Yvonic Ramis : « Nous sommes condamnés à réussir… ensemble »

Management

Il y a quelques mois, durant le premier confinement, nous avions interviewé plusieurs acteurs publics pour qu’ils témoignent de leurs actions afin notamment de maintenir une continuité d’activité et protéger les agents. Quel regard portent-ils aujourd’hui sur leurs priorités, leurs inquiétudes ou leurs espoirs ? Entretien avec Yvonic Ramis, Directeur général des services de Vichy Communauté et président de l’ADGCF.

Après la mobilisation tous azimuts et dans l’urgence des mois de mars et avril 2020, les plans de continuité d’activité ont fait leur preuve et démontré leur robustesse, en dépit parfois d’un déploiement précipité et non préparé, ce qui fut le cas à Vichy Communauté.

Yvonic Ramis

Yvonic Ramis

Fixer un cap le plus clair possible dans un contexte plutôt obscur

Les priorités de ce mois de décembre 2020 consistent principalement à continuer à décliner le projet de territoire pour soutenir l’activité économique tout en garantissant la pleine continuité des services publics de proximité. Pour cela, l’enjeu essentiel réside dans la capacité des décideurs locaux (élus et cadres dirigeants) à continuer à fixer un cap le plus clair possible dans un contexte plutôt obscur et surtout en mouvement quasi quotidien. Dit autrement, il s’agit de donner du sens, plus que jamais, aux équipes d’encadrement intermédiaire et aux équipes de proximité afin de maintenir le lien constant avec l’ensemble des agents et opérateurs externes. Pour contribuer à préserver la motivation des équipes, plusieurs moyens sont déployés et notamment celui de la confirmation des orientations stratégiques RH, à savoir notamment la politique d’avancements et de promotions, le maintien des recrutements envisagés en dépit du contexte budgétaire tout aussi anxiogène qu’imprévisible.

Des conséquences sociales, mais aussi démocratiques

L’heure est ainsi résolument pour les dirigeants territoriaux au management d’ouverture et de transparence envers les agents, représentants du personnel et usagers face aux nombreuses difficultés du moment et surtout celles qui s’annoncent. Ma principale crainte ne procède pas de nos organisations publiques en tant que telles, mais plutôt de notre capacité sociétale à gérer le cataclysme bicéphale qui semble s’ouvrir devant nous. Il s’agit d’une part à court terme, probablement dès cet hiver et surtout au printemps 2021, des destructions massives d’emplois qui vont encore durcir le climat social, crisper l’opinion publique et les médias dès lors que l’oxygénation des entreprises par des fonds publics cessera ou se réduira progressivement. Il s’agit d’autre part des immenses tensions sur les budgets des collectivités locales et établissements publics locaux puisque l’État ne pourra pas (ne devrait pas ?) compenser l’intégralité des pertes de recettes (produits des services surtout). Les impacts réels – directs et indirects – sont encore inconnus et difficilement prévisibles.

Je crains néanmoins les conséquences sociales bien sûr, mais aussi démocratiques car de trop nombreux hommes et femmes politiques continuent à souffler sur les braises, toutes tendances confondues, relayées par des réseaux sociaux toujours plus ravageurs intellectuellement et socialement. Mon coup de gueule du printemps 2020 demeure tristement d’actualité et même se veut renforcé par les agissements irresponsables de trop nombreux acteurs politiques depuis cette épreuve sanitaire exceptionnelle. Au risque de me répéter, le gouvernement actuel devra rendre des comptes sur le plan politique de sa stratégie et de ses actions, mais jusqu’à l’extinction de cette crise sanitaire, nous devons toutes et tous, forces vives de la nation, jouer grouper pour maintenir la cohésion nationale, l’état de droit et relancer de manière cohérente, et dans une logique parfaitement écologique et respectueuse du cadre naturel, l’appareil économique et entrepreneurial. Il en va de la pérennité de notre modèle social lui-même.

De manière prégnante, j’ai grand espoir en notre capacité au sein des organisations publiques locales et, je l’espère, nationales à continuer à œuvrer de manière collective et solidaire, pour accompagner les femmes et hommes dans la détresse, les acteurs économiques et sociaux qui auront, plus que jamais, besoin d’un service public robuste et réactif. Je suis fier de nos actions et attitudes, en tant qu’agents publics locaux, depuis le début de cette crise, et je crois très sincèrement en la puissance de notre sens de l’intérêt général pour surmonter cette épreuve. Nous sommes condamnés à réussir ensemble, acteurs publics locaux et nationaux, aux côtés du monde socio-économique. Nous allons y parvenir à cette seule condition de jouer « collectif ». Pour ma part j’y crois car je crois en nous !

Propos recueillis par Hugues Perinel

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