S’apaiser en temps de Covid : apprivoiser ses émotions pour mieux les gérer

Bien-être des acteurs publics

En ces temps de pandémie, les émotions peuvent nous envahir et nous paralyser, dans la vie quotidienne comme au travail : peur, colère… Ode Cunha Perinel, psychopraticienne, nous explique à quoi servent nos émotions et propose une méthode pour les apaiser.

Ode Cunha Perinel, psychopraticienne

Ode Cunha Perinel

Le cœur qui bat, le sang qui afflue dans les muscles, la « boule au ventre »… Une émotion dite négative se traduit par des signes physiques ressentis comme désagréables. Mais pour Ode Cunha Perinel, psychopraticienne, une émotion n’est jamais ni positive ni négative : c’est un signal qui « vient nous dire que quelque chose se passe et qu’il faut le prendre en considération ». Elle en identifie quatre principales : la peur, la colère, la tristesse, la joie. Chacune est liée à un contexte : la tristesse régule une émotion liée à une situation passée, la colère permet de gérer un événement immédiat qui nous bouscule, la peur vient réguler un événement qui se présente dans le futur, pour éviter un danger.

De l’émotion à l’action

Dans le contexte actuel, elle voit deux émotions dominer : la peur (de mourir, de perdre ses proches, d’une crise économique), ou la colère (sensation de ne pas être assez protégé, désaccord avec les mesures gouvernementales par exemple). Pour elle, il faut d’abord accueillir ces émotions, puis identifier les actions à notre portée qui aideraient à les gérer : « C’est quand on agit que les signaux émotionnels s’atténuent, car notre cerveau a compris que l’on prenait en compte le signal donné », explique-t-elle.

Elle parle d’actions à notre portée, car il serait illusoire et frustrant de prétendre éradiquer seul une pandémie, par exemple. En revanche, nous pouvons agir à notre échelle : pratiquer les gestes barrière pour faire baisser la peur, chercher des informations pour évaluer la légitimité de notre colère, manifester son désaccord pour l’exprimer… Ou tout simplement relativiser, ce qu’elle appelle un « élargissement des pensées » : « Je prends par exemple la peur de perdre un proche. Évidemment que ça nous vient à l’esprit dans un moment comme ça… Pour moi, la pensée qui m’apaise, c’est qu’un jour ou l’autre, nous allons tous mourir. Alors, est-ce que ça me sert à quelque chose d’angoisser ? Est-ce que ma peur va me paralyser ou me permettre d’agir – sachant que je ne peux agir que sur ce qui dépend de moi ? »

Nos émotions sont nos alliées

Et pour prendre encore plus de recul, elle le rappelle : les émotions font tout simplement partie de la vie. « C’est normal de s’inquiéter pour un proche. C’est parce que cette personne est importante pour nous que l’on a peur de la perdre ». En somme, si vous êtes sous le coup d’une émotion, hors de question d’essayer de « penser à autre chose »… Au contraire : en pensée ou à l’écrit, explorez vos émotions sous toutes leurs coutures, pour les apprivoiser et vivre au mieux cette période.

Julie Desbiolles

Ses conseils

À ne pas faire

  • Ignorer son émotion, essayer de penser à autre chose.

À faire

  • Quand on ressent une émotion, la nommer : est-ce de la peur, de la colère, autre chose ?
  • Quelques questions clés à se poser :
  •     – Est-ce que cette émotion me sert, qu’est-ce qu’elle me signale ?
  •     – Est-ce que ce que je pense est vrai ?
  •     – Est-ce que j’ai raison de ressentir cette émotion ?
  •     – Est-ce que je peux agir sur ce qui la déclenche ?
  • On peut ensuite agir s’il y a une action à notre portée (par exemple, faire les gestes barrière, manifester, se renseigner sur un sujet…) ou relativiser (nuancer par des pensées apaisantes) quand il n’y pas de moyen d’action sur la situation.
  • Si on est envahi par l’émotion, ne pas hésiter à faire ce travail à l’écrit.

Posté le par

Recommander cet article