Nicolas Renner : « Le risque du Covid-19 ne doit pas faire oublier les autres risques »

Santé et sécurité au travail

Le confinement aujourd’hui terminé, l’activité reprend progressivement dans les collectivités. Toutefois, prendre des précautions reste indispensable pour ne pas créer de nouveaux risques de contamination au coronavirus. Nicolas Renner, ingénieur en santé et sécurité au travail et conseiller de prévention à la communauté d’agglomération du Grand Avignon, et expert des contenus RH WEKA, explique sur quels points les collectivités doivent être vigilantes, au-delà des mesures « barrières » désormais connues.

Comment appréhender le risque lié au Covid-19 pendant la reprise du travail dans les locaux ?

Nicolas Renner, ingénieur en santé et sécurité au travail et conseiller de prévention à la communauté d’agglomération du Grand Avignon

Nicolas Renner

Le coronavirus est un risque très particulier, mal connu et invisible, pour lequel on ne sait pas exactement quelles sont les meilleures mesures à prendre pour la reprise d’activité. Et, pour les petites collectivités, il est encore plus compliqué de trouver une information fiable. Il faut s’appuyer sur les consignes fournies par les sites institutionnels… : centres de gestion, OMS, gouvernement, Haut conseil à la santé publique. Malgré tout, on ne sait pas tout sur ce virus, aussi vaut-il mieux appliquer le principe de précaution, mais sans pour autant tomber dans l’excès inverse. Car cet épisode assez exceptionnel génère également une surévaluation du risque d’épidémie qui peut faire oublier les autres risques. En le faisant passer au premier plan, on enlève des mesures de prévention fondamentales.

Par exemple, c’est le cas du risque incendie ; on laisse ouvertes des portes coupe-feu pour éviter d’avoir à les toucher… Or, les mesures de prévention ne doivent pas augmenter les risques déjà présents sur le site. Il convient aussi de faire preuve de pédagogie vis-à-vis des agents, qui peuvent recevoir des informations fausses ou tout du moins partielles, par le biais des réseaux sociaux notamment. On parle beaucoup des différentes études sur le virus sans savoir qu’une seule ne suffit pas à valider des informations sur celui-ci ; il faut qu’elles soient répliquées, vérifiées, ce qui est long. D’où la nécessité de se baser sur des informations fiables.

Comment rassurer les agents qui reviennent travailler ?

La collectivité doit accompagner les agents (information sur les mesures adoptées et les moyens de protection fournis) et les former lors de leur retour au travail, sur les consignes, le masque, le gel hydroalcoolique… En effet, le Code du travail impose à l’employeur de mettre à disposition des agents des équipements de protection individuelle, mais aussi de les former à leur utilisation. Notre collectivité a élaboré un guide de déconfinement qui récapitule toutes les mesures de prévention et de précaution, explique aux agents comment on porte un masque (protocole, contexte, consignes d’utilisation, entretien…). La personne qui fournit le masque leur explique également. Nous maintenons une information constante via l’intranet ou les mails et, chaque semaine, les agents peuvent s’ils le souhaitent se connecter en visioconférence pour un quart d’heure sécurité ; les gestes « barrières », les mesures de protection prises par la collectivité y sont à nouveau détaillés. Les agents peuvent également signaler des difficultés et proposer des améliorations. Ils deviennent alors acteurs de la démarche de prévention.

Quelles consignes doivent adopter les collectivités pour assainir les lieux de travail ?

On ne pense pas forcément à l’hygiène des locaux, qui est fondamentale. Il faut en particulier prévoir une ventilation importante. Renouveler l’air est une obligation, soit par ventilation naturelle (en ouvrant les fenêtres au moins trois fois par jour quinze minutes), soit par des dispositifs automatiques constitués de gaines qui apportent l’air frais de l’extérieur. La collectivité doit s’assurer que ces systèmes respectent les normes et sont en bon état de fonctionnement. Quant à la climatisation, elle ne présente a priori pas de danger particulier si l’air est correctement renouvelé et dans la mesure où les filtres sont entretenus. En revanche, les ventilateurs ne sont pas recommandés dans les salles où se tiennent plusieurs personnes, où il convient d’éviter les mouvements d’air qui pourraient transporter des particules virales au-delà de la distance d’un mètre.

L’autre point important pour l’hygiène, c’est d’assurer un nettoyage régulier, et renforcé, et de désinfecter les équipements communs : poignées de porte, photocopieurs, ordinateurs partagés, véhicules de service…

D’autres mesures peuvent compléter ce nettoyage. Par exemple, dans notre collectivité, les véhicules de service partagés sont nettoyés le matin et à midi, mais une seule personne peut les utiliser entre deux nettoyages. La collectivité doit aussi identifier toutes les phases de travail qui réunissent plusieurs personnes. Au cas où maintenir les mesures « barrières » de distance n’est pas assuré, il convient alors d’imposer le port du masque. Ce qui, pour certaines activités, comme une école de danse ou de musique, est malheureusement impossible… Attention aussi aux plexiglas destinés à faire écran : il faut les nettoyer et les désinfecter au moins une fois par jour. Et, s’ils sont efficaces contre les projections, ils le sont moins contre les aérosols et dans certains cas, il convient de les doubler avec un masque. Même chose pour les visières.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

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