Avec la crise, l’égalité professionnelle nécessite une plus grande implication de tous

Parité

La crise sanitaire a montré la persistance des inégalités entre hommes et femmes au travail. Et le confinement a mis en évidence la hiérarchie des métiers en fonction du sexe. L’École du management et des ressources humaines organisait le 8 avril 2021, une conférence sur l’égalité professionnelle comme levier de transformation de la Fonction publique.

La crise sanitaire a montré que les inégalités entre hommes et femmes au travail persistent, malgré les nombreuses avancées législatives et réglementaires de la dernière décennie. Mais la gestion de la crise a également mis à mal des résultats déjà insuffisants. En effet, même si les bonnes pratiques sont nombreuses, elles ne sont pas assez partagées ni opérationnelles, selon l’École du management et des ressources humaines (EMRH)*, qui organisait le 8 avril, une conférence : « L’égalité professionnelle comme levier de transformation de la Fonction publique : de la loi aux plans d’actions ». Avec la crise sanitaire, relancer la dynamique en faveur de l’égalité nécessite d’autant plus l’implication de tous, en particulier des managers et des professionnels des ressources humaines.

La présidente du Haut conseil à l’égalité (HCE), Brigitte Grésy, a salué l’engagement de la fonction publique en matière d’égalité, sous tous ses aspects, depuis l’accord professionnel de 2018 et la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019. Une fonction publique qui a pris de l’avance sur le secteur privé, en s’attaquant immédiatement à la parité dans les postes de décision : emplois d’encadrement et de direction notamment. Toutefois des disparités demeurent, et « il convient de cesser de considérer la parité comme un exercice arithmétique contraignant, pour y voir un levier de transformation du monde professionnel ». Ce qui permet de relativiser le lien entre mixité et performance, susceptible « d’essentialiser les compétences et d’instrumentaliser le droit au nom d’une performance globale ». Or, explique Brigitte Grésy, « parité, mixité et égalité entraînent une modernisation et une professionnalisation des règles de gestion : réflexion sur l’organisation globale du travail, identification des compétences requises sur un poste, transparence des procédures, constitution des viviers, détection et neutralisation des biais sexués… ». Cela permet également de relativiser l’idée d’une égalité « élitiste », qui viserait uniquement les cadres, et gênerait l’accès à l’égalité des femmes sur tous les autres emplois.

Depuis le début du quinquennat, l’égalité a connu des avancées majeures dans la fonction publique. Grâce à l’objectif de 40 % de primo-nominations de femmes dans les emplois d’encadrement supérieur, le taux de féminisation des primo-nominés s’élevait à 37 % en 2019 contre 30 % en 2014. Cette règle a été renforcée par la loi de 2019, partant du constat que presque deux emplois de la fonction publique sur trois sont tenus par des femmes. Cependant, la présence des femmes diminue au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie.

La loi de 2019 impose également à chaque versant de la fonction publique d’élaborer et d’appliquer un plan en faveur de l’égalité professionnelle – une obligation en vigueur depuis janvier dernier. Les collectivités qui ne transmettraient pas leur plan dans les délais seraient passibles d’une sanction correspondant à 1 % de la masse salariale brute. En outre, le gouvernement souhaite améliorer la réduction des écarts de salaires et de progression de carrière pour tous les agents, quel que soit leur niveau hiérarchique.

Quid du confinement ? Pour la présidente du HCE, il a été un « révélateur de la hiérarchie des métiers et plus largement des rôles sociaux de sexe ». Ainsi, les métiers dits du care (assistance familiale ou aux personnes fragiles, soins) sont apparus comme « essentiels ». Ce qui a permis d’inverser le rapport de force et d’engager un vrai débat sur leur revalorisation. Mais la crise détruira un nombre considérable d’emplois féminins, alors même que les femmes sont de plus en plus exclues des métiers d’avenir : numérique, transition énergétique… D’où l’importance de réfléchir à la mise en place de quotas au sein des grandes écoles et de ces filières. Objectif : éviter une rupture encore plus grande entre la place des femmes dans l’emploi, avant et après le confinement.

Les récentes mesures pour renforcer le passage à une action opérationnelle dans la fonction publique doivent être l’occasion d’une relance de la dynamique, initiée en 2012 avec la loi Sauvadet, poursuivie en 2018 par l’accord relatif à l’égalité professionnelle et son renforcement par la loi du 6 août 2019. Un enjeu pour la fonction publique, qui compte plus de 60 % de femmes, et doit être exemplaire.

Marie Gasnier

* Réseau interministériel de professionnels des ressources humaines et de la formation, créé en 2007

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