Dialogue impossible entre les syndicats et le gouvernement sur le salaire des fonctionnaires

Publié aujourd'hui à 9h45 - par

Le scénario était écrit d’avance. Recevant les huit principales organisations syndicales, Bercy a exclu ce mercredi 8 juillet le principe d’une augmentation généralisée dans la fonction publique en 2026 pour des raisons budgétaires. Le cabinet du ministre des Comptes publics, David Amiel, a avancé quelques solutions sur les rémunérations et les carrières que les syndicats ont trouvé cosmétiques au regard de leurs attentes. Au bout de deux heures, la réunion a tourné court et une grande mobilisation est annoncée pour le 29 septembre prochain.

Dialogue impossible entre les syndicats et le gouvernement sur le salaire des fonctionnaires
© Par Andrii Yalanskyi - stock.adobe.com

Elles étaient huit à 10h au ministère. Elles étaient toujours huit à en sortir deux heures plus tard. CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FO et FA-FP ont préféré quitter la réunion organisée au ministère des Comptes publics sur la revalorisation des salaires des fonctionnaires face à l’absence de perspectives de revalorisation des salaires de près de 6 millions de fonctionnaires. Le point de non-retour est atteint. Cela fait désormais trois ans que la valeur du point d’indice est gelée, bloquant ainsi la rémunération des fonctionnaires. Il faut ajouter à cet état de fait la suppression d’une prime en faveur du pouvoir d’achat et le tassement des grilles indiciaires provoquant un effet de plafonnement des rémunérations. L’État se dit coincé sur un plan budgétaire : la revalorisation de 1 % du point d’indice coûterait 2,4 milliards d’euros aux finances publiques à l’heure où le gouvernement, confronté aux conséquences des diverses crises internationales, tente désespérément d’éviter le naufrage budgétaire. David Amiel a beau reconnaître que le système qui prévaut à la fixation des salaires des fonctionnaires est « obsolète », il n’a visiblement pas la recette pour le changer.

L’économie française en petite forme

En effet, les dernières nouvelles ne sont pas brillantes : les nuages s’accumulent autour des discussions sur le budget 2027, le comité d’alerte des finances publiques, réuni le 7 juillet dernier, posant un diagnostic rude : une prévision de croissance qui se réduit de jour en jour, passant de 0,9 % à désormais 0,7 %. Les 5 % de déficit visés pour 2026 seront « difficiles à atteindre », a reconnu le ministre. 9 milliards d’euros sont à économiser en 2026 pour tenter, malgré les vents contraires, d’atteindre l’objectif. Les syndicats semblent peu sensibles à de tels arguments et annoncent pour le 29 septembre prochain une mobilisation nationale, voire une grève.

« Il n’y a rien ! », pestent les syndicats

Après la réunion, les leaders syndicaux ont dit tout le bien qu’ils pensaient de ce vrai-faux round d’échanges. « Le gouvernement ne veut rien entendre et continue de regarder ailleurs », a fustigé Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, interrogée par l’AFP. Même courroux du côté de Christian Gronlier, secrétaire général de FO fonction publique. « Aucune mesure générale, aucune mesure pour 2026, aucune mesure pour les versants territoriaux et hospitaliers. Il n’y a rien ! », a-t-il pesté. Christophe Delcourt, de la CGT fonction publique, estime que l’argent existe, considérant que 211 milliards d’aides ont été accordées aux entreprises accordées « sans contrepartie ».

Amiel a bien tenté de calmer la colère mais…

Le ministre David Amiel a bien essayé de calmer l’ire syndicale via quelques propositions sur les progressions de carrière, mais ces dernières ont été jugées nébuleuses par les syndicats. L’idée consisterait à mieux prendre en compte l’expérience de ceux qui rejoignent la fonction publique : 30 000 agents seraient concernés en 2026, l’objectif étant de mettre en œuvre cette mesure dès cette année pour l’inscrire dans la durée, ce qui renforcerait de fait l’attractivité d’une fonction publique qui attire de moins en moins de talents. Autres propositions formulées : relever les taux d’avancement des agents de catégorie B et C pour rendre plus d’agents éligibles à une promotion au grade supérieur chaque année ; 27 000 agents seraient concernés, indique le cabinet du ministre. Mesures insuffisantes au regard du front uni dans le désaccord des syndicats. Le gouvernement « n’a pas pris la mesure du décrochage des salaires des agents publics », regrette Luc Farré, secrétaire général de l’Unsa Fonction publique, dont l’organisation préconise une revalorisation de la valeur du point indexée à la courbe de l’inflation. Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonction publique, s’appuie sur le contexte actuel de crise climatique, « où les services publics sont très présents », sans être pour autant récompensés. Ces revendications syndicales ont été renforcées par la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences, en particulier un choc inflationniste et une flambée des prix des carburants.

Sous-smicardisation en cours des agents

Suite à la réunion, dans un communiqué, la CGT fonction publique a dénoncé « avec la plus grande fermeté la mascarade du rendez-vous salarial de ce 8 juillet ». Rappelant au passage le côté « obsolète » du salaire des fonctionnaires : « Alors que le point d’indice est gelé depuis 3 ans malgré la reprise de l’inflation, que 862 000 agentes et agents publics touchent désormais une indemnité différentielle pour ne pas tomber sous le SMIC, le gouvernement n’a annoncé aucune revalorisation de la valeur du point d’indice et persiste à imposer une troisième année blanche aux personnels ». Reste à savoir comment, avant le 29 septembre et la date de mobilisation prévue, le gouvernement et les syndicats poursuivront leurs échanges. Pour l’heure, l’agenda des échanges est vide.

Stéphane Menu


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