoin d’outils pour y répondre. 

Enfin, il était primordial de mettre en place une organisation au-delà du service paie afin de poursuivre les sujets sur lesquels nous étions engagés. Garder le cap ! 

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Je pense qu’aucune organisation, quelle que soit sa maturité, n’était prête à vivre une fermeture aussi rapide avec l’impérieuse nécessité de continuer à apporter aux citoyens le service public nécessaire. 

Il faudra, à l’avenir, avoir un plan de continuité du service en mode très dégradé afin de prévenir ces crises et outiller les agents de façon à permettre de travailler quelle que soit la situation. 

Il est également maintenant nécessaire de mettre en place le télétravail à grande échelle. Je vais proposer à l’autorité territoriale un plan bien plus ambitieux qu’initialement pensé. 

Une crise est souvent révélatrice. À ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

Ce que je retiens de ces quatre semaines, c’est l’incroyable capacité d’adaptation du service public. Cette fameuse mutabilité a pris tout son sens. 

C’est le cas du service paie qui a réalisé, dans des conditions inédites, des prouesses pour permettre à chaque agent d’avoir sa rémunération fin avril 2020. 

La communication interne doit être développée pour ne pas dire mise en place. Il y avait une défaillance sur cette question, nous en avions conscience. La crise a révélé qu’il était nécessaire d’avoir une communication interne solide et structurée. 

J’ai enfin pris conscience ces derniers jours que plus rien ne serait jamais comme avant. Il est nécessaire de réinventer nos pratiques managériales et notre mode de fonctionnement. C’est le sens du travail que j’ai proposé aux cadres de la direction.  

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité. Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

C’est toujours lors des moments difficiles que les Français redécouvrent l’importance du service public. Dans l’histoire récente, les français ont redécouvert la police lors des attentats de Charlie Hebdo. Ils ont redécouvert les pompiers lors de l’incendie de Notre-Dame. Et maintenant, ils reconnaissent l’importance des médecins, des infirmières et de l’ensemble du personnel hospitalier lors de cette crise sanitaire. 

Chaque jour, plus de cinq millions de fonctionnaires assurent l’éducation de nos enfants, contrôlent l’activité de nos entreprises, protègent le pacte républicain ou permettent à nos ainés d’avoir un accompagnement adapté. Il faut en être fier, c’est une force incroyable. 

Nous voyons que, contrairement à certaines idées reçues, la fonction publique est un rouage essentiel à la Nation. Nous voyons aussi que les collectivités territoriales sont au rendez-vous dans les moments difficiles. Historiquement, la fonction publique joue un rôle de protection, c’est encore le cas aujourd’hui. 

Je voudrais insister sur l’engagement des nombreux agents publics des collectivités qui répondent présents. Les valeurs du service public sont plus que jamais évidentes. Il faudra construire autour dans le cadre de notre reprise.

Et surtout, je formule le souhait de réécrire les enseignements de l’histoire et de s’interroger sur notre modèle de société. Nous nous apercevons que le sacro-saint libéralisme économique est à bout de souffle. Il doit y avoir un changement de doctrine en la matière et les choix budgétaires de demain doivent être différents. Remettre le service public au cœur des priorités, redonner aux collectivités territoriales des moyens financiers et permettre aux agents d’être reconnus, notamment financièrement. 

À ce titre, une prime exceptionnelle doit pouvoir être mise en place et le chantier de la rémunération des agents public ouvert.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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