Isabelle Joly : « La vraie valeur ajoutée à la gestion de cette crise singulière est la force de nos équipes à se mobiliser et à agir en toute expertise »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Coronavirus, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Isabelle Joly, Présidente du SNDGCT 77, et Directrice générale des services de la Communauté de communes du Val Briard (Seine et Marne), répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du Coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Isabelle Joly, Présidente du SNDGCT 77, et Directrice générale des services de la Communauté de communes du Val Briard

Isabelle Joly

La montée en charge de l’épidémie du Covid-19 s’est révélée en plein Festi’Val Bri’Art. Festival gratuit de spectacles vivants pluridisciplinaires, qui regroupe durant 5 semaines, plus de 12 000 spectacteurs (estimés pour 2020 à 15 000 dont 7 000 scolaires). Monté sur la forme de 2 chapiteaux accueillant chacun 400 et 300 spectateurs, inauguré le 6 mars et annulé le 17 mars 2020. Aussi, il a fallu démonter en urgence, le matériel scénique pour le mettre à l’abri de malveillance, avec le seul recours interne de nos ressources humaines que sont nos régisseurs son / lumière, personnel communautaire. Préserver et protéger l’ensemble de nos équipes constituées de 25 collaborateurs ont été nos leitmotivs avec la Présidente. Dans le cadre du plan de continuité d’activité, en date du 12 mars, j’avais déjà réuni la cellule de veille pour une coordination efficiente et opérationnelle. 80 % de l’effectif est constitué de jeunes collaborateurs, n’ayant jamais eu à affronter si ce n’est une telle situation, d’autres situations type H1/N1 ou catastrophe naturelle.

Le territoire est très équidistant, nous avons un siège social plutôt à l’épicentre d’un linéaire de 40 km, avec une antenne de la Communauté de communes, à 20 km, une Marpa (25 résidents), et pour laquelle sa directrice avait anticipé le confinement dès le 4 mars.

En moins de 24 heures, avec le concours du prestataire informatique, j’ai dû organiser la mise en œuvre du télétravail pour 95 % de nos collaborateurs, car nous sommes une CC en mode projet, et je reconnais ici pour venir du « communal » que cela a sans doute été plus « aisé » pour notre fonctionnement que pour les villes.

Le télétravail était mon projet pour 2020, traduit par la Présidente dans le ROB 2020 (BP 2020 voté en décembre 2019). J’ai pu atteindre cet objectif lissé sur une dizaine de jours, car j’avais anticipé 15 jours en amont de la mise en confinement une demande particulière auprès des agents, à savoir si tous seraient volontaires pour mettre à disposition leur ordinateur personnel, et connexion internet. En effet, seuls 6 ordinateurs professionnels pouvaient être mis en circulation (ordinateurs que j’ai dédiés aux services fonctionnels).

Depuis le 26 mars, tous nos collaborateurs télétravaillent parfaitement et assurent une continuité de leurs missions avec beaucoup d’implication et de professionnalisme.

Dans nos compétences d’intérêt communautaire, nous sommes en charge du portage de repas à domicile pour l’aide à l’autonomie de nos seniors. À notre échelle, cela se traduit en ce moment pour 25 bénéficiaires. De notre mission de service public, il n’était pas envisageable d’arrêter ! C’était sans compter que notre fournisseur, s’est arrêté du jour au lendemain de produire dès lors que les écoles ont fermé. Il a fallu urgemment trouver « un plan B », qui réponde aux normes sanitaires en matière d’hygiène alimentaire. Chose faite auprès du restaurant communautaire de notre Zac qui a pris le relais. Deux agents communautaires munis de masques depuis trois semaines poursuivent cette mission. Zéro cas déclaré parmi nos bénéficiaires.

Idem, pour le transport à la demande, service que nous subdéléguons à un prestataire sous l’autorité délégataire de Île-de-France Mobilités. Depuis le confinement, nous maintenons ce service pour permettre aux usagers habituels de pouvoir faire leurs courses de 1re nécessité, car situés en zone rurale exempte de commerce, et poursuivre leur prise en charge de soins à l’échelon du territoire (pharmacie, médecins de ville…)

À ce stade, dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

Face à ce contexte, notre organisation s’est révélée plutôt réactive dans « l’impréparation » imposée. Lié à notre spécificité territoriale, nous avons pour habitude de pratiquer l’itinérance de nos actions et missions de Service public. Aussi, l’ensemble de nos collaborateurs est opérationnel et rompu à l’adaptation en toutes circonstances, et sollicitations du terrain. Un système de panneaux lumineux d’information sur les 21 communes, un système d’alerte par sms, et un site internet mis à jour quotidiennement ont été de parfaits supports.

Ce qu’il faudrait améliorer et créer : une cellule sanitaire permanente avec nos professionnels de santé du territoire ; projet que nos élus avaient commencé à initier dans le cadre de la préparation d’un Contrat intercommunal de Santé. Notre territoire est très fortement impacté par la désertification médicale, difficulté d’avoir un médecin traitant (comme à l’échelon francilien), disposer de stocks pour les professionnels de santé (facile à dire au vu de ce vécu) et créer des télécentres de travail et de télémédecine.

Une crise est souvent révélatrice, à ce stade, qu’a-t-elle révélé sur vos forces et vos faiblesses ?

En interne, la vraie valeur ajoutée à la gestion de cette crise singulière est la force de nos équipes à se mobiliser et à agir en toute expertise. Le travail collaboratif, que je mène toute l’année avec le personnel, a une résonnance très forte en cette période, avec la totale confiance des élus. Des collaborateurs, qui bien qu’au début de leur carrière pour partie, ont le service public et la conscience professionnelle ancrés dans leur ADN. Ils sont experts chacun dans leur domaine de compétences et animés par des valeurs humaines.

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Plus ou moins sortis du mouvement des gilets jaunes non éteint après une année d’actions, et à peine remis de la grande grève des transports qui a sévi depuis décembre 2019, au titre de la compétence développement économique et service de proximité à la personne, notre Communauté de communes s’attache régulièrement à porter les messages suivants :

  • Solidarité territoriale pour préserver le bassin d’emploi local : dans le cadre du territoire, la CC s’emploie dans ses cahiers des charges des marchés publics à indiquer des clauses sociales et environnementales. En soutien, de chantiers d’insertion, de solution de mobilité intermodale, de sélectionner des entreprises locales et / ou Seine-et-marnaises.
  • Soutien aux acteurs économiques du territoire : TPE/PME.
  • La transparence de nos actions publiques et la confiance envers le service public doivent être reconnus.

Je regrette le manque de concertation avec les acteurs du terrain et techniciens qui constituent l’expertise de la fonction territoriale. La tenue absolue de ce 1er tour des municipales en est l’illustration… Deux occasions manquées de reporter ce scrutin ont participé aux difficultés actuelles, et celles de l’avenir, l’histoire avec un grand H, le dira !

J’espère enfin, surtout pour les professionnels de santé, que leurs appels à l’aide face aux manques de moyens soient enfin entendus, les démissions administratives des médecins, les règles de numerus clausus revisités.

Il est indéniable qu’il y aura un avant / après sociétal en France, mais aussi à l’échelle internationale et européenne suite à cette pandémie du Covid-19. Sont à reconsidérer l’altermondialisation, les règles de production dans tous les domaines, l’urgence climatique, et la coordination avec les acteurs publics qui portent près de 70 % de l’investissement national. Il y a urgence à moyen terme à l’horizon 2030, et à long terme pour 2050.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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