Fonction publique : pour se mobiliser, les agents cherchent à innover

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Collectifs, mouvements, think tanks : la mobilisation des agents publics, loin de passer par les seuls syndicats, prend des formes de plus en plus variées, l’apparition de nouvelles structures s’étant accélérée ces dernières années.

Au printemps, le collectif Nos services publics ; la semaine dernière, le think tank Sens du service public ; et avant eux, le Collectif inter-hôpitaux ou le Collectif inter-urgences : les organisations de défense des services publics foisonnent.

Ces nouveaux acteurs privilégient « une prise en main directe de leurs propres intérêts plutôt que de passer par des représentants, un peu à l’image de ce qu’il s’est passé avec les gilets jaunes », fait valoir Luc Rouban, chercheur spécialisé dans la fonction publique au Cevipof.

« La traditionnelle journée de grève ne fonctionne plus. La prise de conscience qu’il faut mobiliser différemment s’accentue depuis deux, trois ans », estime Catherine Vincent.

Or, « se mobiliser en dehors des syndicats, ça laisse plus de souplesse et de rapidité d’action », d’où l’apparition de ces structures en dehors des organisations représentatives, analyse la chercheuse à l’Institut de recherche économiques et sociales.

Pour autant, les initiateurs de ces mobilisations assurent ne pas avoir vocation à remplacer les syndicats.

« Pas de concurrence directe »

Cofondateur du collectif Nos services publics, qui alertait fin septembre sur le large « sentiment d’absurdité » des agents dans leurs missions, Arnaud Bontemps veut s’inscrire dans la « complémentarité » avec les organisations représentatives.

« On ne nie pas qu’il existe d’autres structures qui puissent porter des discours intéressants », le rejoint Johan Theuret, cofondateur du think tank Sens du service public.

Même sérénité affichée du côté syndical : secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, Mylène Jacquot « ne voit absolument pas de concurrence directe » avec ces collectifs.

« Pour un certain nombre d’agents de la fonction publique, plutôt dans les catégories A et A+ (qui regroupent les agents les plus qualifiés), c’est plus facile de s’exprimer dans des assos », positive également Baptiste Talbot pour la CGT.

De fait, la majorité des quinze fondateurs du think tank Sens du service public occupent ou ont occupé des fonctions de direction.

Plus visible depuis quelques années, la coexistence de syndicats et de structures moins institutionnelles est ancienne, rappelle Luc Rouban.

« Déjà dans les années 80, vous aviez des collectifs d’infirmières ou des associations de femmes de gendarmes qui protestaient contre les conditions de vie de leurs maris, qui ne pouvaient pas manifester », explique le chercheur.

« Ça revient maintenant parce que les syndicats sont en perte de vitesse, très sensiblement », poursuit Luc Rouban.

Entre les élections professionnelles de 2014 et celles de 2018, le taux de participation a en effet décru de trois points.

« Mais les syndicats demeurent beaucoup plus forts que dans le privé », nuance Catherine Vincent.

Action ou réflexion

Dans ce contexte, le foisonnement de structures alternatives est sans doute aussi lié au calendrier électoral.

Sens du service public n’a ainsi pas caché son intention d’être « force de propositions dans les prochaines semaines auprès des candidats à l’élection présidentielle. »

Catherine Vincent distingue ces « collectifs de réflexion », comme le think tank ou Nos services publics, des « collectifs d’action », davantage déconnectés des échéances électorales car mobilisés autour d’une cause précise.

Le Collectif inter-hôpitaux (CIH) ou le mouvement des Stylos rouges, destiné à porter les revendications des agents de l’Éducation nationale, appartiendraient à cette deuxième catégorie.

« On a voulu d’emblée monter un collectif qui associait professionnels de santé et usagers », se souvient Sophie Crozier, confondatrice du CIH à l’automne 2019.

« On était vraiment sur une défense de l’hôpital public et de l’accès aux soins, pas des revendications catégorielles », contrairement aux syndicats, « beaucoup plus structurés » de son propre aveu.

Plus souples, les mouvements nés hors des syndicats peuvent cependant pâtir de procès en illégitimité, puisque leurs dirigeants n’ont pas nécessairement été élus.

« On a moins de légitimité, c’est certain, et les syndicats nous l’ont parfois reproché », confie Sophie Crozier. « Certains de ces collectifs ne rassemblent pas beaucoup de monde », lui fait écho Mylène Jacquot.

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