L'organisation de la psychiatrie encore défaillante

21 déc. 2011
Le plan « psychiatrie et santé mentale », lancé en 2005, n'a pas amélioré l'offre de soins psychiatriques, estime la Cour des comptes, critiquant notamment le poids toujours excessif de l'hospitalisation complète.

Six ans après le plan « psychiatrie et santé mentale », lancé en 2005, la psychiatrie souffre toujours d'une organisation défaillante, en particulier dans les prisons où la prise en charge des détenus est insuffisante, relève la Cour des comptes dans un rapport publié mardi. Ce plan avait été mis en place par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, à la suite de l'émotion soulevée par le double meurtre d'une infirmière et d'une aide-soignante dans un hôpital psychiatrique à Pau en 2004.

La Cour s'est plus particulièrement penchée sur la situation des détenus souffrant de maladies mentales, une population « en forte croissance ». Sur 65.000 détenus, « plus du tiers souffre de pathologies psychiatriques », selon le président de la Cour, Didier Migaud. Locaux vétustes et peu adaptés, manque de coordination entre services médicaux et pénitentiaires, difficultés d'orientation après la détention : alors que l'objectif du plan était d'offrir une meilleure prise en charge des détenus, celle-ci n'a été que « modestement améliorée ».

Si « des moyens significatifs » (134,5 milliards d'euros) ont été consacrés aux investissements, de sécurité principalement, « les locaux demeurent souvent dans un état de vétusté proche de l'indignité » et le nombre de psychiatres travaillant en milieu pénitentiaire « est parfois insuffisant », a dit M. Migaud. Le rapport cite notamment la prison des Beaumettes à Marseille dont « la notoriété n'a d'égale que le délabrement et l'insalubrité de son service médico-psychologique régional ».

« Le monde pénitentiaire offre comme un concentré de toutes les difficultés rencontrées en psychiatrie », a déclaré M. Migaud. Dans ses recommandations, la Cour propose de mettre aux normes hospitalières l'ensemble des locaux pénitentiaires où sont délivrés les soins et d'améliorer la gestion du temps de consultation. Par ailleurs, le rapport est accompagné d'une évaluation du Haut conseil de la santé publique (HCSP) faisant état de « progrès » liés au plan mais jugeant « décevant » le bilan des mesures concernant les enfants et les adolescents.

Plus généralement, la Cour note que le recours à l'hospitalisation des patients qui devait « être évitée dans toute la mesure du possible », demeure « excessif », faute de solutions en aval et de prise en charge en amont. Le rapport évoque « une tradition asilaire encore très présente » et « un premier accès aux soins souvent tardif », alors qu'un million de personnes en France relèvent de soins psychiatriques.

La saturation de l'hospitalisation complète résulte « d'un dysfonctionnement de l'offre de soins ». Ainsi, « de nombreux patients » sont « placés à tort en séjour prolongé ». Conséquence : un patient hospitalisé de manière inadaptée réduit fortement la disponibilité de l'hôpital. « L'objectif de favoriser les prises en charge extra-hospitalières et de désengorger les lits d'hospitalisation complète n'a pas été atteint, malgré quelques progrès », soulignent les auteurs du rapport. La Cour, qui recommande la création d'une mission de service public de la psychiatrie, note également des disparités territoriales persistantes en matière d'équipements comme de présence de psychiatres.
 
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