Olivier Grégoire : « Les collectivités locales savent se mobiliser et innover avec une réactivité assez exceptionnelle »

Management

Face à la gestion de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, les collectivités doivent se coordonner pour maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Olivier Grégoire, Directeur Général des Services au Conseil Départemental de la Charente, répond à nos questions et nous fait part de son expérience.

Quelles sont les premières urgences que vous avez eues à gérer devant la crise du coronavirus, eu égard à votre type de collectivité et au territoire ? Quels sont les services publics essentiels que vous maintenez ?

Olivier Grégoire, Directeur Général des Services

Olivier Grégoire

La première urgence a été de revisiter rapidement le plan de continuité de l’activité (PCA) pour vérifier qu’il était bien toujours valide. Chaque DGA s’est appuyé sur les directeurs pour ce faire. Il s’agissait bien évidemment de distinguer l’essentiel de l’accessoire, ce qui relevait du télétravail ou pas. Ensuite, il s’est agi de faire en sorte que les quelques 500 collègues amenés à travailler chez eux puissent le faire dans de bonnes conditions. Nous avons entamé depuis trois ans le plan ADN (Administration Départementale Numérique) très orienté sur la mobilité, ce qui a bien évidemment facilité la mise en œuvre du dispositif. Beaucoup d’agents disposent d’ordinateurs portables professionnels, de « clients légers ». Les autres ont pu se connecter aisément sur le serveur départemental.

Les services considérés comme primordiaux sont ceux de la solidarité. On ne peut pas abandonner les familles les plus fragiles et exposées pour se recroqueviller chez soi. On se doit d’aller au-devant et de « monter au front ». C’est là toute la subtilité de l’exercice entre la nécessaire protection des agents et l’exemplarité dans l’exercice de nos compétences. Si le Département ne sait pas se montrer à la hauteur dans ces moments-là, qu’il disparaisse ! L’institution, qui revendique sa proximité, doit être au plus près des établissements et les personnes tant pour la dépendance, le handicap, l’enfance en danger et la PMI. Ces enjeux sont pour moi quasi exclusifs de nos priorités dans la gestion de la crise Covid-19.

À ce stade dans quels domaines considérez-vous que votre organisation était prête à réagir au mieux et ce qu’il faudrait améliorer, voire créer ?

L’organisation départementale s’est avérée efficace. Les outils de communication interne sont en place. Les visio et audio-conférences fonctionnent à plein. Il est clair que l’exercice que nous vivons démontre les vertus du télétravail. Il en a accéléré les usages. Nous étions tous en retard. Nous l’avons comblé me semble-t-il !

Une crise est souvent révélatrice. À ce stade, qu’a-t-elle révélé de vos forces et de vos faiblesses ?

La crise révèle au grand jour ce que vous pressentiez des fragilités de l’organisation et des personnes. L’inverse est encore plus vrai. Les directions, qui sont huilées et managées avec un réel esprit communautaire de continuité de service, sont bien évidemment les plus opérationnelles. Elles font preuve d’agilité et de souplesse et surtout d’imagination pour maintenir coûte que coûte le service. J’en veux pour preuve l’École Départementale de Musique dont les professeurs continuent l’enseignement via des tutos vidéos, des cours en visio… Le service des Moyens généraux a confirmé son efficacité alors qu’il est très sollicité. Nous avons à chaque fois livré dans plus de 100 établissements et cela en 24 heures dès nos arrivées de masques et équipement au dépôt. 

Beaucoup de citoyens et d’entreprises prennent conscience de l’importance d’un service public qui allie solidarité et efficacité. Quel message souhaiteriez-vous faire passer  ?

Les citoyens prennent conscience de l’importance d’un service public de deux manières. En constatant ses carences, à l’instar des commandes gouvernementales d’équipements qui n’ont sans doute pas été assez bien anticipées et managées. Peut-être parce que les directions de l’État déconcentré ne sont pas décentralisées. Je reconnais qu’à ce titre l’exercice est complexe pour nos collègues de l’ARS en local. 

Et en se rendant compte de l’importance, loin d’être anodine, de certains services comme la collecte des ordures ménagères sans parler bien évidemment des services hospitaliers et, à notre niveau, des services à destination des personnes âgées dépendantes.

Les services marchands de première nécessité bénéficient aussi, de mon point de vue, de cette même prise de conscience.

Cette crise doit nous apprendre l’humilité. L’État, central ou déconcentré, n’est pas tout puissant. Il est parfois faillible même en local.

Les collectivités locales savent se mobiliser et innover avec une réactivité assez exceptionnelle. Elles disposent de moyens que les directions départementales n’ont plus. Nous avons nous aussi nos faiblesses. Il y a des cadres de bonne volonté et d’une grande capacité d’analyse partout. Personne n’en a le monopole. Ni nous en collectivités, ni l’État déconcentré. La clé passe bien évidemment par le fait de travailler ensemble sans morgue ni suffisance de part et d’autre.

Propos recueillis par Hugues Perinel

Posté le par

Recommander cet article