Dans la Fonction publique, la crainte de l’immobilisme jusqu’en 2027

Publié aujourd'hui à 10h05 - par

Faute de majorité à l’Assemblée, les grands projets de réforme de la Fonction publique ont été remisés, mais les revendications continuent de s’empiler, notamment sur les rémunérations, et la vacance à la tête du ministère dure, au grand dam des agents publics.

Dans la fonction publique, la crainte de l'immobilisme jusqu'en 2027
© Par patpitchaya - stock.adobe.com

Qu’il est loin le temps où Stanislas Guérini, ministre de la Fonction publique entre 2022 et 2024, s’apprêtait à présenter son grand projet de réforme du secteur, finalement stoppé par la dissolution de l’Assemblée nationale en juillet 2024. Depuis, la configuration parlementaire a refroidi l’hypothèse d’une grande réforme pour les 5,8 millions d’agents publics. Quatre ministres se sont succédé, et le portefeuille est passé sous l’autorité de Bercy. Un signal qui a crispé les syndicats qui y voient l’illustration d’une approche « comptable », quand le gouvernement a fait de la consolidation des finances publiques sa principale priorité.

L’impact de la vacance ministérielle sur la visibilité de l’action publique

Surtout, depuis la promotion de David Amiel aux Comptes publics, le siège reste vacant. Une nomination a un temps été évoquée pour après les élections municipales, mais cette perspective s’éloigne, d’autant plus après qu’un décret a offert au ministre de l’Action et des Comptes publics la possibilité de recruter des collaborateurs supplémentaires, par dérogation.

L’absence de ministre dédié traduit un « manque de considération pour la Fonction publique, et la prive de visibilité », déplore Johan Theuret, co-fondateur du groupe de réflexion Sens du service public.

Travaux de long terme et arbitrage entre prospective et urgences sociales

Pour illustrer le climat actuel, certains syndicats citent une réunion sur les rémunérations mardi 14 avril 2026 à laquelle David Amiel a consacré trop peu de temps à leur goût avant de s’absenter, provoquant le départ prématuré des organisations syndicales.

Moins que « les casquettes ou les personnes », la priorité c’est de « prendre en compte la situation difficile des agents publics », nuance la secrétaire générale de la FSU, Caroline Chevé. Or, les demandes des syndicats se heurtent régulièrement au renvoi de certains sujets à plus tard : en témoigne le lancement d’une revue prospective de la Fonction publique à horizon 2035-2050, censée nourrir le débat public avant l’élection présidentielle 2027, ou de simples « groupes de travail » sur les rémunérations, sans négociation contrairement aux demandes de plusieurs organisations. « On refuse d’entendre qu’aucune décision urgente n’est possible d’ici 2027 », selon Caroline Chevé, qui ne se dit pas fermée à des discussions sur l’avenir de la Fonction publique.

Une négociation sociale sur l’intelligence artificielle a été lancée, une proposition de loi sur le logement des agents publics est en cours d’examen, et les négociations pour un accord égalité professionnelle se poursuivent, répond l’entourage de David Amiel. Les travaux de long terme « n’ignorent pas les enjeux immédiats liés notamment à la crise qui pèse sur le pouvoir d’achat des agents. Mais nous ne pouvons pas laisser les urgences d’aujourd’hui nous empêcher de préparer les réformes de demain », poursuit Bercy.

La problématique du dialogue social sous la tutelle budgétaire

« Plus de ministre, ça signifie plus de dialogue social », tranche Philippe Laurent, président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT), selon lequel « il faut un interlocuteur politique » pour la Fonction publique.

La négociation du budget sera la « priorité » de David Amiel, ce qui est « incompatible » avec la gestion des enjeux propres aux agents publics, embraye le maire de Sceaux. Or, « j’ai rarement vu un ministre défendre auprès de lui-même une augmentation de la valeur du point d’indice ou des mesures catégorielles », poursuit-il.

L’érosion du pouvoir d’achat et les perspectives de tension sociale

Sur le terrain, la « colère monte (…) plus personne ne peut tenir, et on court toujours après le SMIC. La seule chose qui ne peut pas attendre 2027, c’est la revalorisation de la valeur du point d’indice », estime Sylviane Brousse, l’une des responsables de la CGT fonction publique. Des revendications ravivées par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient avec la hausse de l’inflation et l’augmentation des prix des carburants.

Alors que de nouvelles réunions sont prévues entre syndicats et administration la semaine prochaine, des organisations ont proposé une réunion de l’intersyndicale. « Il y a une combativité émoussée, et une forme de résignation malgré les élections professionnelles à venir. Mais les choses pourraient se tendre après l’été », met en garde Philippe Laurent.

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