« Il y a autant de profils de collaborateurs de cabinet que de profils d’élus »

Statut

Le second tour des élections municipales s’est déroulé le 28 juin 2020. Dans de nombreuses collectivités, les collaborateurs de cabinet seront reconduits tandis qu’ailleurs, la fin de mandat entraînera des changements à la direction générale et au cabinet du maire ou du président de l’intercommunalité. Président de Dextera, l’association qui regroupe les collaborateurs de cabinet de la droite et du centre, Alexandre Mora, nous éclaire sur cette profession à part.

Comment se passe le début de mandature pour les collaborateurs de cabinet ?

Alexandre Mora, Président de Dextera et directeur de cabinet de Jean Rottner, Président du conseil régional Grand-Est© Dextera
Alexandre Mora,
Président de Dextera et directeur de cabinet de Jean Rottner, Président du Conseil régional Grand-Est.

Le contrat de collaboration prend fin au premier jour de l’élection. Les situations sont variées : collaborateurs en poste qui ont déjà travaillé dans le cadre d’une mandature et sont renouvelés (ou qui ne le sont pas), ou futurs nouveaux collaborateurs que l’élu décide de recruter. L’autorité territoriale a une totale latitude pour procéder aux recrutements. Le « mercato », sur lequel les élus recrutent leurs collaborateurs, a donc commencé…

Mais attention, ce début de mandature concerne seulement les villes et les intercommunalités ; les collaborateurs de cabinet des départements et des régions restent en poste jusqu’en mars 2021. Il est toutefois probable que certains quitteront la région ou le département pour rejoindre le cabinet d’un maire ou d’un président d’EPCI. D’autres seront licenciés ou rejoindront le secteur privé. En tout état de cause, les collaborateurs de cabinet n’ont droit à aucune indemnité et ils ne peuvent s’inscrire à Pôle emploi que depuis quinze ans seulement (2005). Quant à ceux qui sont renouvelés dans leurs fonctions, ils doivent faire l’objet d’un nouveau contrat  collaboration.

Quel est leur profil ?

Aucune condition d’âge ni de diplôme universitaire n’est requise pour devenir collaborateur de cabinet – fonction créée en 1984 par Gaston Defferre. Ce terme générique recouvre différents titres (chargé de mission, conseiller, directeur ou directeur adjoint de cabinet, chef de cabinet…) et des profils multiples. On trouve dans la profession d’anciens élèves de Sciences-Po et droit en majorité, mais aussi des fonctionnaires territoriaux en détachement à leur cabinet – un collaborateur sur cinq environ.

En fait, il y a autant de profils de collaborateurs de cabinet qu’il y a de profils d’élus… On assiste à un rajeunissement de la classe politique et des collaborateurs ; certains peuvent avoir seulement 21-22 ans, et sont embauchés post-IEP (Institut d’études politiques). Naturellement, on ne leur confie pas les plus hautes fonctions, ils doivent d’abord acquérir de l’expérience pour devenir les futurs collaborateurs de cabinet de demain.

Qu’est-ce qui définit le mieux le métier de collaborateur de cabinet ?

C’est un métier passionnant, exigeant, qui requiert un engagement personnel et déclaré au service des principes et objectifs guidant l’action politique de l’exécutif. Mais ce qui fait la particularité de ce métier singulier, selon moi, ce qui rassemble l’ensemble de ceux qui l’exercent, c’est l’amour du service public et du territoire. Même s’il n’est pas dans la lumière, le collaborateur s’implique dans des tâches de proximité du quotidien parfois ingrates mais qui répondent à des impératifs : ordures ménagères, emplacement des terrasses, chutes de personnes âgées…

Et quid du trio maire, directeur de cabinet, directeur général des services ?

Les missions du DGS et celles du directeur de cabinet sont connues et bien définies. Il n’y a pas d’enjeu, chacun est dans son propre champ de courses… Il n’y a aucune raison pour que la relation se passe mal, et quand c’est le cas, c’est qu’il y a de la mauvaise volonté. En début de carrière, il est certes possible de faire des erreurs, mais si cela se renouvelle, mieux vaut se poser des questions et penser à changer d’orientation. En tout état de cause, l’autorité territoriale, maire ou président d’intercommunalité, est là pour recadrer la relation si nécessaire.

Quelques mots sur Dextera ?

L’association est née du rapprochement que j’ai souhaité, en 2015, des deux associations de collaborateurs de cabinet de droite : Arcole et Collcab (que j’ai présidée de 2013 à 2015). Riche de trois cent cinquante personnes à l’origine, Dextera en compte aujourd’hui plus de mille. Les trois quarts de la profession sont nos adhérents. Cette augmentation s’explique sans doute en partie par le fait qu’il n’y ait désormais qu’une seule association. Nous proposons à nos membres des partages d’expériences et de projets, une aide à la mobilité, des fiches techniques… On les informe et on les soutient aussi s’ils ont affaire à un élu indélicat, ce qui est rare mais peut arriver.

Propos recueillis par Martine Courgnaud – Del Ry

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